Grogne persistante dans les régions sur l’immigration et les travailleurs étrangers
De Baie-Saint-Paul à Saguenay en passant par les Îles-de-la-Madeleine, les maires de région réclament depuis des mois qu’on leur permette d’accueillir plus de travailleurs temporaires ou d’immigrants. Or, à mi-chemin de la campagne, ils n’ont toujours pas l’impression d’avoir été vraiment écoutés.
« On n’a pas de classes modulaires ici, à Thetford Mines », lance le maire Marc-Alexandre Brousseau, qui dirige la commission sur l’immigration à l’Union des municipalités du Québec (UMQ). Le discours voulant qu’on ait accueilli trop d’étrangers, ces dernières années, trouve peu d’écho dans les municipalités qui composent avec une pénurie de main-d’œuvre persistante, comme la sienne. « Présentement, on manque de travailleurs, et on a peur de perdre ceux qu’on a. »
« S’il manque de place dans les écoles à Montréal, peut-être qu’il faut arrêter de faire toute la réglementation au Québec en fonction de ce qui se passe à Montréal, fait-il valoir. Chez nous, il y a de la place dans les écoles. Chez nous, on est capables de les loger. Chez nous, ils parlent français. »
« Je n’adhère pas du tout à l’idée que ça met de la pression sur les services sociaux », avance quant à lui le maire de Saguenay, Luc Boivin, qui dit vouloir accueillir non pas des immigrants, mais des travailleurs temporaires à permis fermé. « Les travailleurs étrangers temporaires ne sont pas une charge pour l’État parce que leurs soins de santé sont couverts par des assureurs privés et leur logement, par les employeurs. »
Vendredi midi, les cinq chefs de parti participeront à leur premier grand rendez-vous avec les élus municipaux, à Québec. Comme le veut la tradition, ils prononceront chacun leur tour un discours devant les maires et mairesses lors d’un sommet organisé par l’UMQ.
Le financement des infrastructures est au sommet des priorités, mais la question de l’immigration et de la main-d’œuvre n’est pas loin derrière.
Ainsi, le préfet du Témiscamingue et le maire de Saint-Félicien, qui avaient interpellé le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, à ce sujet en début de campagne, ne sont pas des cas isolés, assure le maire de Thetford Mines. « C’est répandu », note aussi le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers.
Le préfet du Témiscamingue, Martin Lefebvre, avait fait 250 km de route pour venir passer un message au chef péquiste, à Val-d’Or. « On pourrait parler de foresterie, on pourrait parler de plein de sujets. Mais, moi, la partie immigration, celle-là, elle nous touche beaucoup en Abitibi-Témiscamingue », avait-il lancé à PSPP.
Les seuils, un faux débat ?
Le PQ propose d’abaisser le seuil en matière d’immigration à 35 000 par an, et à limiter le nombre de travailleurs temporaires et d’étudiants étrangers à entre 200 000 et 250 000 sur quatre ans.
Québec solidaire souhaite accueillir jusqu’à 70 000 immigrants. La Coalition avenir Québec (CAQ) veut maintenir les seuils à 45 000, tout comme le Parti conservateur du Québec. Le Parti libéral du Québec dit vouloir analyser les besoins avant de déterminer des seuils.
En entrevue, la plupart des maires hésitent à pointer du doigt un parti en particulier. Plusieurs élus plaident en outre que la question des seuils est un faux débat.
Le maire des Îles-de-la Madeleine, Antonin Valiquette, ne comprend pas pourquoi sur 45 000 ou 70 000 immigrants, on ne pourrait pas s’assurer qu’il y en a à peine quelques-uns de prévus pour sa communauté. « Si j’ai besoin de deux travailleurs, par exemple, j’en ai vraiment besoin. Ça se peut que 35 000 immigrants pour le Québec, ça suffise, si on les répartit sur le territoire en tenant compte de la vitalité des régions. »
Début septembre, le seul restaurant de la chaîne Tim Hortons aux Îles a dû fermer ses portes après que les nouvelles restrictions fédérales sur les travailleurs temporaires l’ont forcé à renvoyer chez eux les travailleurs philippins qu’il avait recrutés.
« Je ne veux plus avoir de situation où est-ce qu’on va chercher des gens pour combler nos postes, puis, après ça, me faire dire qu’on resserre les règles et qu’il faut les renvoyer chez eux. »
Le maire de Baie-Saint-Paul, Michael Pilote, déplore que le ministère de l’Immigration du Québec consulte seulement leur milieu pour planifier l’intégration des immigrants sans les sonder sur les besoins en amont. « Il va falloir que le ministère de l’Immigration s’assoie avec les différentes MRC au Québec, dit-il. On ne veut pas s’occuper des certificats de sélection et tout ça. Mais le ministère pourrait s’asseoir avec les MRC une fois par année pour connaître leurs besoins. » Il ne faut surtout pas faire de « mur à mur », plaide-t-il.
Après le Sommet de l’UMQ vendredi, les chefs se feront entendre de nouveau auprès des élus locaux lors du Congrès de la FQM, qui débute le 23 septembre et qui regroupe des maires de l’extérieur des grands centres et des MRC.
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