Chantiers énergétiques de Churchill Falls | Un projet de 70 milliards dont l’entente reste à être finalisée

(St. John’s) C’est une étape majeure, mais ce n’est pas encore la fin des négociations entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador. Les deux provinces ont convenu de lancer un plus gros chantier énergétique d’environ 70 milliards, avec un coup de pouce d’Ottawa, mais cette entente reste à être finalisée.
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Hydro-Québec (HQ) et Newfoundland and Labrador Hydro (NLH) vont mettre en place un comité de mise en œuvre pour négocier les « ententes définitives » et les conclure d’ici le 31 décembre, donc après les élections québécoises du 5 octobre.
« L’entente-cadre » a été conclue entre les PDG d’HQ et de NLH, Claudine Bouchard et Jennifer Williams. Elle a été dévoilée lundi à St. John’s par la première ministre du Québec, Christine Fréchette, et son homologue de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, en compagnie de leur vis-à-vis d’Ottawa, Mark Carney.
Selon Christine Fréchette, c’est nécessaire que la Coalition avenir Québec soit réélue pour en venir à une entente finale. « Je pense que oui, parce que c’est nous qui avons construit l’ensemble de cette œuvre et c’est nous qui allons pouvoir la mettre en œuvre », a-t-elle soutenu, saluant au passage le travail réalisé par son prédécesseur François Legault, dont elle prononce peu le nom depuis des semaines.
La cheffe caquiste croit que son adversaire péquiste Paul St-Pierre Plamondon pourrait « déchirer » l’entente.
« Je demande au Parti québécois : qu’est-ce que vous offrez en échange ? Quelle alternative offrez-vous aux Québécois […] pour amener 10 000 MW supplémentaires et pour créer plus de 20 000 jobs payants. »
À son côté, le premier ministre canadien Mark Carney s’est défendu de s’ingérer dans les élections québécoises en contribuant à cette entente. « On est 10 jours avant le commencement de l’élection », et l’entente est « le produit de négociations intenses » qui durent depuis des mois, a-t-il plaidé.
Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham — un progressiste-conservateur —, a donné beaucoup de crédit à M. Carney — un libéral — pour cette entente. « Ce sera votre héritage et je suis fier d’en être un partenaire », a-t-il affirmé.
PHOTO PAUL DALY, LA PRESSE CANADIENNE
Le premier ministre Mark Carney s’adresse aux médias.
Ils ont tous parlé d’une « journée historique », d’un accord « gagnant » pour toutes les parties, du « plus gros projet d’énergie renouvelable en Amérique du Nord ».
« Avec cette entente aujourd’hui, on fait un pas de plus avec encore davantage de retombées », a fait valoir Christine Fréchette.
Un projet bonifié
Hydro-Québec a accès à un potentiel d’électricité plus important que ce que prévoyait l’entente de principe annoncée en 2024 sous François Legault, et ce, à un coût semblable, comme La Presse l’écrivait la semaine dernière.
De 7200 MW, on passe à plus de 10 700 MW, une augmentation de 40 %. C’est important : ces 10 700 MW peuvent alimenter jusqu’à trois millions de foyers québécois. Terre-Neuve-et-Labrador obtient pour sa part quelque 4000 MW. Le chantier totalise ainsi 14 000 MW, à peu près l’équivalent de la Baie James.
Avec la nouvelle entente, la capacité de production est revue à la hausse et des projets éoliens sont ajoutés.
Potentiel énergétique pour le Québec
- Centrale hydroélectrique existante de Churchill Falls : 3660 MW
- Augmentation de la puissance de Churchill Falls : 725 MW
- Construction d’une nouvelle centrale à Gull Island : 2250 MW
- Extension de la centrale à Churchill Falls et développement de projets éoliens : 3500 MW
Dans les deux derniers cas, des études de faisabilité doivent être réalisées. Le potentiel d’électricité supplémentaire est donc « à confirmer ».
Ce chantier énergétique représente des investissements s’élevant entre 65 et 70 milliards.
Pour le moment, Hydro-Québec ne détaille qu’une partie de ses investissements, c’est-à-dire 45 milliards. C’est la somme requise pour développer 6900 des 10 000 MW revenant au Québec.
Investissements d’Hydro-Québec
- Construction de la centrale de Gull Island : 30 milliards
- Augmentation de puissance à Churchill Falls : 4 milliards
- Construction des infrastructures de transport : 10 milliards
Ottawa va verser 6,5 milliards à Québec — il donnera aussi quelques milliards à Terre-Neuve-et-Labrador. Il prolonge un crédit d’impôt à l’investissement dans l’électricité propre et accorde une garantie de prêt pour Gull Island. Le gouvernement fédéral n’a aucun droit de gouvernance dans le projet.
En vertu de cette entente d’une durée de 50 ans, Hydro-Québec paiera l’électricité en provenance du Labrador 6,2 cents le kilowattheure en moyenne — on parlait de 6 cents dans l’entente de 2024.
C’est un prix plus avantageux que les alternatives, alors que le coût de production de nouveaux projets atteindrait 17 cents/kWh après 2035, selon Hydro-Québec. C’est ce qui lui fait dire qu’elle économiserait 200 milliards en 50 ans par rapport aux options alternatives.
De façon plus précise, l’électricité produite à Churchill Falls coûterait désormais 5,1 cents (c’était 4,4 dans l’entente de 2024), celle provenant des nouveaux développements coûterait 10,6 cents (c’était 11,1 cents dans l’entente de 2024).
La nouvelle entente entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador vise à remplacer celle qui a été conclue en 1969 et qui devait prendre fin en 2041 par laquelle le Québec paie l’électricité de Churchill Falls seulement 0,2 cent le kilowattheure. La province voisine croit depuis longtemps avoir été flouée avec cette entente, qu’elle a contestée sans succès.
L’avantage pour Hydro-Québec est de sécuriser l’approvisionnement en électricité au-delà de 2041 et d’augmenter sa capacité de production. La société d’État doit répondre à une demande en augmentation et contribuer à décarboner l’économie.
De son côté, Terre-Neuve-et-Labrador obtient environ 4000 des 14 000 MW d’électricité prévue à l’entente. Le premier ministre conservateur Tony Wakeham réclamait justement plus d’énergie que ce que prévoyait l’entente signée par son prédécesseur libéral Andrew Furey. Les surplus de la société d’État terre-neuvienne pourront être achetés par Hydro-Québec seulement, selon des mécanismes de prix préétablis dans l’entente. Donc, Terre-Neuve-et-Labrador ne peut revendre lui-même l’électricité sur les marchés d’exportation.
Tony Wakeham renonce à soumettre l’entente à un référendum dans sa province. Il rappelle la Chambre le 14 septembre pour la présenter aux députés.
Les parties doivent poursuivre les discussions avec les communautés autochtones pour « favoriser leur participation active à la planification et à la réalisation des projets ». La nouvelle cheffe de la Nation innue du Labrador, Jodie Ashini, assistait à la conférence de presse des premiers ministres.
Deux communautés innues de la Côte-Nord ont déjà fait savoir par communiqué qu’il ne peut y avoir d’entente finale sans elles. « Notre participation et notre consentement sont obligatoires », ont prévenu les Innus de Matimekush-Lac John et de Uashat Mak Mani-Utenam.
Aucune pénalité n’est prévue si l’une des parties se retire de l’entente d’ici la conclusion d’un accord final au plus tard le 31 décembre.
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