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Friday, September 4, 2026

Le mystérieux trésor des Habsbourg exposé à Québec

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Le mystérieux trésor des Habsbourg, conservé secrètement au Québec pendant des décennies, sera montré au public pour la première fois. La famille de l’ancien empereur d’Autriche annonce que le célèbre diamant Florentin, une Toison d’or portée par l’empereur Charles Ier au moment de sa mort, et plusieurs autres bijoux de l’ancienne famille impériale seront exposés à compter du 4 septembre au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ).

Karl de Habsbourg-Lorraine, petit-fils de l’impératrice Zita, fait un passage éclair à Québec pour l’occasion avant de regagner l’Autriche. « Dans le temps, je pense que ma grand-mère croyait que ce serait plus sécurisé ici », explique-t-il au Devoir.

Mais pourquoi sa grand-mère tient-elle à laisser les bijoux au Canada lorsqu’elle regagne l’Europe avec sa famille, au début des années 1950 ? « Elle ne voulait pas qu’il y ait des grandes difficultés avec ces différentes pièces pendant un certain temps… C’est pour ça qu’elle a décidé que, jusqu’à 100 ans après la mort de mon grand-père, de l’empereur Charles, elle voulait que les choses restent dans ce trésor, dans cette banque. Et c’est seulement après 100 ans que mon cousin m’a informé sur cela », explique Karl de Habsbourg-Lorraine.

La riche collection comprend des objets ayant appartenu à l’impératrice Marie-Thérèse, à sa fille Marie-Antoinette, reine de France, ainsi qu’à l’empereur François Ier.

La vedette incontestable de l’ensemble demeure le Florentin, un diamant jaune pâle de 137,27 carats, taillé en forme de poire et comptant 126 facettes, dont la valeur pourrait se chiffrer aujourd’hui à plusieurs millions de dollars. Pendant un siècle, la disparition de cette pierre exceptionnelle a alimenté toutes sortes de théories. On le croit longtemps volé, vendu ou retaillé au bénéfice de Habsbourg désargentés. Ce n’était finalement pas le cas.

Karl de Habsbourg-Lorraine considère que sa grand-mère aurait pu vendre ces trésors et les disperser, mais qu’elle ne l’a pas fait à dessein. « Elle voulait que ces pièces restent ensemble pour les générations futures, qu’il n’y ait pas de discussion, qu’il n’y ait pas de question de propriété, rien de ça, que ça reste, que ce soit gardé pour les générations qui viennent. » Son souci, c’était donc d’abord les générations futures des Habsbourg ? « Oui, absolument ! »

Cette volonté de soustraire la collection aux droits de regard pendant un siècle correspond d’ailleurs tout à fait, selon lui, au caractère de sa grand-mère. « Je suis fier d’elle », affirme Karl de Habsbourg-Lorraine qui est également grand maître de l’Ordre de la Toison d’or.

L’existence de ce trésor conservé au Québec n’a été révélée au public que l’automne dernier. Le New York Times avait créé la surprise en racontant que le Florentin, tenu pour disparu depuis les lendemains de la Première Guerre mondiale, se trouvait depuis des décennies dans le coffre d’une banque canadienne.

La réapparition du trésor plus d’un siècle après leur disparition n’a pas réglé toutes les questions. L’Autriche examine toujours si elle peut faire valoir des droits sur certains bijoux sortis du trésor impérial en 1918. Une « commission du Florentin », mise sur pied par le gouvernement autrichien, doit déterminer si le pays possède des droits sur les objets et, le cas échéant, si ceux-ci peuvent être juridiquement exercés. Ses conclusions sont attendues cet automne.

L’Italie s’est également penchée sur la question en raison du passé florentin du diamant jaune. Le joyau se retrouve chez les Médicis, la puissante famille de Florence. À l’extinction de cette dynastie, il passe aux Habsbourg-Lorraine et gagne Vienne.

