De plus en plus d’espèces d’oiseaux disparaissent du ciel
Les oiseaux suscitent la curiosité et passionnent de nombreux Québécois. Le Devoir vous invite donc cet été à découvrir certains aspects méconnus et fascinants de la faune aviaire que nous côtoyons chaque jour. Dernier texte d’une série de quatre.
Plusieurs espèces d’oiseaux bien connus au Québec accusent d’un déclin inquiétant, au point que leur survie au cours des prochaines années pourrait être menacée. Ces reculs découlent d’ailleurs directement des répercussions de l’activité humaine, puisque la faune aviaire est victime de la destruction des milieux naturels, de la chute des populations d’insectes et des conséquences de la crise climatique. Il existe toutefois des façons d’agir pour éviter leur disparition.
Directeur de l’organisme QuébecOiseaux, Jean-Sébastien Guénette se dit pour le moins préoccupé par le recul, voire l’effondrement de certaines espèces d’oiseaux encore bien présents dans le ciel du Québec il y a de cela quelques années.
« L’exemple le plus frappant qui vient à l’esprit des gens, c’est celui des hirondelles », dit-il en évoquant ces oiseaux autrefois omniprésents. C’est le cas par exemple de l’hirondelle de rivage et de l’hirondelle à front blanc, qui ont connu une chute de l’ordre de 95 % de leur population au Canada. La population d’hirondelle rustique, qu’on appelle aussi l’hirondelle des granges, a pour sa part décliné de 75 % au cours des dernières décennies.
Les hirondelles qui vivent ici font d’ailleurs partie des espèces qui se nourrissent d’insectes, et qui se portent de plus en plus mal. « Les oiseaux insectivores sont ceux dont le déclin a été le plus important », résume M. Guénette, en citant en exemple le moucherolle phébi, l’engoulevent d’Amérique, le martinet ramoneur ou encore le pioui de l’Est.
Insectes et oiseaux
Les plus récentes données du gouvernement fédéral indiquent qu’à l’échelle du pays, les insectivores ont connu un déclin global de 43 % depuis les années 1970. « La réduction des populations d’insectes proies, vraisemblablement due à l’utilisation de pesticides, aux pratiques agricoles néfastes et à la perte et la dégradation de leur habitat, est probablement une cause clé du déclin du groupe », précise le rapport Tendances des populations d’oiseaux au Canada, publié en mai 2025.
Ce même rapport constate le déclin de plusieurs espèces qui effectuent de grandes migrations entre le Canada et les régions tropicales, dont certaines parulines, le piranga écarlate, l’oriole de Baltimore, le tyran tritri et des grives dont le chant est associé à nos milieux forestiers en été.
Un recul inquiétant frappe aussi des oiseaux de prairies, comme la crécerelle d’Amérique, le goglu des prés et le hibou des marais. Même chose pour plusieurs limicoles, qui sont des oiseaux vivant sur le rivage de cours d’eau, de milieux humides et de milieux marins. « Ces oiseaux sont bien présents sur les rives du Saint-Laurent, mais ils sont victimes du dérangement sur les plages et de la destruction de leurs nids ou de leurs œufs », souligne Jean-Sébastien Guénette.
Par ailleurs, des oiseaux bien connus en milieux urbains au Québec accusent des reculs majeurs. C’est le cas du moineau domestique, un petit oiseau brun habituellement observé en groupe. Les plus récentes données de relevés des oiseaux nicheurs dans la province font état d’une chute de 88 % de la population de moineaux domestiques depuis 1970. Le carouge à épaulettes a vu sa population diminuer de 55 %, et l’étourneau sansonnet a pour sa part décliné de 86 %.
Destruction d’habitats
La chute des populations de différentes espèces d’oiseaux est directement liée à l’activité humaine, puisqu’elle est principalement imputable à la destruction des milieux naturels, dont les milieux humides, à l’utilisation de pesticides, aux pratiques agricoles industrielles et aux dérèglements du climat.
Au Québec, par exemple, la disparition des milieux naturels dans le sud de la province représente une menace constante, rappelle M. Guénette. À titre d’exemple, plus de 140 espèces d’oiseaux avaient été recensées sur le site du défunt projet Northvolt avant que le gouvernement n’autorise la destruction des milieux boisés et humides qu’on retrouvait sur le terrain.
D’autres menaces sont aussi souvent pointées du doigt par les scientifiques qui étudient la faune aviaire. Selon un rapport publié en 2024 par l’organisme Oiseaux Canada, « les collisions avec des fenêtres tuent en moyenne plus de 25 millions d’oiseaux au Canada chaque année, surtout au passage de nombreuses espèces dans les zones urbaines et suburbaines pendant les migrations ».
Des « millions » d’oiseaux sont également tués chaque année dans des collisions avec des véhicules et des lignes électriques. Ce même document réitère la « menace majeure » que représente la prédation par les chats, qui tuent chaque année des dizaines de millions d’oiseaux au pays.
Il existe toutefois des solutions, tant à l’échelle individuelle que collective, afin de tenter de freiner le déclin, à commencer par la protection des milieux naturels. Le gouvernement du Québec a promis de protéger 30 % des milieux terrestres et aquatiques d’ici 2030. Ce taux avoisine actuellement 17 %, mais il est nettement plus faible dans la portion sud de la province.
Les différents organismes de sensibilisation à la faune aviaire invitent aussi les citoyens à garder leur chat à l’intérieur, mais aussi à prendre des mesures pour réduire les collisions avec les fenêtres, surtout lors des migrations du printemps et de l’automne, par exemple en fermant les lumières et les rideaux lorsque les pièces ne sont pas utilisées.
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