Intelligence artificielle au Parlement | Une traduction accrue par les robots serait « catastrophique »

(Ottawa) L’usage accru de l’intelligence artificielle (IA) dans la traduction des travaux parlementaires pourrait être « catastrophique » pour les institutions démocratiques, selon un syndicat.
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Des versions anglaises et françaises des lois et des règlements adoptés par les parlementaires pourraient ne pas correspondre. Des propos d’élus ou de sénateurs pourraient être « déformés ou mal compris ».
« La langue est le principal outil de travail des institutions démocratiques, en sacrifier la fiabilité pour faire des économies minimes nous apparaît extrêmement périlleux », a lâché le vice-président pour le groupe de traduction de l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), Antoine Hersberger.
M. Hersberger témoignait mardi devant le Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre des communes qui étudie l’usage de l’IA dans les institutions démocratiques.
Lorsque l’on nous promet de doubler ou de tripler la rapidité d’exécution grâce à [l’IA], ce qu’on nous promet en réalité, c’est de sacrifier la qualité et la fiabilité des traductions produites.
Selon lui, la place réduite de l’humain dans le processus de traduction pourrait mettre « en péril le bon fonctionnement de nos institutions démocratiques, car la transmission d’informations est fondamentale à leurs opérations ».
Devant lui, les membres du comité sourcillaient en l’écoutant. Le député conservateur Blaine Calkins lui a demandé de lui fournir des exemples d’erreurs dans la traduction au Parlement.
« Il ne m’a pas donné d’exemple concret où cela s’est déjà produit, mais c’est assurément un point à surveiller », a réagi le député en marge de la rencontre.
M. Hersberger a évoqué des erreurs liées à l’usage d’un outil de traduction sur la page du chef du Parti libéral du Canada, Mark Carney, lors de la dernière campagne électorale fédérale.
À sa gauche, le nouveau député libéral de North Vancouver-Capilano, Braeden Caley, faisait « non » de la tête, visiblement agacé par les commentaires du représentant syndical.
« Non, il n’y avait absolument aucune traduction par IA, sous quelque forme que ce soit », a-t-il dit à La Presse. Ce dernier était justement co-directeur de cette campagne électorale pour les libéraux et l’un des plus proches conseillers de M. Carney.
Le Parti libéral du Canada a indiqué par courriel que « toutes [leurs] traductions et révisions sont effectuées par des êtres humains ».
« Les députés du gouvernement ne m’ont posé aucune question alors que je voulais un peu tirer la sonnette d’alarme par rapport à la situation puis la gravité des conséquences que ça pourrait avoir », a confié M. Hersberger.
Ce dernier, dont le syndicat représente 800 traductrices, traducteurs, interprètes et terminologues du gouvernement fédéral est en pleine négociation contractuelle avec le Bureau de la traduction, a peint un portrait sombre d’une tendance lourde au sein du gouvernement fédéral.
Il existe, selon ses dires, une notion de « good enough » (bien correct) au sein du Bureau de la traduction relativement aux normes de qualité de traduction. C’est-à-dire que les normes seraient en baisse selon lui dans un contexte de réduction de 25 % sur cinq ans des dépenses du Bureau. L’exercice budgétaire se fait surtout par attrition, dit-on au gouvernement.
L’ACEP affirme, dans le cadre de ces négociations, que le « good enough » porte « atteinte à leur intégrité professionnelle, les mène à l’épuisement et ne permet pas de respecter les normes nécessaires pour garantir un accès égal aux services dans les deux langues officielles ».
L’ACEP affirme que plus de 90 % des traductions au fédéral se font de l’anglais vers le français.
Dans les derniers mois, le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Joël Lightbound a affirmé que les outils de traduction sécurisés alimentés par l’IA améliorent la capacité du fédéral à travailler dans les deux langues officielles.
« Il n’y a aucune diminution des normes du point de vue de l’accréditation. Nous voulons même nous assurer d’avoir la prochaine génération d’interprètes. C’est pourquoi nous investissons dans des programmes pour former de nouveaux interprètes qui viennent prêter main-forte afin que nos travaux puissent se poursuivre dans les deux langues officielles avec la plus haute qualité », a récemment déclaré le ministre Lightbound en Chambre.
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