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Friday, November 6, 2026

Demandeuse d’asile du Nigeria | Elle prend soin des autres, mais le Canada veut l’expulser

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La nuit, elle est préposée aux bénéficiaires dans un hôpital montréalais. Le jour, elle fait du bénévolat dans un organisme communautaire auprès des femmes immigrantes. Elle trouve même le temps de cuisiner des repas, à ses frais, qu’elle distribue à des personnes en situation d’itinérance. Mais le 19 novembre, Olufunlayo*, une Nigériane de 61 ans, doit être renvoyée du Canada vers son pays, où elle affirme avoir subi des agressions sexuelles liées à son orientation sexuelle.

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Son histoire a tellement touché une intervenante psychosociale que celle-ci a décidé, pour la première fois, de sortir de son rôle habituel et de lancer une pétition pour tenter d’empêcher son renvoi.

« Je n’ai jamais fait ça de ma vie », lance Laurence Normand, conseillère en intégration sociale au CARI St-Laurent, un organisme qui accompagne les nouveaux arrivants.

Le chemin Roxham

Arrivée en mars 2022 par le chemin Roxham, aujourd’hui fermé, Olufunlayo ne parlait pas un mot de français. Elle a suivi des cours de francisation à temps plein pendant un an, avant d’entreprendre une formation de préposée aux bénéficiaires.

« J’aime le français. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais le français, ça résonne en moi », dit-elle, dans un local du CARI St-Laurent, où nous l’avons rencontrée après son quart de nuit à l’hôpital.

Dans une lettre de recommandation, sa supérieure souligne son dévouement et son professionnalisme : aucun jour d’absence et une grande disponibilité pour remplacer ses collègues, même à la dernière minute.

« Elle est ponctuelle, respectueuse, travailleuse et toujours prête à donner un coup de main en cas de besoin, écrit-elle. Elle aborde ses responsabilités avec une attitude positive et n’hésite jamais à se charger de tâches physiquement exigeantes. Elle est très appréciée par ses collègues et constitue un membre précieux de notre équipe. »

Malgré son horaire, Olufunlayo fait du bénévolat au moins deux jours par semaine au CARI St-Laurent. Elle participe notamment au projet Femmes-relais qui forme des femmes de la communauté pour aider d’autres femmes et prévenir la violence conjugale.

Laurence Normand parle d’une « citoyenne exemplaire et engagée dans sa communauté ».

« Ce n’est pas parce qu’elle a reçu une mesure de renvoi qu’elle s’est mise à faire du bénévolat. Elle le faisait déjà », insiste-t-elle.

« Elle est incroyable. C’est pourquoi on la supporte. Elle prend tellement soin des autres. »

Une histoire dissimulée

Derrière cette générosité se trouve une histoire difficile.

Olufunlayo affirme avoir subi au Nigeria des agressions sexuelles liées de son orientation sexuelle.

« J’ai juste décidé de partir après la dernière agression, où j’ai failli mourir, raconte-t-elle. J’ai acheté un billet d’avion et je suis partie aux États-Unis. J’avais un visa. »

Après un passage aux États-Unis, elle est arrivée au Québec, où elle a demandé l’asile.

Sa demande a été rejetée le 11 janvier 2024. Elle estime toutefois ne pas avoir été capable, à l’époque, de bien raconter son histoire.

« Je ne me sentais pas à l’aise de raconter les violences que j’avais subies, explique-t-elle. Mon avocat, à ce moment-là, était un homme, un Africain. Les LGBTQ+, en Afrique, c’est mal vu. »

Son avocate actuelle, Me Anne-Cécile Khouri-Raphael, affirme que sa cliente avait dissimulé son orientation sexuelle toute sa vie.

Ces révélations ont été présentées l’an dernier aux autorités fédérales lors d’un Examen des risques avant renvoi (ERAR), une procédure visant à déterminer si une personne dont la demande d’asile a été rejetée serait exposée à des risques graves en retournant dans son pays.

Mais le 20 octobre, cette demande a aussi été refusée. Son expulsion a été fixée au 19 novembre.

« C’est dur, c’est trop dur », confie Olufunlayo, avant d’éclater en sanglots.

Un refus contesté

Selon Me Khouri-Raphael, la décision comporte une erreur de droit. Les autorités n’ont pas tenu compte des raisons pour lesquelles sa cliente n’avait pas révélé plus tôt les agressions sexuelles qu’elle affirme avoir subies, soutient-elle.

L’avocate invoque la jurisprudence canadienne, qui reconnaît les difficultés particulières que peuvent éprouver les personnes LGBTQ+ à dévoiler des expériences intimes et traumatisantes.

« Lors de la demande ERAR, j’ai dit : vous pouvez ne pas la croire, mais donnez-lui une audience pour qu’elle s’en explique », relate-t-elle.

« Ce n’est pas parce qu’on arrive au Canada qu’on va se mettre à le crier à tue-tête et à faire la marche de la Fierté gaie. »

Me Khouri-Raphael va contester le refus de l’ERAR en Cour fédérale et demander un sursis au renvoi, le temps que le tribunal se prononce.

Une demande humanitaire

Ce dossier soulève une autre question : pourquoi expulser une personne avant même d’avoir étudié sa demande de résidence permanente pour considérations d’ordre humanitaire ?

Mme Olufunlayo a déposé une telle demande en décembre 2025, laquelle est toujours en traitement.

Cette procédure permet de considérer la situation d’une personne dans son ensemble : son intégration, son travail et sa contribution à la société. Mais le dépôt d’une demande humanitaire ne suspend pas une mesure de renvoi.

Son avocate déplore que des personnes puissent être expulsées avant même que leur intégration et leur situation personnelle aient été étudiées.

« Ce n’est pas juste qu’on ne traite pas avec le temps et l’attention qu’elle mérite une demande comme ça. Je veux me battre contre ce que je considère injuste. »

*Pour des raisons de sécurité, Olufunlayo a demandé à ce qu’on ne divulgue pas son nom de famille.

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