Élections provinciales | Des distorsions électorales particulièrement marquées

Si la tendance se maintient, la Coalition avenir Québec (CAQ) pourrait regretter amèrement de ne pas avoir tenu sa promesse de transformer le mode de scrutin. À voir les trois sondages diffusés ces derniers jours, les résultats des prochaines élections risquent de présenter des distorsions particulièrement marquées.
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Bien sûr, rien n’est encore joué, surtout que la moitié des électeurs pourraient encore changer d’avis, selon un sondage Léger. Mais dans l’état actuel des choses, le Parti québécois (PQ) pourrait former un gouvernement majoritaire avec seulement 30 % des voix.
Ce serait du jamais vu.
Dans toute l’histoire du Québec, le gouvernement élu avec le plus faible appui était celui de Pauline Marois en 2012, qui avait obtenu seulement 32 % des votes. Et encore, il était minoritaire.
Cette fois, les distorsions de notre système électoral pourraient donner 64 sièges au PQ, selon les projections de Qc125. C’est le chiffre magique pour atteindre la majorité. Le gouvernement aurait ainsi tout juste plus que 50 % des députés, avec 30 % des votes.
On peut se demander quelle légitimité aurait alors le PQ pour prendre une décision aussi cruciale que la tenue d’un référendum sur l’indépendance.
En 1998, le premier ministre Lucien Bouchard avait laissé tomber l’idée d’un troisième référendum, après des élections qui avaient faussé le résultat. Les péquistes avaient obtenu la majorité, avec 60 % des sièges. Mais les libéraux avaient obtenu davantage de votes (44 % contre 43 %).
Face à cette victoire qui n’en était pas tout à fait une, Lucien Bouchard avait mis au rancart son rêve de souveraineté pour respecter la volonté populaire.
Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? On le saura le 5 octobre.
Mais il est clair que notre système électoral crée des distorsions qui donnent de sérieuses courbatures à notre démocratie. Au Québec (comme au Canada), nous sommes loin d’un monde idéal où chaque vote aurait la même valeur.
Pourquoi ?
Tout d’abord, les circonscriptions n’ont pas toutes le même poids. Celle des Îles-de-la-Madeleine ne compte que 11 166 électeurs, alors que celle de Vaudreuil en compte six fois plus (61 988).
L’écart persiste au-delà de ces extrêmes. Dans les cinq circonscriptions les plus densément peuplées du Québec, on compte deux fois plus d’électeurs que dans les cinq circonscriptions les moins peuplées, toutes en régions éloignées.
La Commission de la représentation électorale a pour mandat de s’assurer que le nombre d’électeurs soit relativement semblable dans chaque circonscription. Elle avait recommandé un rééquilibrage qui aurait fait disparaître des circonscriptions, notamment en Gaspésie.
Mais l’Assemblée nationale a court-circuité l’organisme indépendant. En tordant les règles pour protéger le poids politique de régions rurales, les élus ont bafoué les règles d’équité.
Certains électeurs risquent de se demander : « Pourquoi aller voter si mon vote ne fait pas le poids ? »
Mais ce n’est pas tout.
Notre mode de scrutin crée aussi des distorsions, surtout dans un contexte où cinq partis ont de bonnes chances de faire élire des députés, ce qui n’est pas survenu au Québec depuis 1976.
Dans un système uninominal à un tour comme le nôtre, le candidat qui a obtenu le plus de votes dans sa circonscription remporte le siège, même s’il n’a pas la majorité des voix.
La division du vote risque donc de mener à des résultats peu représentatifs des voix globalement exprimées, comme on l’a vu aux dernières élections. La CAQ avait obtenu 72 % des sièges, avec seulement 41 % des votes. Un grand écart de 31 points, digne des plus grands contorsionnistes.
Une réforme de notre mode de scrutin serait donc de mise, comme La Presse l’a déjà plaidé.
La CAQ s’y était engagée lorsqu’elle était dans l’opposition. Mais une fois élu, François Legault s’est bien gardé de changer les règles du jeu qui l’avait si bien servi.
Le premier ministre s’est justifié en disant que cela n’intéressait que les intellectuels. « Il n’y a personne qui se bat dans les autobus au Québec pour changer le mode de scrutin », avait-il dit.
La CAQ s’est plutôt lancée dans des consultations pour revoir en profondeur les règles de l’Assemblée nationale qui ont été conçues pour un paysage politique dominé par deux grands partis.
Ces règles sont mal adaptées à une logique de multipartisme. Les partis qui n’ont pas 12 députés ou 20 % des voix – le seuil pour être officiellement reconnu comme un groupe parlementaire – doivent se battre pour obtenir des droits de parole et des budgets de recherche.
Cet affaiblissement de l’opposition est néfaste pour la démocratie. L’opposition est un garde-fou contre les dérapages.
Malheureusement, le projet de réforme parlementaire, qui avait beaucoup de mérite, a donné peu de résultats, à part certaines modifications pour faciliter la conciliation travail-famille des élus.
La CAQ pourrait maintenant s’en mordre les doigts, car elle risque d’être reléguée au dernier rang. Les récents sondages lui accordent environ 20 % des voix, ce qui ne lui donnerait que six députés, soit à peine 5 % des 127 sièges que comptera désormais l’Assemblée nationale.
De retour dans l’opposition, il sera trop tard pour tenir ses promesses et réduire les distorsions de notre système électoral.
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