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Monday, October 26, 2026

«C'est une campagne vraiment sale»: dans l'Ohio, des midterms triplement disputées

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Dans cet État du Midwest des États-Unis acquis à Donald Trump depuis dix ans, la course pour les élections de mi-mandat du 3 novembre s'annonce cette fois serrée.

De nos envoyés spéciaux à Medina,

« Une future électrice ! » À l'entrée du bureau de vote, l'assesseur annonce la petite fille et son papa comme un huissier le ferait pour un chef d'État. Leur visite ne durera que cinq minutes, tout au plus. Après avoir présenté ses papiers d'identité, le père se dirigera vers une première machine pour choisir ses candidats – une dizaine au total –, puis une deuxième où il validera son bulletin, avant de sortir. En passant, sa fille se verra offrir un sachet de crayons de couleur et lui un autocollant « Ohio voted » qu'il pourra accrocher à sa poitrine comme une médaille.

Depuis l'ouverture du vote anticipé le 6 octobre, plus de 12 000 personnes ont déjà voté dans le comté de Medina. Une affluence inédite pour des élections de mi-mandat. Certains font valoir un voyage lointain le jour du scrutin, d'autres évoquent plus simplement une bonne chose de faite. Cindy, elle, a préféré s'y prendre tôt par crainte que son vote ne soit pas comptabilisé – Donald Trump a déjà menacé de contester les résultats. Bien décidée aussi à éjecter au plus vite le milliardaire et ceux qu'elle appelle ses « larbins ». « Je n'ai confiance en aucun républicain. Ils mentent sans vergogne et je déteste le mensonge », lâche la septuagénaire, parfaitement remontée. Sur son bulletin, elle n'a inscrit que des noms démocrates.

Cindy fait partie d'une espèce rare. La 7e circonscription de l'Ohio, dans laquelle est situé le comté de Medina, est largement acquise au parti républicain. Cela fait au moins vingt ans qu'elle vote rouge à chaque élection. En 2016, 2020 et 2024, Donald Trump avait recueilli ici plus de 53 % des voix. « Les républicains ont raison 99 % du temps », affirme avec force Steve Weese en sortant du bureau. « Même si j’ai plein de points de désaccord avec Trump, sur l'économie, ils sont meilleurs que les démocrates », renchérit Dan. 

« Un type solide »

Comme représentant de la circonscription, ce patron de PME a néanmoins préféré au candidat républicain sortant le démocrate Brian Poindexter. Lors de la primaire du parti en mai dernier, ce conseiller municipal et syndicaliste du secteur de l’acier avait devancé son premier concurrent de plus de 10 points. Depuis, le quadragénaire issu d'une famille d'ouvriers continue à jouer la carte du métallo à fond, arborant sur son site de campagne sweat à capuche, casque de chantier et barbe de trois jours, avec la promesse de défendre les travailleurs. « Un type solide, vante Kerry Jones, attablé dans un café du centre-ville de Medina. Rien à voir avec l'autre fils à papa. »

Le « fils à papa », c’est Max Miller, en lice pour un troisième mandat. Le contraste avec son adversaire a en effet de quoi saisir. Le trentenaire à l'allure proprette, lui, vient d'une famille influente de Cleveland, la deuxième ville de l'État. Avant d'être élu à la Chambre des représentants, il a été conseiller de Donald Trump et directeur adjoint de sa campagne présidentielle en 2020. Cet été, après des accusations de violences intrafamiliales, le locataire de la Maison Blanche a pourtant bien failli le lâcher. « Ça va être une course difficile. Je ne sais pas si tu vas pouvoir t'en sortir », lui aurait-il confié. L’élu à la Chambre lui a affirmé qu'il n'avait rien à se reprocher.

À une semaine du scrutin, les deux hommes sont au coude à coude dans les sondages. Tout comme les candidats au poste de gouverneur et ceux pour le Sénat. Pour faire la différence, chaque camp déploie donc les grands moyens. Le parti républicain a déjà dépensé des centaines de millions de dollars en spots télévisés. Donald Trump est même venu deux fois pour soutenir les candidats, refusant d'admettre que son impopularité puisse produire l'effet inverse. Les démocrates ne sont pas en reste. Samedi, ils ont abattu leur carte maîtresse : Barack Obama. Lors d'un rassemblement à Cleveland, l'ancien président s'est employé pendant quarante minutes à galvaniser l'électorat, à base de punchlines contre le locataire de la Maison Blanche.

