Budget wallon : "enfumage" du gouvernement dénonce l'opposition, un budget "à bout de souffle" selon la FGTB

Pour le reste, "tout ce qui coûte aux Wallonnes et aux Wallons arrive dès 2027. La seule mesure censée les soulager – le job bonus, ndlr – n’arrivera qu’en 2028, et elle se chiffrera entre 4 et 40 euros par mois pour moins de la moitié de la population en âge de travailler. Ce n’est pas du pouvoir d’achat, c’est de l’enfumage. Une chose est sûre, les Wallons vont à nouveau déguster", estiment les socialistes.
"Dès le 1er mai 2027, la vignette automobile coûtera entre 90 et 125 euros par an et par véhicule. Elle sera la plus chère pour les voitures les plus anciennes, c’est-à-dire pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’en changer. A l’entrée de l’hiver, alors que les prix de l’énergie pèsent déjà lourdement sur les ménages, pas un euro n’est prévu pour les familles avant 2028. En 2027 également, 300.000 ménages wallons paieront davantage pour leurs titres-services, après avoir déjà encaissé entre 360 et 600 euros de frais complémentaires par an. Et le prix des maisons de repos augmentera lui aussi", égrènent-ils.
Rien non plus contre l’explosion des tarifs du TEC, ni contre la hausse des loyers pour les logements les moins bien isolés. "Additionnées sur une année, pour un même ménage, toutes ces mesures se comptent en centaines d’euros", pointe le PS qui s’inquiète en outre de l’augmentation des taxes communales et de la non-indexation des APE alors que le ministre-président Adrien Dolimont a annoncé que "certains secteurs qui n’étaient pas touchés précédemment le seront également".
Du côté du PTB, le constat est identique. "La vignette automobile, instaurée dès 2027, est une nouvelle taxe sur les automobilistes wallons, sans garantie de compensation. Quant aux communes, elles vont à nouveau imposer de nouvelles taxes aux citoyens sous la pression du gouvernement wallon", affirme Germain Mugemangango.
"Grâce à la résistance, le gouvernement n’a finalement pas osé toucher aux allocations familiales. Mais nous devons rester vigilants, vu le nombre de ballons d’essai qu’il a lancés durant des mois à ce sujet. Ce qui est clair, en revanche, c’est que le gouvernement travaille à une nouvelle taxe, la "garantie autonomie", applicable en 2030. Cette même taxe coûte déjà 100 euros aux travailleurs en Flandre", ajoute le chef de groupe de l’extrême gauche au Parlement wallon.
Le "job bonus" ne trouve pas non plus grâce à ses yeux. "Georges-Louis Bouchez avait promis 500 euros par mois ; ce sera, au mieux, 500 euros par an. Ou même 50 euros par an pour un travailleur ou une travailleuse qui gagne par exemple 3000 euros net par mois. Et les mêmes partis qui, au fédéral, bloquent les augmentations salariales qui devraient être payées par les entreprises prétendent financer cette augmentation… avec l’argent des travailleurs. C’est dingue !", martèle-t-il.
Enfin, chez Ecolo, on regrette également qu’une fois "l’écran de fumée dissipé, ce sont les citoyens et les citoyennes qui passeront à la caisse". "Il y a tout d’abord une urgence écologique qui n’est absolument pas prise en compte ! Quelque 60.000 personnes se sont réunies hier/dimanche à Bruxelles. Les enjeux de la lutte contre le dérèglement climatique et de l’adaptation climatique ne font pourtant l’objet d’aucun investissement significatif. Les moyens annoncés en faveur des communes pour les mesures d’adaptation sont même inférieurs aux crédits que le gouvernement leur retire avec la désindexation du Fonds des communes", soulignent les écologistes.
"C’est encore pire pour le défi de la biodiversité, où le gouvernement ne fait même pas semblant. Les politiques de la Nature, largement définancées depuis deux ans, continueront à servir de variable d’ajustement. La Wallonie ne dégage non plus aucun moyen pour simplement appliquer la loi européenne de restauration de la Nature, poursuivent-ils.
"Au-delà, le gouvernement a volontairement produit un brouillard qu’il importe de dissiper au plus vite", déplore encore Ecolo. Selon le parti, plusieurs engagements mis en avant sont en effet financés par des économies qui frapperont les mêmes secteurs, souvent pour des montants supérieurs, "et relèvent dès lors du leurre ou de la diversion".
Quant aux tableaux budgétaires, ils sont "illisibles, avec des signes en + en en – où le gouvernement présente en même temps des baisses ou des hausses de recettes ou de dépenses". "Malgré certaines annonces à portée médiatique, le gouvernement MR- Engagés s’enferme dans une vision à court terme, qui prône l’austérité budgétaire au détriment de l’habitabilité de nos territoires et au détriment de la justice sociale", concluent les verts.
De son côté, l'UCM invite le gouvernement wallon à être cohérent dans sa volonté de récompenser "le travail et l'esprit d'entreprendre": pour l'organisation d'indépendants, il faut donc "permettre aux indépendants aux revenus modestes de bénéficier du job-bonus de 500 euros".
La Région a effectivement décidé de lancer un "job bonus", à l'instar de ce qui existe déjà au nord du pays. La prime dégressive, qui ira jusqu'à 500 euros pour les plus bas salaires, sera réservée aux travailleurs dont la rémunération ne dépasse pas 5.000 euros brut. Elle sera versée à partir de 2028 à quelque 900.000 travailleurs.
L'UCM dit également s'inquiéter de la non-indexation du fonds des communes qui pourrait entrainer une hausse de la taxation locale.
