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Thursday, September 10, 2026

«Michelines»: un beau «bebye»

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Benjamin de sept enfants, Michel-Maxime Legault est né en 1982 à Saint-Polycarpe, en Montérégie. Après Guylaine, Sylvain, Chantal, Denise et Steve, les parents, Yvon et Micheline, ont décidé de donner à leurs deux derniers rejetons leurs propres prénoms. « Mon frère a hérité du prénom Yvon, explique Legault. Et moi, j’ai dérangé le plan familial en naissant garçon. Le projet de m’appeler Micheline s’effondrait pour mes parents, qui venaient de clore leur copulation. Ils ont alors vite résolu le problème sans trop de réflexion en m’appelant… Michelin. » Heureusement, Chantal, « la sœur schizophrène qui avait toute sa tête », a empêché la catastrophe en disant : « Ben voyons, c’est pas un pneu. » C’est ainsi que Michel-Maxime a évité le pire.

Quand le rideau se lève sur Michelines, deuxième volet du triptyque de Saint-Polycarpe, on a le sentiment de retrouver Michel-Maxime Legault exactement là où on l’a laissé à la fin de Michelin. Pour ainsi dire dans le même décor, sous les mêmes projecteurs, mais surtout doté de la même espièglerie, porté par la même tendresse envers les membres de son clan pour le moins pittoresque. Mais cette fois, pour raconter l’histoire des Michelines — à l’époque on disait Micheline à Yvon, pour parler de sa mère, et Micheline à Robert, pour parler de sa tante — l’auteur et comédien n’est pas seul, il partage la scène avec la fantastique Frédérike Bédard.

Micheline : « femme aux cheveux auburn et aux sourcils dessinés qui peut déranger par son franc-parler. Les Michelines ont marqué la période où le pain sandwich était à la mode. Elles laissent paradoxalement en héritage la peur de mourir, le courage de vivre. » En soixante minutes, enchaînant une vingtaine de courtes scènes rigolotes, le spectacle parvient à évoquer cette époque pas si lointaine où bien peu d’options s’offraient aux femmes. Née en 1952, la tante Micheline, celle que Bédard incarne avec toute la délicatesse nécessaire, bouleversant mélange de fragilité et de flamboyance, a pourtant bien tenté de briser le moule, notamment en n’ayant qu’un seul enfant. Mais quand son mari la quitte pour un homme, son conte de fées lavallois s’achève brutalement.

Une déclaration d’amour

L’une des forces de l’écriture de Legault, c’est son pouvoir d’évocation. Avec quelques mots seulement, une image, une métaphore, une comparaison, l’auteur et interprète, savamment dirigé par Marie-Hélène Gendreau, nous fait voyager dans le temps. Quand il nous explique la signification de l’expression « Prends sur toi », qu’il nous décrit l’âge d’or du karaoké, qu’il nous rappelle la popularité de l’ouvrage Écoute ton corps ou qu’il nous mime le générique d’ouverture de Fort Boyard, on est aussitôt transporté à cette époque où les odeurs de l’eau de Cologne Exclamation et celles des cigarettes Matinée extra douce king size faisaient si bon ménage.

Michelines, c’est ni plus ni moins qu’une déclaration d’amour, une manière de remercier les femmes fortes qui nous ont précédés, celles qui « ont travaillé, aimé, soigné, transmis, souvent sans que personne ne leur demande ce qu’elles, elles, auraient voulu ». Michelines, c’est un beau « bebye » à celles « qui ont fait tenir le monde debout ». Grâce à son neveu, Micheline Legault, décédée d’un cancer en 2023, aura eu droit à des funérailles, peut-être pas nationales, mais certainement hautes en couleur, une cérémonie aussi démesurée que la femme qu’elle a été, aussi grandiose que les rêves qu’elle a portés.

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