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Sunday, August 23, 2026

Organisme Avant Coup | Sauver les femmes, un homme à la fois

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La salle de réception présente un décor sobre. Quelques chaises, une plante et une feuille avec, inscrits à l’encre, les noms de toutes les femmes tuées dans un contexte conjugal depuis le début de l’année. « On la laisse dans la salle d’attente pour que les gars la voient », explique Samantha-Jane Blain, directrice clinique de l’organisme Avant Coup.

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Depuis le début de l’année, 13 féminicides auraient été commis dans un contexte conjugal au Québec.

Une statistique que l’organisme œuvrant auprès d’auteurs de violence conjugale trouve pertinent de communiquer aux hommes qui franchissent sa porte.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Les noms de toutes les femmes tuées dans un contexte conjugal depuis le début de l’année

« C’est comme de leur dire : vous ne voulez pas vous rendre là. Il faut que vous soyez conscient qu’il y a des conséquences à vos actes », explique Samantha-Jane Blain.

Fondé en 2022, Avant Coup assure des services aux hommes aux prises avec des difficultés relationnelles. L’organisme, qui compte deux points de service à Montréal, propose tant des programmes thérapeutiques qu’une ligne d’écoute d’urgence.

Mais surtout, il offre un hébergement temporaire à des hommes qui doivent s’éloigner du domicile conjugal pour diverses raisons.

Parce qu’une interdiction de contact les empêche de s’approcher de la maison. Parce qu’ils sont en processus de séparation. Parce qu’ils traversent une période difficile et souhaitent recevoir de l’aide.

L’organisme a accepté de nous ouvrir la porte de l’un de ses dix logements, dont l’un est réservé à de l’hébergement d’urgence.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Samantha-Jane Blain, directrice clinique de l’organisme Avant Coup

« Souvent, ce sont les policiers qui ne veulent pas que monsieur retourne chez lui après une dispute, donc ils nous l’amènent ici. On va l’héberger pour la nuit, puis le lendemain, on va lui proposer de nous rencontrer. Il n’est pas obligé, mais souvent, les hommes vont le faire », souligne Samantha-Jane Blain.

À sa connaissance, il s’agit du seul organisme au Québec à offrir ce service.

Retirer l’auteur de violence du domicile conjugal comporte plusieurs bénéfices lorsqu’il est possible de le faire, croit-elle. Cela évite à la femme d’être celle à devoir partir et force l’homme à subir les conséquences de ses actes.

« S’il reste chez lui, ça ne change rien à sa vie. Vivre un déménagement, devoir faire ses tâches ménagères, se faire à manger seul… Ça le responsabilise aussi », explique Mme Blain.

« Ce n’est pas une honte »

Les hommes qui cognent à la porte de l’organisme de leur plein gré sont rares, mais ils existent : 15 % d’entre eux arrivent dans le cadre d’une démarche complètement volontaire, selon Samantha-Jane Blain.

La plupart atterrissent cependant là parce que la cour les y oblige ou parce que leur avocat leur a recommandé de le faire en attendant leur procès.

« Tout le monde pense que si tu vas te faire aider, t’es un faible. Mais non, bien au contraire », plaide Gilles*.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Gilles réside dans l’un des studios meublés de l’organisme Avant Coup.

Depuis presque une semaine, l’homme de 71 ans vit juste au-dessus des locaux de l’organisme, dans l’un de ses studios meublés. Pour 75 $ par semaine, il a un espace à lui, avec une petite cuisinette et une salle de bain privée.

Récemment, Gilles a touché le fond : il a frappé sa conjointe des 30 dernières années.

Pour la première fois de ma vie, j’ai frappé une femme. Je l’ai giflée. Elle m’a fait arrêter et elle m’a dit : “Va te faire soigner.” Elle a eu raison. Je suis ici pour me faire soigner.

Gilles, résidant à l’organisme Avant Coup

Depuis qu’il a pris sa retraite l’été dernier, Gilles traverse « la pire année de [sa] vie ». Sa conjointe l’a supplié d’aller chercher de l’aide, sans succès.

« J’ai accumulé de l’agressivité intérieure. Depuis 15 mois, c’est l’enfer. On s’engueulait tous les jours. »

C’est son avocate qui lui a parlé de l’organisme Avant Coup. « En entrant ici, je me suis dit : c’est mon espoir », dit-il, étouffant un sanglot.

« Si tu sens que t’as un problème, go, va le plus vite possible te faire traiter. Ce n’est pas une honte », plaide-t-il.

Manque de moyens

Les hommes violents peuvent-ils changer ? En 2025, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux a publié un avis faisant une revue de la littérature scientifique sur les interventions destinées aux auteurs de violence conjugale.

Selon l’avis, certaines approches, dont la thérapie cognitivo-comportementale, se sont révélées efficaces pour diminuer les comportements violents. D’autres, comme la thérapie de groupe basée sur le modèle Duluth, le sont moins.

La demande en tout cas est là : en 2025-2026, près de 200 hommes ont été rencontrés par les intervenants d’Avant Coup.

Mais l’organisme ne peut faire plus que ce que les subventions lui permettent. Et actuellement, elles sont insuffisantes, déplore Mme Blain.

« On doit beaucoup travailler à aller chercher du financement avec la philanthropie, avec des campagnes de levée de fond.

* Nom fictif pour préserver l’anonymat de l’usager

Une 13victime depuis le début de l’année

Après avoir passé quelques jours à l’hôpital, un homme de 35 ans a finalement été accusé vendredi d’avoir assassiné son ex-conjointe Kerline Jean en début de semaine dans le quartier Saint-Michel. Il s’agirait du 13e féminicide en contexte conjugal depuis le début de l’année. Betoven Étienne a comparu vendredi après-midi au palais de justice de Montréal pour le meurtre au premier degré de Kerline Jean et pour voies de fait sur une autre personne.

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