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Thursday, September 10, 2026

Lancement d’un grand programme de recyclage de gypse au Québec

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En théorie, le gypse est recyclable à l’infini. En pratique, au Québec, on envoie directement tous les débris de gypse à l’enfouissement. Mais cela est en train de changer.

Deux partenaires privés lancent ces jours-ci un grand programme de recyclage du gypse. Jusqu’à 80 000 tonnes pourront être traitées annuellement, puis réintégrées dans la fabrication de nouvelles cloisons de gypse.

« Nous sommes excessivement satisfaits de cette initiative-là. Ça comble un gros manque dans la chaîne de recyclage des matériaux de construction », exprime Nicolas Bellerose, un responsable du dossier chez Recyc-Québec.

Le nouveau programme est l’œuvre de Saint-Gobain, un géant français de la construction, et de New West Gypsum, une entreprise de Colombie-Britannique spécialisée dans le recyclage de gypse.

Les nouvelles installations sont à l’usine de CertainTeed (une filiale de Saint-Gobain) à Sainte-Catherine, en Montérégie. Cette usine fabrique des cloisons de gypse pour le marché de la construction.

Depuis 2025, les deux partenaires mènent un projet pilote. De petites quantités de retailles de gypse ont été recyclées grâce aux machines de New West Gypsum, qui séparent le papier de la poudre minérale.

Grâce à une autorisation obtenue en février 2026 du ministère de l’Environnement du Québec, ils peuvent désormais recevoir jusqu’à 80 000 tonnes par année. Reste à convaincre les gens du milieu d’y acheminer leurs débris de gypse.

Julien Perrier, le vice-président des opérations chez Saint-Gobain Canada, explique que l’usine de Sainte-Catherine pourrait, à terme, intégrer jusqu’à 30 % de gypse recyclé dans ses panneaux, comme l’usine de New West Gypsum à Vancouver.

« Les mentalités évoluent »

Le gypse, un matériau utilisé partout dans le monde dans la construction de murs légers et résistants au feu, contient du soufre. Dans les dépotoirs, sa décomposition génère du sulfure d’hydrogène, un gaz qui sent les œufs pourris.

Il va sans dire que le gypse est une nuisance pour les sites d’enfouissement et leurs voisins. La Colombie-Britannique interdit d’ailleurs l’enfouissement du gypse depuis 1984. Au Québec, aucun règlement ne l’empêche.

Selon Recyc-Québec, environ 250 000 tonnes de gypse sont enfouies chaque année au Québec — l’équivalent des ordures ménagères de 1,2 million de Montréalais. La production québécoise de cloisons est, quant à elle, d’environ 500 000 tonnes par année.

Les débris de gypse sont des retailles vierges provenant des chantiers de construction et des résidus issus de bâtiments rénovés ou démolis. Les retailles sont évidemment plus faciles à recycler, car elles ne sont pas contaminées.

Les instigateurs du projet reconnaissent que, pour que le gypse soit recyclé, il est presque obligatoire qu’il soit trié directement sur les chantiers. Les matériaux antérieurs à 1990 doivent par ailleurs être analysés pour confirmer l’absence d’amiante. Une réorganisation des pratiques est donc nécessaire.

« Mais les mentalités évoluent », signale M. Bellerose. Le milieu de la construction veut de plus en plus réduire ses déchets. Un projet comme celui-là « n’aurait probablement pas fonctionné il y a 10 ans », mais maintenant, « le fruit est mûr », croit-il.

Par le passé, deux entreprises de recyclage du gypse ont mené des activités au Québec, mais elles ont toutes deux fermé leurs portes en 2023. Elles traitaient des volumes bien en deçà de ceux prévus par les nouveaux promoteurs.

Saint-Gobain et New West Gypsum, qui ont bénéficié d’une aide financière de 800 000 dollars de Recyc-Québec, croient que leur modèle fonctionnera mieux. Avec l’usine de cloisons, le débouché de la matière recyclée est assuré, expliquent-ils.

Pour se débarrasser de débris de gypse au site de Sainte-Catherine, les entrepreneurs en construction devront débourser 85 $ la tonne. Sur les sites d’enfouissement, ils payent des frais qui dépassent souvent les 100 $ la tonne, auxquels s’ajoute la redevance à l’élimination de 36 $ la tonne (augmentée de 2 $ par année).

« Je ne connais pas beaucoup de filières de réemploi qui réussissent à détourner des matières de l’enfouissement avec un niveau d’économie comme celui-là », observe Gilles Bernardin, le représentant de New West Gypsum.

Pour l’instant, New West Gypsum se donne pour objectif d’accueillir 100 tonnes de gypse par jour ouvrable, pour un total annuel de 25 000 tonnes. À mesure que la filière s’adapte, le volume de débris traités pourra s’accroître.

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