Tous les coups sont permis, même les plus bas. À en croire les commentaires, la palme revient à Vivek Ramaswamy. Le candidat républicain au poste de gouverneur a fait témoigner dans un spot de campagne la mère de sa concurrente Amy Acton, une mère qu'elle accuse de l'avoir maltraitée et avec qui elle n'est plus en contact depuis des décennies. « C'est une campagne vraiment sale », juge Monica, croisée sur la place centrale de Medina. « Une campagne très bizarre, euphémise « Electric Pete », longue barbe blanche et yeux rigolards. Chacun préfère dénigrer l'autre plutôt que de mettre en avant ses propres qualités. » Au bout de sa laisse, sa chatte Squeeky n'a pas l'air non plus d'apprécier. 

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Pas si rose

La petite ville semble pourtant épargnée par le tumulte électoral. Il faut dire qu'ici, tout invite à la quiétude : 26 000 habitants, des zones pavillonnaires traversées par les biches, une Gazette – fondée en 1832 – qui consacre ses gros titres à la venue de deux journalistes français ou aux résultats des équipes du lycée, et un centre historique en briques bordé par des cafés. Même les panneaux électoraux plantés sur les carrés de pelouse paraissent davantage relever du décorum que du militantisme.

Mais à y regarder de plus près, la vie n'est pas si rose que ça à Medina. Prenez Steve Arters. Soixante-sept ans, marié, deux enfants et 400 hectares pour la plupart exploités en fermage. « Essentiellement du soja et du maïs », précise-t-il au pied de ses silos à grains. Cela fait des mois qu'il peine à joindre les deux bouts. Il y a d'abord eu la guerre commerciale lancée par Donald Trump contre la Chine. Une hausse des droits de douane, à laquelle Pékin a répliqué en cessant ses importations de soja états-unien. Puis en février, le déclenchement du conflit au Moyen-Orient qui a provoqué une flambée des prix des engrais et du carburant.

Aujourd'hui, Steve Arters paie 1,85 dollar le litre de diesel. Il a calculé : ça fait 70 000 dollars sur l'année. « Ça bouffe tous nos bénéfices », se désole le fermier. Il craint de ne plus pouvoir payer ses factures ni de rembourser ses prêts. « Les gros s'en sortiront quoi qu'il arrive. Moi, je suis un petit exploitant et c'est vraiment dur. Vraiment dur, répète-t-il. Il faut avoir un autre emploi à côté pour y arriver. »

C'est d'ailleurs ce que font ses deux fils. L'un travaille pour une entreprise de matériel agricole, l'autre élève des cochons de concours. Aucun ne parvient à s'installer à cause de l'expansion urbaine qui fait exploser les prix du foncier. Issu d'une famille d'agriculteurs depuis plus de 200 ans, Steve Arters pourrait bien être le dernier.

« Les prix ont quasi triplé »

Ici, comme partout dans le pays, le coût de la vie est en tête des préoccupations. « Les prix ont quasi triplé, pour beaucoup de produits, observe Cheryl, 63 ans. La nourriture, l’essence, les charges… » Pour faire face, la retraitée n'a pas d'autre choix que de se rendre chaque semaine à la distribution de nourriture organisée par la banque alimentaire du comté de Medina. Sans ça, dit-elle, elle devrait sans doute se résoudre à vendre sa maison.

Ce jeudi, c'est devant le stade de Wadsworth que ça se passe. Une vingtaine de bénévoles se tiennent sur deux rangées, les bras chargés de paquets. Fruits frais, pâtes, sauce tomates, brique de lait… Ils remplissent aussi vite qu'ils le peuvent les coffres des voitures qui défilent devant eux. Plus d'une centaine à charger en deux heures. 

Cheryl est aussi l'une des rares à ne pas avoir voté pour Donald Trump il y a deux ans. À la veille des élections de mi-mandat, elle a bon espoir que l'Ohio participe à faire basculer le Congrès en faveur des démocrates. « Je pense que beaucoup de gens vont ouvrir les yeux après ce qu’il s’est passé cette année. Alors tout ce que je peux faire, c’est espérer qu’il y ait du changement. » Ce jour-là, la banque alimentaire fournira des colis à plus de 500 personnes. Du jamais-vu depuis sa création il y a presque quinze ans, à l'exception de la période Covid.

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