Accusé d'avoir utilisé l'IA pour «C’était ça ou mourir», l'écrivain haïtien Thélyson Orélien s'en défend

Le romancier canado-haïtien Thélyson Orélien a-t-il eu recours à l'intelligence artificielle (IA) pour écrire son roman, C’était ça ou mourir, roman phénomène de la rentrée littéraire en France ? La question est posée et la polémique fait rage. Un compte sur le réseau X affirme que le détecteur d'IA, Pangram, estime que le roman est « presque intégralement rédigé par l'IA ».
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Interrogé par RFI, Thélyson Orélien se défend d'avoir utilisé l'IA pour l'écriture de son roman C'était ça ou mourir et se dit serein. Il entend apporter la preuve que son livre a été écrit bien avant la naissance des intelligences artificielles génératives.
« J'ai toujours aimé la création et l'écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », s’est aussi défendu l'auteur auprès de Libération. Thélyson Orélien a indiqué être « en train de constituer un dossier » avec ses éditeurs « pour prouver » qu'il a écrit l'ouvrage de sa main.
L'auteur de 38 ans est la cible d'accusations lancées le 21 septembre par le compte anonyme « Balance ton Claude », jusqu'alors confidentiel avec 92 abonnés, selon lequel son roman C'était ça ou mourir a été « presque intégralement » écrit par intelligence artificielle. Il indique avoir utilisé pour l'analyse d'extraits le logiciel américain de détection Pangram. L'AFP n'a pas été en mesure de vérifier l'identité derrière ce compte. Le post a ensuite été repartagé plus de 1 000 fois et a accumulé plus de trois millions de vues.
Les éditeurs français et canadien soutiennent l'auteur
C'était ça ou mourir raconte l’odyssée d’un professeur d’histoire haïtien, qui fuit son île natale à la recherche d’une terre d’asile.
Dans un communiqué adressé à l'AFP, la maison d'édition Grasset s'est élevée « fermement contre tout propos malveillant affirmant de façon péremptoire que le livre aurait été nourri ou écrit par une IA, qui blessent affreusement l'écrivain au parcours exceptionnel ». Boréal, maison d'édition qui a publié le roman au printemps au Canada, a indiqué à l'AFP avoir « pris connaissance des allégations » et ne pas les « prendre à la légère », disant toutefois sa « confiance envers le travail de Thélyson Orélien ».
Le livre est l'un des succès de la rentrée littéraire de Grasset, qui a été préparée par le PDG Olivier Nora avant qu'il ne soit limogé en avril par la direction d'Hachette, le premier éditeur français, dans l'orbite du milliardaire Vincent Bolloré. Thélyson Orélien a publiquement apporté son soutien à Olivier Nora.
Pas de fiabilité à 100 % des détecteurs d'IA
Les spécialistes mettent en cause la fiabilité du détecteur d'IA. Tous l'affirment, aucun détecteur d'intelligence artificielle n'est fiable à 100 %. L'Agence France-Presse (AFP) a soumis le texte de Thélyson Orélien à huit outils de détection, les résultats varient du tout au tout. Autant dire qu'il est impossible d'en tirer la moindre conclusion formelle.
Pangram, le logiciel américain utilisé par le compte « Balance ton Claude » et qui a jugé l'œuvre du romancier haïtien, ne parait absolument pas crédible à l'écrivain français Baptiste Baulieu. À titre d'exemple, il lui a soumis le célèbre poème de Victor Hugo, « Demain dès l'aube ». Résultat : Pangram estime qu'il a été écrit par l'intelligence artificielle.
Il faut dire que ce type de détecteur s'appuie sur des probabilités, dont celle de trouver des structures de phrases familières. Un texte qui s'éloignerait trop de la moyenne, comme celui de Thélyson Orélien, risque d'être assimilé à un texte généré par l'IA.
Autre limite, révélée dans une étude de l'université de Stanford : il existe un biais culturel en faveur de l'anglais au détriment des autres langues que Pangram comprendrait avec moins de finesse. Et l'on peut certainement en conclure que la littérature proposée par Thélyson Orélien est le fruit d'une intelligence plus subtile et plus poétique que celle d'une IA, si performante soit-elle.
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