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Tuesday, October 13, 2026

Gouvernement du PQ | Rassembler ou tomber

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Un peu comme le dieu romain Janus, un gouvernement minoritaire est condamné à avoir deux visages.

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Le premier regarde vers l’intérieur, pour garder son parti mobilisé en prévision d’une campagne électorale qui peut survenir n’importe quand. Le deuxième visage est orienté vers l’extérieur, pour trouver des compromis avec ses rivaux afin de survivre.

Comme Janus, Paul St-Pierre Plamondon parlait autant des commencements que des fins, vendredi, en réunion à Drummondville avec ses candidats élus et défaits.

Le premier ministre a promis une « posture de collaboration », tout en invitant son équipe à « demeurer mobilisée » en cas de campagne électorale imprévue – elle devrait arriver entre le printemps 2028 et l’automne 2030.

Il faut toutefois s’attendre à ce que l’approche de la main tendue prédomine en début de mandat. Pour le chef péquiste, rassembler n’est pas seulement une responsabilité. C’est une nécessité.

Mais avant de décider ce que son gouvernement fera, il doit le mettre sur pied. Le comité de transition de M. St-Pierre Plamondon s’affaire à nommer un conseil des ministres. Il faudra trouver un responsable de la Capitale-Nationale, où aucun péquiste n’a été élu.

Viendra ensuite l’habituel défi de trouver une équipe qui représente toutes les régions, avec une diversité des âges et des formations, paritaire ou presque. Il devra y avoir un peu moins de ministres, ce qui permettra d’envoyer un message sur la réduction de l’État, avec la possible élimination de postes de sous-ministre adjoint.

Une véritable course à l’embauche de personnel politique a déjà commencé. Une centaine de personnes doivent être trouvées. Les candidats défaits pourront trouver une façon de servir, s’ils le souhaitent. D’anciens visages du gouvernement Marois ou de l’opposition péquiste durant l’ère Couillard recevront des appels. Mais cela ne suffira pas. Il faut ratisser plus large et même oser l’œcuménisme. Le chef péquiste avait refusé de présenter des candidats issus de la CAQ. Pour le travail en coulisses, il risque d’être moins intransigeant.

Le cas de Mathieu Lacombe est révélateur. L’ex-ministre de la Culture est un indépendantiste avoué. Il fait partie de ceux qui s’étaient joints à la CAQ en croyant que le projet de pays était mort. La remontée du PQ, combinée à l’écrasement de la CAQ, change le calcul des gens comme lui.

Une des nominations les plus importantes sera le poste de leader parlementaire. Ce sera la ou le responsable des tractations pour trouver une majorité lors des votes en chambre. Optera-t-on pour une personnalité conciliante ou abrasive ?

La même question vaut pour les libéraux, conservateurs et solidaires.

La mise à jour économique ne devrait pas poser problème. La lutte contre l’itinérance fait consensus. La détaxation des biens usagés est appuyée par les conservateurs. Les solidaires seront d’accord avec le chèque de 125 $ pour aider les citoyens au revenu inférieur à 40 000 $. Le déclenchement des états généraux sur l’éducation est également appuyé par les libéraux et les solidaires. L’abolition annoncée de Santé Québec pourrait aboutir à un compromis dans les prochains mois – M. St-Pierre Plamondon s’est montré ouvert à convertir la société d’État en agence. Si une formule plus décentralisatrice est trouvée, tout le monde sauvera la face.

L’agenda de M. St-Pierre Plamondon se remplit déjà. Le 20e sommet de la Francophonie se déroulera à la mi-novembre au Cambodge. Une rencontre à Paris est aussi probable, sans toutefois être confirmée.

Les premiers ministres des provinces se réuniront fin octobre avec les représentants des Premières Nations. Un Conseil de la fédération est également prévu au Québec en décembre – reste à voir si M. St-Pierre Plamondon sera intéressé.

Des nominations stratégiques devront être faites, avec entre autres le départ annoncé de la directrice générale de la Sûreté du Québec.

Trois autres rendez-vous délicats sont à encercler sur le calendrier.

Le premier, c’est l’assermentation. Le serment au roi n’est plus requis pour les députés. Mais l’autre serment, pour siéger au gouvernement, l’est encore.

La gouverneure générale du Canada est sortie de son devoir de réserve pour dire que M. St-Pierre Plamondon, en tant qu’avocat, devrait savoir que l’abolition de la monarchie est inconstitutionnelle. En fait, plusieurs options sont possibles. L’une d’elles serait de changer le règlement de l’Assemblée nationale, pour échapper à l’emprise des tribunaux. La même logique pourrait être défendue pour la réduction, ou plus difficilement pour l’annulation, des crédits budgétaires à la lieutenante-gouverneure.

Les ministres péquistes prêteraient donc serment au roi, probablement en privé, pour ensuite changer le règlement afin que leurs successeurs ne doivent pas se soumettre à un souverain étranger.

Mark Carney aime la monarchie, mais il ne souhaite pas gaspiller de capital politique à la défendre au Québec. Et la population, de toute façon, se lassera de ce débat s’il traîne et finit par occulter ceux plus concrets sur la santé et l’éducation, par exemple.

Le deuxième rendez-vous sera sur l’immigration. Le plan annuel doit être déposé cet automne. On verra si M. St-Pierre Plamondon est prêt à un compromis. Il pourrait même essayer de rallier les autres partis dans sa demande de récupérer des pouvoirs sur l’immigration temporaire. Mais pour que cela fonctionne, il devra adoucir son discours pour ne pas se mettre à dos ses adversaires libéraux et solidaires.

Le dernier rendez-vous automnal à suivre est le jugement de la Cour suprême sur la loi 21 et, surtout, sur l’utilisation de la disposition de dérogation. Les opposants du Québec demandent aux juges d’en encadrer l’utilisation. Ce serait un coup de tonnerre dans la fédération. Les magistrats doivent le savoir, d’ailleurs. Reste à voir s’ils auront aussi peu envie d’une querelle que M. Carney.

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