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Thursday, October 1, 2026

Des enseignants analysent les promesses des partis en éducation

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« C’est parti fort avec l’enjeu de l’école à trois vitesses qui rapidement émergé, mais on est resté en surface depuis », résume l’enseignant de mathématiques au secondaire Sylvain Duclos, qui offre une revue de presse électorale quotidienne à ses presque 200 000 abonnés.

J’ai l’impression qu’on réchauffe toujours la même poutine, qu’on promet les mêmes ressources, les mêmes changements, mais que rien ne change, commente de son côté Jonathan Saint-Pierre, connu comme Jonathan le Prof sur les réseaux sociaux.

Tania Longpré, qui a enseigné 18 ans la francisation dans le réseau scolaire québécois, déplore le manque de visibilité des enjeux d’éducation ces dernières semaines. C'est un dossier qui touche tout le monde, puis je trouve que c'est toujours un peu relégué aux oubliettes, déplore-t-elle.

De mettre ça au bas de l’échelle, j’ai l’impression que c’est se mettre la tête dans le sable avec ce qui se passe maintenant, renchérit de son côté l’enseignante au primaire en banlieue de Québec, Roxanne Tremblay.

Des États généraux en éducation, oui mais…

Trois des partis, le Parti québécois (PQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS), promettent un grand rendez-vous en éducation, ce à quoi s’opposent la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ).

Ces états généraux, c’est la seule bouée de secours qui me donne un peu d’espoir, lance Jonathan St-Pierre, heureux de cet engagement. Mais il faut que l’exercice soit ambitieux et bien fait, prévient-il.

Mon rêve ultime, ce serait un rapport Parent 2.0 dans lequel on reconstruirait le système d’éducation, qu’on le repense. On n’est pas censé enseigner en 2026 comme en 1990.

Un enseignant parlant de son premier livre lors d'une présentation devant public

Jonathan St-Pierre, connu sous le pseudonyme Jonathan le Prof sur les réseaux sociaux, est auteur d'un premier livre intitulé Tout va bien : petit guide de survie mentale face au chaos mondial.

Photo : Alain Royer

Un grand rendez-vous pour l’éducation est nécessaire, selon Tania Longpré, mais elle craint que tout autre projet soit mis en veilleuse le temps qu’un grand rapport émerge de cet exercice. Il faut le faire, mais il ne faut pas rien faire en attendant, selon celle qui a déjà flirté avec la politique avant de rejoindre le camp des observateurs vigilants.

Roxanne Tremblay, elle, est plus sceptique quant à l’utilité de ces États généraux. Ça fait de nombreuses années qu’on répète les mêmes choses. Les besoins au niveau des ressources humaines, financières et matérielles, ils sont connus, on a déjà beaucoup de données là-dessus. J’ai l’impression que ça va juste retarder l’application de solutions, explique-t-elle.

L’école à trois vitesses, entre statu quo et réforme en profondeur

L’école à trois vitesses, comprise comme la cohabitation entre l’école publique régulière, le public avec projet pédagogique particulier (PPP) et le privé, voilà le dossier qui a sûrement attiré le plus l’attention en matière d’éducation lors de cette campagne.

La première ministre sortante de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, s’est attiré les flèches en refusant de reconnaître son existence au début de la campagne électorale. La CAQ préfère parler d’un régime mixte qui respecte, à son avis, le droit des parents de choisir ce qui convient le plus à leurs enfants.

Mais ce statu quo n’est pas viable, selon Sylvain Duclos. Et ajouter des PPP, plus d’élèves dans des programmes avec concentration, comme le proposent le PLQ et la CAQ, ce n’est que du maquillage de la classe régulière, à son avis. On ajoute des bonbons, mais ça ne change pas le problème de fond : la surconcentration d’élèves en difficulté dans les classes régulières.

Ce qui me semble le plus réaliste et prometteur, pour le moment, est la proposition du Parti québécois de demander aux écoles privées d’accepter un plus grand ratio d’élèves en difficulté. Ça donnerait un peu d'oxygène dans le réseau public.

S’il suivait son cœur et faisait fi des sondages actuels toutefois, Sylvain Duclos opterait, comme Jonathan St-Pierre, pour la proposition de Québec solidaire, qui est le seul parti à s’engager à mettre fin au régime actuel en créant un réseau scolaire commun, suivant la proposition du mouvement l’École ensemble.