Ancien député européen de tendance conservatrice, Karl de Habsbourg-Lorraine n’y voit qu’une manœuvre politique. « Je pense que c’est un jeu politique. C’étaient des pièces de la famille », insiste-t-il. Sa famille soutient que le trésor a toujours constitué des biens privés, distincts des biens de la Couronne.

Qui touchera les redevances des billets de l’exposition présentée au MNBAQ jusqu’au 10 janvier 2027 ? Karl de Habsbourg-Lorraine affirme ne pas le savoir.

Le trésor se trouve désormais entre les mains de la Fiducie Saint-Joseph, un trust canadien dont les descendants de Zita sont bénéficiaires. Ses statuts prévoient que la collection doit demeurer à long terme au Canada. La fiducie est dirigée par l’homme d’affaires Andrew Molson, représentant de la septième génération de cette famille montréalaise liée à un empire brassicole. Pourquoi Andrew Molson ? Les Molson, explique Karl de Habsbourg-Lorraine, sont des amis d’amis. « Et comme ça, [Andrew Molson] est devenu le chef de cette fiducie », à son sens un système très sécuritaire pour « sécuriser » les bijoux.

Pourquoi, cent ans plus tard, éprouver encore le besoin de tenir ce trésor à bonne distance de l’Europe ? « Peut-être qu’il y avait des difficultés qui pouvaient venir de la part, disons, de l’Autriche et de l’Italie dans la question de propriété », laisse tomber Karl de Habsbourg-Lorraine.

Un parcours rocambolesque

En 1918, la fin de la Première Guerre mondiale entraîne la chute de l’Empire austro-hongrois. Le dernier empereur, Charles Ier, emporte avec lui quantité de bijoux de grande valeur. Avec plusieurs autres richesses, le Florentin passe en Suisse. Charles meurt en exil à Madère en 1922. Sa veuve, l’impératrice Zita, poursuit une existence errante avec leurs huit enfants.

En 1940, devant l’avancée nazie en Europe, la famille gagne les États-Unis, puis le Québec. Zita transporte avec elle les bijoux. Le Florentin et les autres pièces sont finalement déposés dans un coffre bancaire au Canada. Zita ne révèle leur emplacement qu’à deux de ses fils, Robert et Rodolphe, en leur demandant de garder le secret jusqu’à cent ans après la mort de Charles. Ceux-ci transmettront à leur tour le secret à leurs fils.

À Québec, Zita vit dans la petite bourgeoisie catholique canadienne-française de la ville. Elle fréquente la famille De Koninck. Après la guerre, l’ancienne impératrice repart vivre en Europe. Mais les bijoux, eux, restent au Canada.

Les Habsbourg constituent l’une des plus puissantes dynasties de l’histoire européenne. À force de mariages, d’héritages et de conquêtes, leurs différentes branches ont régné pendant des siècles sur un immense ensemble de territoires : l’Autriche, la Hongrie, la Bohême, une partie de l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne et son empire, entre autres. « Nous sommes une famille qui était toujours très active dans la politique, depuis des centaines d’années », commente l’héritier.

Au XIXe siècle, les possessions d’Europe centrale de la famille des Habsbourg sont regroupées au sein de l’Autriche-Hongrie. Cet empire multinational est gouverné par François-Joseph pendant près de 68 ans. Il disparaît en 1918.

Karl de Habsbourg-Lorraine, 65 ans, a lui-même fait un passage en politique, siégeant au Parlement européen sous les couleurs du Parti populaire autrichien de 1996 à 1999. Sa carrière politique s’est cependant terminée dans la foulée d’un scandale concernant le détournement de dons de l’organisme World Vision, dont une partie aurait servi à financer sa campagne électorale, sans que lui-même ne fasse l’objet d’accusations.

La richesse familiale des Habsbourg provenait d’énormes domaines fonciers, de revenus dynastiques et de collections accumulées au fil des générations. Après des siècles de règne, la distinction entre les biens personnels et ceux attachés à la Couronne apparaissait plutôt difficile à tracer.

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