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Friday, October 16, 2026

Une campagne albertaine marquée par les craintes d’ingérence et les manipulations par l’IA

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La manipulation de contenus par l’intelligence artificielle et les allégations d’ingérence américaine ont émaillé la campagne en amont du vote de lundi sur la question de l’indépendance de la province canadienne de l’Alberta, soulevant des craintes quant à des contestations à l’issue du scrutin.

En pleine guerre commerciale avec Washington, le premier ministre canadien, Mark Carney, a affirmé jeudi qu’il attendait des gouvernements étrangers, « dont les États-Unis », qu’ils n’interfèrent pas.

Les contacts entre les séparatistes de l’Alberta et le gouvernement Trump ont provoqué des remous au Canada.

Le secrétaire des Finances américain, Scott Bessent, a qualifié en début d’année l’Alberta de « partenaire naturel » pour les États-Unis, tandis que des séparatistes ont été reçus au département d’État.

Certains alliés de Donald Trump se sont également permis d’intervenir dans le débat à l’instar d’Elon Musk qui a appelé la semaine dernière l’Alberta à se « séparer » du Canada, tout comme la province francophone du Québec, où un parti indépendantiste a remporté les élections le 5 octobre.

À Ottawa, Anton Boegman, nommé cette année par le gouvernement Carney pour surveiller les potentielles ingérences étrangères, a confirmé fin septembre être « conscient des préoccupations concernant les activités d’influence étrangère » liées au vote de lundi lors duquel les habitants de la riche province pétrolière devront décider s’ils souhaitent ou non organiser un futur référendum d’indépendance.

« Tous ces éléments ne peuvent être considérés de façon isolée », a dit à l’AFP la députée du Nouveau Parti démocratique (NDP) Heather McPherson, dont la formation minoritaire veut que le Parlement débatte de cette question.

« Ce serait de la folie » de ne pas tenir compte de l’impact que tout cela peut avoir au Canada, estime pour sa part Brian McQuinn, codirecteur du Centre for Artificial Intelligence, Data and Conflict à l’Université de Régina, qui affirme également que des acteurs liés à la Russie relaient les arguments les plus extrêmes du débat lié à la séparation de l’Alberta.

Amplification par l’IA

Malgré les contacts confirmés entre son mouvement et le gouvernement Trump, le leader indépendantiste Mitch Sylvestre a affirmé à l’AFP que les intérêts américains « ne jou(ai)ent aucun rôle » en Alberta. « Jusqu’à ce que nous gagnions et devenions un gouvernement », a-t-il toutefois ajouté.

Selon de récents sondages, moins de 25 % des cinq millions d’habitants de la province sont en faveur de la séparation. Mais Mitch Sylvestre est convaincu que son camp est en mesure de l’emporter lundi.

Directeur du Media Ecosystem Observatory (MEO) à l’Université McGill de Montréal, Aengus Bridgman note que les séparatistes sont plus présents en ligne que les partisans de l’unité et que « leur présence est renforcée par l’utilisation de l’IA », ce qui « donne l’impression qu’ils ont davantage de moyens ».

Le MEO a également mis en lumière des vidéos indépendantistes générées par l’IA et vues plus de 40 millions de fois, liées à des individus se trouvant aux Pays-Bas et semblant davantage motivés par des gains financiers, même si tous n’étaient pas de la désinformation.

Méfiance généralisée

En Alberta, les revendications indépendantistes ont été alimentées par les restrictions imposées pendant la pandémie de COVID-19. Plusieurs membres du mouvement ont aussi des liens avec le « convoi de la liberté » qui avait vu en 2022 des camionneurs bloquer Ottawa pour protester contre l’obligation vaccinale.

« Pour eux, le confinement pendant la pandémie est la preuve de l’autoritarisme » du gouvernement fédéral, ajoute le directeur du MEO, qui note par ailleurs une méfiance généralisée en Alberta à l’égard de l’autorité électorale.

Cette méfiance est notamment alimentée par « un nombre important de votes par correspondance » et « par anticipation » ainsi que par la complexité du vote de lundi, souligne Lori Williams, professeure de science politique à l’Université Mount Royal de Calgary. Au-delà du référendum d’indépendance, les électeurs devront aussi se prononcer sur des questions liées notamment à l’immigration.

L’acceptation du résultat sera donc un enjeu crucial. « Il est probable qu’une partie de la population perçoive ce scrutin comme volé ou injuste », juge Aengus Bridgman.

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