L’idée est de donner le choix aux écoles privées entre ne plus être financées du tout ou être subventionnées à 100 %, à condition de cesser de sélectionner leurs élèves et de ne plus imposer de frais de scolarité. Le résultat serait la création d’un grand bassin d’élèves qui iraient à l’école de quartier, publique ou privée, ce qui pourrait assurer les mêmes chances à tout le monde, selon Jonathan le Prof.

Les quatre enseignants questionnés sont contre la vision du Parti conservateur du Québec (PCQ), qui consiste à stimuler la concurrence, comme l'a affirmé son chef Éric Duhaime lors du débat des chefs de Radio-Canada.

Pour ce faire, le PCQ suggère de ne plus obliger les élèves à fréquenter une école près de chez eux et de permettre l’émergence de nouvelles écoles privées subventionnées.

J’ai l’impression que leur vraie priorité est de déresponsabiliser le gouvernement pour que ça soit chacun pour soi, partage Jonathan St-Pierre. Vouloir être compétitif dans un système d’éducation, ce n’est pas normal, c’est un non-sens si on veut un système égalitaire.

S’attaquer à la pénurie de personnel scolaire, mais comment?

QS et le PLQ promettent respectivement d’embaucher, l’un 2000 et l’autre 1000 ressources spécialisées supplémentaires, pour réduire le décrochage scolaire et appuyer les enseignants, considérant la pénurie généralisée de personnel scolaire qui perdure. Le PQ et la CAQ parlent aussi d’offrir plus de services aux élèves en difficulté, sans pour autant chiffrer une augmentation prévue de professionnels ou de personnel de soutien.

C’est bien beau, ces promesses-là, mais où on va le trouver, ce personnel-là? Il y a de moins en moins de personnes qui étudient pour venir travailler dans les écoles.

Une jeune enseignante posant devant un paysage montagneux et automnal

Roxanne Tremblay enseigne depuis cinq ans au primaire en banlieue de Québec

Photo : Courtoisie de Roxanne Tremblay

Si on n’a pas plus de monde formé, si le personnel quitte, on ne sera pas plus avancés, ajoute Jonathan St-Pierre. La CAQ, elle, surfe sur l’augmentation des salaires [consentie lors de la plus récente négociation avec le secteur public], comme si tout était réglé, explique celui qui se dit très déçu de la plateforme électorale du parti.

Penser qu’il suffit de lancer de l’argent aux enseignants, c’est vraiment mal connaître le terrain, renchérit de son côté Tania Longpré, qui vient elle-même de quitter le réseau scolaire pour enseigner la didactique du français langue seconde à l’Université TÉLUQ.

Les ajouts promis par le PLQ et QS sont intéressants, mais insuffisants selon Sylvain Duclos. Ça ne ferait qu’un demi ou un intervenant supplémentaire par école, calcule-t-il. L’enjeu est beaucoup plus profond, d’où l’importance de se pencher sur les enjeux des élèves en difficulté et l'adaptation scolaire, conclut-il.

Tous nos intervenants saluent par ailleurs la promesse du PQ, du PLQ et de QS de rémunérer les stages en enseignement, que la CAQ avait appuyée avant de reculer, au cours de son dernier mandat.

J’ai fini mon baccalauréat en 2007 et on la demandait déjà, cette rémunération. On est en 2026, et on a encore des enseignantes qui sont en stage pendant 12 semaines pour faire zéro dollar. Il faut vraiment que ça bouge.

Photo d'une enseignante souriante.

Tania Longpré s'exprime régulièrement sur les réseaux sociaux sur les dossiers comme ceux de la francisation, de l'immigration et de l'éducation.

Photo : Marie-Ève Larente

Tania Longpré ajoute qu’elle en a assez d’entendre les chefs débattre des quotas de travailleurs étrangers à accueillir, comme s’il s’agissait d’un bloc monolithique. Elle aurait voulu entendre les partis comme le PQ s’engager à ce que les immigrants qui travaillent déjà dans les écoles ne soient pas forcés de quitter leur emploi et le Québec, comme Imane Benchouk, dont le cas a été mis en lumière par Radio-Canada notamment lors du dernier débat des chefs.

