Itinérance | Au-delà de la « crise »

À l’approche de l’hiver, l’aide d’urgence de 28 millions annoncée par Paul St-Pierre Plamondon renforcera la lutte contre l’itinérance. Mais ce n’est pas ce qui est le plus prometteur dans son approche. Le nouveau premier ministre se démarque aussi par sa vision.
Son approche n’est pas que réactive. Il n’essaie pas seulement de combattre une crise. Il tente aussi de la prévenir.
Les gouvernements ont toujours été sous pression pour débloquer des sommes in extremis afin d’éviter le pire. Cette approche offre le service minimal, avec une vision à court terme.
L’itinérance est le reflet d’un mal plus profond. En politique, il n’est pas à la mode de parler de pauvreté, de solitude et de misère. C’est pourtant de cela qu’il s’agit.
Le logement manque, le recours aux banques alimentaires augmente, des toxicomanes peinent à se sevrer, des victimes de violence conjugale sont laissées à elles-mêmes et de jeunes adultes sont dépourvus à leur sortie du réseau de la DPJ.
Pour eux, l’itinérance est la conséquence de tout ce qui a mal été avant. Le gouvernement péquiste l’a compris. Il ne veut pas seulement empêcher les gens de tomber, il s’engage aussi à resserrer les mailles du filet.
Alia Hassan-Cournol, directrice générale de La rue des femmes, m’a donné cet exemple crève-cœur : une femme en fin de vie qui en est réduite à dormir sur un lit d’urgence, pendant quelques jours, sans savoir si elle sera encore de ce monde la semaine suivante. « Où est la dignité dans la fin de vie ? », demande-t-elle.
Les adversaires de M. St-Pierre Plamondon le réduisent à une caricature d’avocat chicanier de droite. Dans ce dossier, il démontre au contraire sa sensibilité à la détresse humaine et sa capacité à dégager une vision d’ensemble d’un sujet complexe.
Son premier geste important est de prendre lui-même la responsabilité du dossier. Ce n’est pas que symbolique. Il veut briser l’approche en silo. Sa prédécesseure Pauline Marois l’a elle-même constaté : la lutte contre l’itinérance souffre de son éparpillement. Il y a les ministères de l’Habitation, des Affaires municipales, de la Santé, Santé Québec, les CISSS et CIUSSS, la Direction de la protection de la jeunesse, les corps policiers, les municipalités et le milieu communautaire, à qui on demande des miracles pour boucher les trous de l’État-providence.
Le premier ministre péquiste veut agir sur plusieurs fronts.
Il promet entre autres de construire 2000 logements pour les personnes en situation d’itinérance, ainsi que 18 000 notamment dans la catégorie sociale, en plus de bonifier les équipes de professionnels spécialisés en santé mentale, embaucher 100 travailleurs sociaux dans les équipes mixtes d’intervention, bonifier le financement des organismes communautaires, limiter la judiciarisation des personnes en situation d’itinérance et hausser les ressources en prévention de la toxicomanie, en plus de se doter d’une approche ciblée pour l’itinérance féminine et d’adopter des indicateurs afin de faire un suivi annuel du progrès.
Certaines de ces mesures manquent encore de précision. D’autres n’auront pas un effet immédiat, comme la construction de logements.
Paul St-Pierre Plamondon s’inspire de l’approche « Logement d’abord » de la Finlande. Or, cela ne règle pas tout. Un accompagnement est ensuite requis pour éviter les rechutes dans la rue. Reste à voir aussi comment le financement de ce plan sera compatible avec le difficile retour à l’équilibre budgétaire.
M. St-Pierre Plamondon a promis de réduire l’itinérance de moitié d’ici quatre ans. Bien sûr, c’est facile à dire. Mais ce faisant, il se met de la pression et s’impose des résultats. S’il survit assez longtemps, bien sûr, pour qu’on les évalue.
Tout gouvernement minoritaire vit sur du temps emprunté. M. St-Pierre Plamondon pourra s’inspirer des conseils de Mme Marois : réduire ses priorités pour ne pas se perdre, et collaborer de bonne foi avec l’opposition.
Pour l’itinérance, ce serait une bonne nouvelle. Québec solidaire priorise l’accès au logement et la lutte contre la pauvreté. Et les libéraux comptent dans leurs rangs le député qui connaît le mieux ce dossier, James Hughes, ex-PDG de la Mission Old Brewery. Ils peuvent donc faire partie de la solution.
Pour l’instant, la démarche de M. St-Pierre Plamondon est rassembleuse. À l’initiative de Mme Marois, il a consenti à organiser un sommet sur l’itinérance. Espérons qu’un plan consensuel sera établi, et que tout le monde le mettra en œuvre. Il serait bien d’ailleurs que le gouvernement fédéral y participe.
En 2024, les libéraux fédéraux avaient organisé un sommet national sur le vol de voitures. Le sujet n’était pas sans importance, mais on pourrait sans doute aussi accorder de l’attention aux humains qui se font priver de leur dignité.
La pandémie a montré que face à une crise, un gouvernement peut rompre avec ses vieilles façons de faire et aider rapidement ceux qui en ont besoin.
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