En revanche, l'organisation se dit satisfaite du feu vert dans le dossier Boucle du Hainaut et considère cela comme "une grande victoire pour les entreprises wallonnes". "Cette infrastructure est indispensable pour acheminer vers la Wallonie une part croissante de l'électricité renouvelable produite en mer du Nord, sécuriser l'approvisionnement et éviter que la saturation du réseau ne bloque l'électrification et les investissements des entreprises."
L'UCM se réjouit aussi que la taxe sur l'outillage et les machines soit définitivement enterrée. Depuis sa restauration fin 2025, la taxe wallonne sur la force motrice était au centre des critiques des mondes économique et syndical wallons, ainsi que de l'opposition, pour ses effets négatifs sur l'activité économique en Wallonie.
Héritage d'un temps éloigné, la taxe sur la force motrice était à l'origine un prélèvement fiscal communal sur l'installation de toute nouvelle machine dans une installation industrielle, agricole ou commerciale.
La FGTB wallonne estime, quant à elle, que les efforts financiers pèseront principalement sur les travailleurs, les ménages à bas et moyens revenus ainsi que les services publics.
Le syndicat reproche au gouvernement de continuer à "jouer sur l'indexation" des budgets du secteur public et du non-marchand en 2027, 2028 et 2029. Il rappelle que cette mesure s'ajoute à des décisions déjà prises. Parmi elles figurent la réforme APE dans les pouvoirs locaux, qui représente 62,5 millions d'euros d'économies et 2.890 équivalents temps plein, et le non-remplacement de 1.260 agents de la fonction publique wallonne d'ici 2029.
La FGTB wallonne conteste aussi la réforme de la fiscalité automobile. La taxe annuelle de circulation baisse de 56,26 à 75 euros, mais une vignette de 90 à 125 euros par an est créée. Selon le syndicat, le propriétaire d'une voiture essence ou diesel de 1.600 cm³ paiera 25 euros de plus par an, et 50 euros de plus pour un véhicule plus ancien. Citant le budget, il indique que la baisse de la fiscalité coûte 141 millions d'euros par an, alors que la vignette en rapporte 342 millions. "Ce n'est pas une réforme, c'est une hausse d'impôt", fustige la FGTB.
Le syndicat déplore par ailleurs la réduction du financement public des maisons de repos et juge le futur "Job Bonus" insuffisant face aux coupes annoncées dans les politiques d'emploi.
"Ce budget ne prépare pas l'avenir, il le rabote", a résumé Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne.
La FGTB wallonne attribue toutefois quelques avancées à la mobilisation syndicale, dont la préservation "dans leur grande majorité" des allocations familiales et le feu vert à la Boucle du Hainaut.
Autre son de cloche du côté d'Agoria qui salue le gouvernement wallon d'avoir choisi de préserver les principaux leviers de croissance, d'emploi et d'investissement. AKT, la fédération des employeurs privés de Wallonie, accueille "positivement plusieurs choix tournés vers l'avenir économique de la région" (réduction du coût de l'énergie électrique, les investissements dans les infrastructures, etc.)
La fédération technologique Agoria estime que les entreprises "ont besoin de talents" pour se développer et "renforcer le savoir-faire wallon". "Dans cette logique, la mise en place du Job Bonus constitue un signal positif en faveur de l'attractivité du travail." Pour AKT, cette mesure "va dans le bon sens".
Cette prime dégressive, qui ira jusqu'à 500 euros pour les plus bas salaires, sera réservée aux travailleurs dont la rémunération ne dépasse pas 5.000 euros brut. Elle sera versée à partir de 2028 à quelque 900.000 travailleurs.
Agoria Wallonie salue également les mesures favorables à l'investissement, notamment la pérennisation de l'exonération de la taxe sur la force motrice pour les nouveaux équipements et le maintien de l'exonération du précompte immobilier sur le matériel et l'outillage.
"L'absence d'annonce de nouvelles taxes sur l'activité économique est aussi à saluer", ajoute AKT, qui embraie avec un autre élément positif et la préservation par le gouvernement des principaux budgets de soutien à l'activité économique (aides à l'investissement et à la recherche, aide à l'emploi privé, …).
Les deux organisations se réjouissent aussi des 20 millions d'euros annoncés pour accélérer l'adoption de l'intelligence artificielle dans les entreprises wallonnes. AKT parlant d'un "signal fort".
Le renforcement de la compensation des coûts carbone indirects, le nouveau dispositif de soutien dans le cadre du CISAF et l'examen d'un mécanisme de partage des risques pour les infrastructures de transport du CO₂ constituent des avancées importantes pour la décarbonation de l'industrie, avance Agoria. AKT note encore le feu vert concernant la Boucle du Hainaut. Une infrastructure "indispensable pour disposer d'un réseau électrique capable de répondre aux besoins de l'économie wallonne et de la transition".
Mais la fédération technologique dit aussi rester "vigilante" quant aux mesures de financement accompagnant les choix budgétaires du gouvernement. "L'extension du prélèvement kilométrique pour les poids lourds et l'introduction d'une tarification liée aux émissions de CO₂ devront faire l'objet d'une évaluation approfondie de leurs impacts sur les coûts, l'investissement, l'emploi et la compétitivité."
AKT pointe de son côté l'augmentation du prélèvement kilométrique pour les poids lourds et son extension au réseau régional qui est "regrettable", et "aura un impact direct sur plusieurs secteurs". Le gouvernement, ajoute la fédération, prévoit toutefois une enveloppe compensatoire de 30 millions d'euros par an pour les secteurs les plus touchés. Les modalités de mise en œuvre de cette mesure seront essentielles pour minimiser son impact négatif.
Le gouvernement wallon a présenté, lundi matin, les grandes lignes de l'accord budgétaire conclu ce week-end, au terme de plusieurs semaines de discussions.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.