Il nous manque énormément d’enseignants, notamment en sciences, en mathématiques. Est-ce qu’on peut faire en sorte que le système ne renvoie pas ces personnes-là?, se demande-t-elle un peu découragée.

Revoir la formation professionnelle

Valoriser la formation professionnelle et lutter contre le décrochage constitue le premier grand chantier proposé par le Parti québécois. Sur sa plateforme électorale, la CAQ parle aussi en priorité de moderniser la formation professionnelle afin d’aider à pallier la pénurie de main-d'œuvre.

Habitant dans une région minière, Jonathan le Prof est bien placé pour comprendre l’importance de ce secteur mal aimé du réseau de l’éducation. Mais il espère que cela ne se fera pas au détriment des études supérieures.

Je ne veux pas non plus qu’on dise à tous les garçons que la formation professionnelle est leur seule option. Il ne faut pas limiter ceux qui pourraient vouloir aller au cégep ou à l’université.

Gouvernance et financement

Le PCQ est le seul à proposer une réforme structurelle profonde du réseau de l’éducation, une décentralisation majeure, en réduisant le nombre de centres de services scolaires (CSS) à 17, et en promettant de financer directement les écoles. Les autres partis ne proposent rien de la sorte en matière de gouvernance.

Je n’ai pas l’impression que s’embarquer dans une autre grosse réforme de structure est ce qui est souhaité par le milieu, indique Sylvain Duclos, faisant référence à l’abolition des commissions scolaires et des élections scolaires sous la CAQ.

L’idée du PCQ de financer directement les écoles est toutefois intéressante, nuance-t-il, après que la CAQ a centralisé les pouvoirs entre les mains du ministre de l’Éducation via le projet de loi 23 en 2023. On a perdu beaucoup de marge de manœuvre dans les écoles.

Il reconnaît que la ministre de l’Éducation sortante Sonia LeBel a récemment réformé le modèle de financement pour le décentraliser, mais il doute que cela ne donne véritablement les coudées franches aux directions d’écoles.

Sur le plan du financement, QS promet une bonification des sommes destinées à l’éducation, alors que le PQ, le PLQ et la CAQ s’engagent plutôt à préserver les budgets en éducation. Le PLQ martèle qu’il faut stabiliser le financement et éviter les yoyos budgétaires comme celui de 2025, qui a fortement ébranlé le réseau scolaire.

C’est sûr qu’on a besoin de plus d’argent, mais il faut regarder la situation globale des finances aussi, analyse Sylvain Duclos, suivant à nouveau une logique réaliste.

Quelques coups de coeur

J’ai beaucoup aimé la proposition de Québec solidaire de créer un programme de dîners gratuits à l’école, partage Jonathan Saint-Pierre. Il y a de plus en plus d’insécurité alimentaire. Un jeune qui mange à sa faim, c’est un enjeu important.

Il a aussi aimé l’idée de QS de faire des achats groupés de fournitures scolaires pour réduire les coûts et la charge mentale à la veille des rentrées scolaires pour les familles.

Sylvain Duclos, lui, a trouvé pertinentes les promesses du PQ et du PCQ en matière d’activité physique des jeunes. Le premier propose 60 minutes de sport chaque jour tant au primaire qu’au secondaire, et le second souhaite augmenter les périodes d’éducation physique et instaurer une Passe Sport pour rembourser 100 $ de frais d’inscription à une activité physique.

Est-ce qu’une heure d’activité physique par jour est possible? Je me questionne, mais l’idée est intéressante, à son avis.

La violence à l’école, un angle mort

La lutte contre la violence dans les écoles fait bien partie des engagements du PQ, mais elle est absente des plateformes électorales des quatre autres grands partis. Et cet enjeu a été virtuellement absent de la campagne électorale, déplore la jeune enseignante Roxanne Tremblay. On en parle peu, et pourtant, ça devrait être un enjeu primordial.

Elle connaît plusieurs collègues qui ont dû quitter temporairement ou de manière permanente leur emploi dans les écoles en raison des incidents violents dont elles ont été victimes. Je ne suis pas contre les classes adaptées, au contraire. Mais il faut nous ajouter plus de soutien, plus d’aide, c’est urgent, implore-t-elle.

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