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Thursday, September 3, 2026

Un nouveau four à pain communautaire à l’île d’Orléans

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Le geste de la cuisson du pain est ancien, mais le projet, lui, est résolument contemporain : recréer un lieu où une communauté peut se retrouver autour d’un équipement qui fut autrefois au cœur de la vie quotidienne. « Ça fait longtemps que je pensais à construire un four à pain collectif. Là, grâce à des bénévoles, ce sera fini bientôt », explique Franck Marquet.

Le nouveau four de pierre de l’île d’Orléans est installé face à l’église historique de Saint-Jean, à côté de la grange à dîme. « C’est un projet qu’on a lancé en 2024. Je voulais retrouver une vie autour d’un four à pain. À ce jour, on compte plus de 300 personnes qui manifestent de l’intérêt pour utiliser le four. Une vingtaine de personnes participent à sa construction », raconte Franck Marquet, le responsable du projet.

Après plusieurs semaines de travail bénévole, la ceinture en pierre, le coffrage de la sole, l’installation de la gueule et les fondements en terre sont achevés. Sous peu, le four pourra être utilisé. « On devrait avoir terminé fin septembre », estime M. Marquet.

La fin de semaine dernière, de l’argile pétrie avec les pieds a servi à constituer la dalle. Les pieds nus des volontaires ont patiemment malaxé la matière tirée d’un lac des environs. L’argile se révèle de longue date un matériau particulièrement efficace pour emmagasiner, puis restituer, la chaleur.

Une pratique ancienne

Cette installation entend faire revivre, sous une forme contemporaine, une pratique communautaire qui appartient à la longue histoire de la vie rurale québécoise.

Originaire de France, Franck Marquet conserve une vive nostalgie pour le four à pain de la ferme où il vivait, tout en sachant que cette tradition des fours en plein air fut aussi marquante sur les rives du Saint-Laurent.

Pendant longtemps, le four à pain a fait partie du paysage des campagnes canadiennes-françaises. Jusqu’au début du XXe siècle, le pain constituait l’aliment fondamental de la diète des individus. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, un adulte en consommait près d’un kilo par jour. Désormais, c’est en moyenne six fois moins.

Plusieurs villages québécois ont eu leurs fours communautaires en pierre, en brique ou en terre glaise. Le four extérieur pouvait être une petite construction indépendante, parfois protégée par un toit. Il pouvait être intégré à un bâtiment appelé fournil. C’est en clin d’œil que la gueule du nouveau four en construction à l’île d’Orléans porte l’inscription « Fourn’île », sur une grosse pierre sculptée par Adrien Bobin, un tailleur qui participe à l’aventure.

Dans ces fours, on faisait évidemment cuire le pain, mais aussi les fèves au lard et d’autres aliments. Certains fours servaient également au séchage des fines herbes, du lin ou des plumes, voire au fumage du jambon. « On pourra aussi s’en servir pour faire cuire des pizzas, pourquoi pas ! » explique M. Marquet en entrevue.

« En France, il y avait des “droits de four”. Le four était construit sur une ferme en particulier, mais les gens des environs avaient la possibilité, lorsqu’il était en fonction, de venir cuire [leurs aliments] eux aussi », raconte Franck Marquet.

L’idée d’un équipement partagé n’est donc pas étrangère aux pratiques anciennes des campagnes françaises et québécoises. Dans la société rurale traditionnelle, la fabrication du pain s’inscrivait dans tout un réseau de pratiques collectives. Le four à pain constituait un espace de socialisation sans pareil.

Le four à pain québécois est aujourd’hui devenu un objet patrimonial. Plusieurs exemples anciens subsistent. À Montmagny, le four à pain Couillard, associé à un manoir construit vers 1800, est l’un des rares exemples connus de four extérieur en pierre. À Saint-Jean-sur-Richelieu, le four à pain Dupuis, qui aurait été construit au début du XIXe siècle, constitue également un exemple remarquable de cette tradition. Le légendaire Alexis le Trotteur fut d’abord connu comme constructeur de fours à pain.

La construction de ces fours collectifs s’est poursuivie dans le monde rural jusqu’au début du XXe siècle. À Cookshire, près du pont couvert, on en trouve un en brique bâti en 1942. Il servait encore, dans les années 1970, alors que se tenait dans cette municipalité des Cantons-de-l’Est un festival annuel consacré au pain.

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