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Monday, November 2, 2026

"Globaliser tous les revenus" pour les taxer de la même manière : la proposition surprenante de Fabrice Brion (I-Care) pour réformer la fiscalité belge

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Fabrice Brion ne remet pas en cause le principe de l’impôt. "L’impôt, c’est quelque chose de positif, puisqu’on en a besoin pour l’enseignement, pour la santé, la justice, la sécurité, les routes", reconnaît-il d’emblée. "Si j’ai eu la chance d’avoir fondé I-Care, c’est grâce à mes études et donc au système éducatif, donc c’est important dans la réflexion de se dire que l’impôt sert aussi à cela."

"Le problème", tempère-t-il, "c’est quand on a l’impression que les services publics sont parfois moins efficaces ou qu’ils ne sont pas au niveau qu’on attendrait et que, de l’autre côté, les impôts augmentent toujours." Il pointe une contradiction majeure, signe de l’inefficacité qu’il dénonce : la Belgique figure parmi les pays les plus taxés au monde, et pourtant plus de 11% de sa population vit sous le seuil de pauvreté, un chiffre qui grimpe à plus de 23% à Bruxelles. Pour lui, ce constat suffit à démontrer que l’objectif de redistribution n’est pas atteint.

Pourtant, la Belgique affiche l’une des meilleures redistributions des revenus d’Europe, avec un indice de Gini de 23,4, sur une échelle de 0 à 100 où 0 signifie que tout le monde reçoit le même revenu et 100 qu’une seule personne capte la totalité. Cet indice belge est le deuxième meilleur score d’Europe après la Slovaquie.

Le chef d’entreprise montois ne nie pas le rôle des allocations sociales et des pensions dans le maintien d’un niveau de vie minimal pour une partie de la population. Mais il estime que "même cette protection sociale n’est pas suffisante pour que les gens aient une vie qui soit confortable". Le problème n’est donc pas seulement le niveau de l’impôt, mais ce qu’on en fait.

Et de ce point de vue, l’entrepreneur se montre particulièrement critique. "On est parmi les plus taxés du monde, dans le top 5 sans doute des plus taxés au monde. Mais on n’est pas dans le top 5 de la qualité des services publics. On n’est pas dans le top 5 de la satisfaction des fonctionnaires dans leurs services publics, des enseignants, des policiers, du milieu hospitalier, de la justice. On a une dette qui est colossale et qui augmente. Je serais ravi qu’on soit premier si, avec ce taux d’impôt le plus élevé, on était aussi les meilleurs dans tous ces domaines que sont l’enseignement, la santé, la recherche, la sécurité, la défense, la justice. Donc pour moi, c’est une question d’efficacité et c’est une question de ce qu’on fait avec l’impôt."

Sur la progressivité de l’impôt, Fabrice Brion soutient le principe, mais juge les seuils actuels dépassés. "On peut comparer assez facilement avec les pays voisins, la France, l’Allemagne, où on a une progressivité plus importante des tranches et où effectivement on paye moins vite beaucoup d’impôts, mais avec plus d’augmentation ensuite pour les tranches les plus élevées", pointe Fabrice Brion qui insiste néanmoins pour que "l’escalier" de l’impôt sur le travail ne monte pas plus haut qu’aujourd’hui parce qu’on "est déjà à un seuil d’impôt qui est difficilement supportable pour la majorité des citoyens et des entreprises".

Il souligne une anomalie concrète : le seuil de pauvreté est fixé à 1500 euros par mois, soit 18.000 euros par an, or des contribuables commencent à payer des impôts dès ce niveau de revenu. "On devrait réadapter les tranches et ne pas payer d’impôts sous le seuil de pauvreté", affirme-t-il. La quotité exemptée d’impôt, aujourd’hui autour de 10.000 à 12.000 euros, devrait, selon lui, être indexée chaque année sur ce seuil de pauvreté.

Il plaide également pour une simplification radicale du système. Trop de niches fiscales, trop de complexité : les chèques-repas, les voitures de société et autres avantages en nature sont devenus, selon lui, "un mal nécessaire" pour rester compétitif sur le marché de l’emploi. Une simplification permettrait d’alléger un "impôt difficile à comprendre", et espère-t-il, d’obtenir un impôt plus bas puisqu’il permettrait de "compenser cette complexité, entre certains taux plus élevés et certains taux plus bas".

En tant qu’employeur de 650 salariés en Belgique, une telle mesure permettrait aussi aux entreprises d’économiser sur la gestion administrative de ces dispositifs.

Fabrice Brion est donc très clair sur sa vision d’une réforme fiscale : réduire l’impôt sur le travail, ne pas l’augmenter sur la consommation et accroître l’efficacité des dépenses de l’État.

Et sur une éventuelle taxation des plus grandes fortunes, comme le demandent une majorité de Belges ? "D’abord, c’est une chance qu’il y ait beaucoup d’épargne et de capital en Belgique. Par contre, ce qui est un peu plus négatif, c’est qu’une grande partie de ce capital est investie à l’étranger et même hors de l’Union européenne. Donc ça veut dire qu’on finance nous-mêmes la croissance d’autres zones économiques alors qu’on a un besoin important de financer notre propre croissance."

Fabrice Brion se déclare donc en faveur d’une fiscalité modulée en fonction de l’usage qui est fait du capital. S’il sert à financer l’investissement en Belgique et en Europe, il doit être soutenu fiscalement. S’il part à l’étranger, sa taxation peut être plus élevée.

Si on revend des actions et qu’on a une plus-value, je pense que c’est normal qu’on soit taxé sur cette plus-value.

Fabrice Brion, fondateur d’I-Care, manager de l’année 2025

Plutôt qu’un impôt direct sur la détention du capital, il propose de modifier la taxation des revenus du capital avec une formule inattendue de la part d’un chef d’entreprise. "On doit globaliser les revenus pour l’imposition. Que le revenu vienne de l’immobilier, du travail, de dividendes, de la réalisation du capital… Si on a des actions, je ne pense pas qu’on doit être taxé sur ces actions. Par contre, si on revend des actions et qu’on a une plus-value, je pense que c’est normal qu’on soit taxé sur cette plus-value."

Cette proposition répond, selon lui, à une attente sociale forte. Un sondage du Soir indique que 76% des Belges souhaitent une imposition plus lourde sur les épaules les plus larges. Fabrice Brion estime que la globalisation des revenus permettrait d’y répondre sans les effets potentiellement néfastes pour l’économie d’une taxe sur le patrimoine, qui obligerait des entrepreneurs à vendre des parts de leur entreprise chaque année pour s’acquitter de l’impôt, au risque de faire passer le contrôle de sociétés belges entre des mains étrangères.

Il étend d’ailleurs ce raisonnement au secteur immobilier. "Je ne vois pas pourquoi les revenus immobiliers, qui ne génèrent pas plus, pas moins de valeur que d’autres secteurs, à part bien sûr la maison familiale, devraient être exemptés", dit-il. Pour lui, la justice fiscale passe par une règle simple : peu importe d’où vient l’argent, il doit être traité de la même façon au moment de l’imposition.

Une position qui pourra surprendre ses collègues chefs d’entreprise… et qui est à découvrir dans la première émission de Décodage, diffusée ce lundi 2 novembre à 22h05 sur La Trois.

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