«Digger»: à trop vouloir un Oscar
La première image du film Digger (V.F.) semble celle d’un ciel étoilé. Mais non : les étoiles sont plutôt des bulles de méthane qui remontent d’un fond marin. En ouvrant son film de la sorte, Alejandro G. Iñárritu annonce ses couleurs : Digger ne sera pas ce que l’on croit. Digger est en l’occurrence le prénom du protagoniste joué par un Tom Cruise aussi éblouissant qu’agaçant. Après avoir causé un désastre environnemental sans précédent, Digger, un magnat du pétrole, pousse l’hybris jusqu’à poser en sauveur de l’humanité. Or, à un moment, Iñárritu tire le proverbial tapis de sous les pieds du public, révélant l’ingénieuse gimmick narrative sur laquelle est construite sa satire écologiste.
On ne divulgâchera évidemment pas la chose, sinon pour dire que les élans farcesques du scénario et la manière pompière dont le réalisateur d’Amours chiennes (Amores Perros), Babel, Biutiful et The Revenant (Le revenant) met le tout en scène prennent tout leur sens à la lumière de ladite révélation.
Ainsi le cinéaste s’amuse-t-il à multiplier les contre-plongées à la Citizen Kane, d’Orson Welles, dans la demeure de Digger, avant de convoquer le souvenir de Doctor Strangelove (Docteur Folamour), de Stanley Kubrick, lors d’une réunion ubuesque avec le président des États-Unis, sans oublier ces détours dans un rétrofuturisme de rouille et de gris à la Twelve Monkeys (L’armée des 12 singes), de Terry Gilliam.
Le cinéaste y va même d’échos à son propre Birdman. Et plus encore.
Crier en permanence
Bref, d’un point de vue de cinéphile, c’est stimulant. Sur le plan technique, c’est souvent impressionnant. Des plans-séquences typiquement immersifs se déploient au gré de monologues tantôt galvanisants (dont un où Cruise convoque l’esprit de Jack Nicholson dans leur film A Few Good Men/Des hommes d’honneur), tantôt surexplicatifs (une tirade explicite le pourquoi du comment de ce que l’on est en train de regarder).
L’ennui est que la proposition « dans son ensemble » (qui verra comprendra) peine à moduler ses niveaux de, disons, « tonitruance ». C’est un peu comme se trouver en présence d’une personne qui crie en permanence : à force, on finit par ne plus l’entendre.
Dans Digger, tout est gros : le récit, la mise en scène, le jeu. Et de la même façon que c’est en partie à dessein, ce n’est qu’en partie concluant.
Dépourvu du vernis « auteuriste » de Digger, Don’t Look Up (Don’t Look Up. Déni cosmique), d’Adam McKay, était plus efficace dans le genre satire politico-environnementale.
Le show de Tom Cruise
La distribution est prestigieuse, mais c’est le show de Tom Cruise de bout en bout, abondance de gros plans à l’appui. On pourrait même arguer que Cruise est le vrai sujet du film.
Immense star depuis des décennies, la vedette de Top Gun et de Mission: Impossible est toujours sans Oscar. D’ores et déjà en campagne afin de décrocher une nomination pour Digger, Cruise fusionne, dans les postures, la gestuelle, les regards et la livraison du texte, ses deux performances les plus plébiscitées. À savoir : son conférencier masculiniste secrètement fragile de Magnolia, de Paul Thomas Anderson, et son dirigeant de studio vociférant au visage couvert d’un maquillage prosthétique de Tropic Thunder (Tonnerre sous les tropiques), de Ben Affleck.
Est-ce mémorable ? Parfois. Est-ce « oscarisable » ? Faudra voir.
Quoi que décident les membres de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, la composition de Cruise est à l’image du film : sans doute un peu trop appuyée pour son propre bien.
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