L’Ontario « à risque » d’un système de santé à 2 vitesses, affirme un rapport

Le recours au privé dans le secteur de la santé de l’Ontario est en augmentation, accompagné d’une augmentation des coûts et des temps d’attente, selon un rapport du Centre canadien de politiques alternatives.
En promouvant agressivement
l’expansion du rôle des cliniques privées dans le système de santé, le gouvernement de l’Ontario met la province à risque
de se retrouver avec un système de santé à deux vitesses, avance l’auteur du rapport, l’économiste Andrew Longhurst.
D’après le Centre canadien de politiques alternatives – qui cite des données obtenues grâce à des demandes d’accès à l’information – le nombre de chirurgies dans les cliniques indépendantes a augmenté de 117 % entre 2017-2018 et 2024-2025.
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Dans le réseau public, le nombre de chirurgies n’a augmenté que de 10 % au cours de la même période, selon le rapport.
Sur le plan du financement, le CCPA brosse un tableau similaire : il soutient que le financement public augmente beaucoup plus rapidement pour les cliniques privées que pour le réseau public de la santé.
Le rapport se penche sur les actes médicaux effectuées dans les cliniques privées, mais financées par l’assurance maladie publique.
L’imagerie médicale, la chirurgie plastique et les chirurgies oculaires comptent parmi les services offerts dans ces établissements, nommés centres de services de santé communautaires intégrés
depuis la réforme déposée par le gouvernement de Doug Ford en 2023.
Le gouvernement de l’Ontario construit une grande industrie de soins de santé à but lucratif avec d’importants fonds publics
, affirme l’organisation, qui estime que ces changements se déroulent alors que les temps d’attente sont de plus en plus longs.
Alors que le gouvernement provincial poursuit ce choix politique, les délais d'attente médians pour huit des douze interventions prioritaires ont augmenté, y compris les examens d’IRM, les opérations de la cataracte et toutes les interventions chirurgicales liées au cancer.
C’est un constat que partage l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario.
Ce n’est pas un secret – et ça a été démontré encore et encore dans les juridictions à travers le monde et au Canada – que l’expansion des soins de santé au privé rallonge les temps d’attente
, affirme sa présidente, Erin Ariss, qui est infirmière autorisée.
L'Ontario se défend

Le bureau de la ministre de la Santé Sylvia Jones défend le bilan du gouvernement Ford. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn
Le gouvernement de l’Ontario conteste l’analyse présentée par le Centre canadien des politiques alternatives.
Le rapport du CCPA ne reflète pas la réalité du système de santé de l’Ontario
, soutient Lily Barnes, porte-parole de la ministre de la Santé, qui assure que les temps d’attente pour l’imagerie médicale ont été réduits à la suite de l’ajout de 50 nouveaux appareils d’IRM et tomodensitomètres dans les hôpitaux
.
L’an dernier, nous avons effectué un record de presque 3 millions d’examens d’IRM et de tomodensitométrie, une augmentation de 7 % sur l’année précédente.
L’Ontario compte maintenant certains des temps d’attente les plus courts au pays pour les examens d’IRM et de tomodensitométrie
, affirme-t-elle.
Une facture de 4,1 milliards
Le Centre canadien de politiques alternatives affirme qu’en 8 ans – entre 2017 et 2025 – la facture cumulée envoyée par les cliniques indépendantes à la province a été de l’ordre de 4,1 milliards de dollars.
Un choix qui n'est pas rentable pour le gouvernement, d’après l’auteur du rapport. Ces données remettent en cause les affirmations du gouvernement de l’Ontario, selon lesquelles externaliser les services de santé au secteur privé réduit les délais d’attente
, insiste Andrew Longhurst. En réalité, ça rend les soins plus chers, et ça laisse les Ontariens avec moins d’accès aux services.

Andrew Longhurst, auteur du rapport, presse l'Ontario à changer de cap, en matière de chirurgies privées. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Venant Nshimyumurwa
Un changement d’orientation s’impose, d’après lui. Son rapport recommande que le gouvernement cesse la privatisation des services hospitaliers de base
.
Alors que le gouvernement de l’Ontario a annoncé, dans son budget 2026, une augmentation du financement des hôpitaux pouvant aller jusqu’à 4 %
, le CCPA propose une augmentation du financement prévisible, pluriannuelle d’au moins 6 % par année
pour maintenir les services actuels et pour augmenter le nombre d’interventions médicales dans le secteur public.
L’organisation recommande en outre de créer des listes d’attentes centralisés
, une réforme de la rémunération des médecins pour encourager la multidisciplinarité, d’améliorer l’accès aux soins primaires et communautaires, et d’assurer la présence de personnel dans les salles d’opérations qui sont vides certains jours, les soirs et les week-ends
.

Erin Ariss, présidente de l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario, dénonce le recours au privé pour les interventions chirurgicales. (Photo d'archives)
Photo : Avec la gracieuseté de l'ONA
L’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario (AIIO) concorde, et affirme que ces recommandations sont au cœur
de ses demandes.
Lorsque les soins de santé privés prennent de l’expansion, les seules personnes qui en bénéficient sont les propriétaires [de clinique] et les entreprises [...] et les politiciens qui les soutiennent.
La preuve scientifique continue de démontrer qu’investir dans un financement suffisant, pluriannuel pour notre système de santé public [...] est préférable pour les patients, les travailleurs de la santé et les contribuables
, évoque la présidente de l’AIIO, Erin Ariss.
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