Ruelles vertes | La ruelle de Steven Guilbeault

Pour jouer à la pétanque, prendre l’apéro ou regarder un film sous les étoiles, les ruelles vertes sont plus que des corridors de passage. Cet été, La Presse vous propose une visite de ces lieux animés où des voisins se rassemblent.
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Bien avant de devenir ministre fédéral de l’Environnement et même d’escalader la Tour CN pour dénoncer l’inaction climatique du Canada, l’écologiste Steven Guilbeault a contribué à la création d’une des premières ruelles vertes de Montréal.
« C’était le début d’un mouvement », dans la foulée du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992, se remémore le principal intéressé en arpentant les lieux avec La Presse.
L’organisation écologiste Équiterre, que Steven Guilbeault avait fondée avec des amis, venait de lancer le « Réseau des fermiers et fermières de famille », qui permettait à des ménages montréalais d’acheter des paniers de légumes biologiques directement de producteurs.
« Le point de chute, c’était ici, devant chez nous. Toutes les semaines, les gens venaient chercher leur panier, raconte Steven Guilbeault. Les gens venaient ensuite prendre une bière dans la ruelle. »
C’est là, loin du murmure bruyant de la ville, que l’idée d’en faire une ruelle verte a émergé, à la fin des années 1990.
On a fait une première corvée pour nettoyer un peu. C’était très organique, maintenant, c’est plus organisé.
L’éco-quartier du Plateau-Mont-Royal avait aidé à la réalisation du projet, se souvient Huguette Trudel, qui y travaillait à l’époque.
« On avait mis des palettes de bois pour faire des bacs pour planter des fleurs », a-t-elle raconté à La Presse.
Celle qu’on surnomme « la grand-mère des ruelles vertes » en compte plus de 30 à son actif.
« On avait eu l’idée de faire du verdissement, pour réduire les îlots de chaleur et faire de l’apaisement de circulation, se souvient-elle. C’était assez fou, les gens prenaient les ruelles pour des raccourcis. »
La ruelle de Steven Guilbeault n’avait toutefois pas ce problème : parce qu’elle est particulièrement étroite, les voitures ne peuvent l’emprunter.
« Une Mini Cooper, peut-être ! », blague l’écologiste, contournant quelques jouets pour enfants.
La ruelle n’était d’ailleurs pas déneigée en hiver, se rappelle-t-il. « On faisait une butte de neige [au milieu] pour faire glisser les enfants. »
Nouveau souffle
Steven Guilbeault et ses voisins se sont occupés de la ruelle verte jusqu’à ce qu’ils déménagent ailleurs, les uns après les autres.
« On avait fait des aménagements comme ça », dit l’écologiste en pointant un bac de bois où poussent quelques légumes et fines herbes. « C’est le fun de voir qu’il reste encore quelque chose. »
Mais certaines portions de la ruelle sont manifestement laissées à l’abandon.
« Ce serait cool que des gens se disent : “on va reprendre ça et renipper ça un peu” », lance-t-il.
PHOTO SIMON LALIBERTÉ, LA PRESSE
Steven Guilbeault
Ce n’est pas beaucoup d’efforts, tu te mets à quelques voisins au début du printemps, tu passes un coup de balai, tu entretiens un peu les bacs et tout à coup, ça change vraiment.
La ruelle pourrait d’ailleurs connaître un nouveau souffle, puisque les riverains envisagent de déminéraliser à leurs frais le tronçon central, qui est privé, a indiqué à La Presse Luna Calmette-Ratelle, agente en architecture de paysage à l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.
« On avait voulu [le faire], se souvient Steven Guilbeault. Mais ça coûtait tellement cher. »
La ruelle s’est aussi embellie en 2015 et en 2023, quand l’arrondissement a aménagé les accès publics par les rues Resther et Saint-Hubert, dont un « tronçon champêtre », complètement déminéralisé, qui regorge aujourd’hui de fleurs.
Prochaine étape
Steven Guilbeault ne bénéficie pas d’une ruelle verte là où il habite depuis qu’il a quitté la rue Resther, et son horaire de ministre et de député lui laissait peu de temps pour en aménager une, dans les dernières années.
« Bientôt je vais peut-être avoir plus de temps », dit-il à la blague, alors que sa démission comme député de la circonscription de Laurier–Sainte-Marie prendra effet le 28 août.
Mais dans les faits, il risque d’être encore occupé, tant les propositions professionnelles se font nombreuses.
« Il va falloir que je décide ce que je fais », dit-il, ajoutant quitter la politique l’esprit en paix.
« Même s’il y a des reculs sur la lutte contre les changements climatiques, il y a beaucoup de choses qui vont rester », relève cet éternel optimiste.
« Je suis déçu, c’est sûr, [mais] je pense que je suis parti avant d’être fâché contre tout le monde, explique-t-il. Si j’étais resté, ça se serait envenimé. »
L’écologiste fédéraliste n’exclut d’ailleurs pas de revenir en politique un jour, « si les conditions gagnantes sont là » pour l’action climatique, dit-il, faisant un clin d’œil à l’expression fétiche des indépendantistes québécois.
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