Le prix Renaudot 2026 attribué à François-Henri Désérable pour "Le palais"

"Le palais" plonge le lecteur dans l'univers fascinant de l'œnologie à travers le destin hors du commun d'Arun Kumar, un personnage doté d'un don exceptionnel : celui de déceler et de mémoriser des centaines d'arômes dans un verre de vin, à la manière de ceux qui possèdent l'oreille absolue en musique. "Les vins qu'il déguste finissent par rejoindre ce qu'il appelle 'sa cave intérieure'. Elles sont toutes stockées dans une cave mentale, dans son esprit, de sorte que lorsqu'il boit un vin qu'il a déjà dégusté, il est capable de le reconnaître à l'aveugle dès la première gorgée", expliquait l'auteur au micro de Jérôme Colin.
Le roman retrace le parcours vertigineux de ce personnage, né dans un bidonville situé au bord de la décharge de Ghazipur, à New Delhi, l'une des plus grandes décharges à ciel ouvert du monde, avant d'être adopté et d'grandir en Côte-d'Or, terre de vignobles. Construit en flash-back, le récit laisse deviner dès ses premières pages qu'un destin brillant va mal tourner, entre les cercles feutrés des grands crus bourguignons et les tables prestigieuses de Manhattan.
Deux ans de formation pour transformer le savoir en littérature
Pour écrire ce roman, François-Henri Désérable ne s'est pas contenté d'imaginer. Pendant deux années, il s'est formé à l'œnologie, multipliant les dégustations et les séjours en Bourgogne, non pour devenir lui-même un fin palais, mais, selon ses propres mots, pour transformer ce savoir technique en "énergie narrative". "Je ne voulais pas donner l'impression au lecteur d'un cours d'œnologie sur quatre cents pages. Et puis, je voulais renouveler, subvertir et enrichir le vocabulaire œnologique", confiait-il.
Tous les vins cités dans le roman existent réellement, à l'exception d'un seul, le "Clos des Toucans", imaginé par l'auteur en s'inspirant notamment du domaine du Romanée-Conti et du Clos des Lambrays, deux grands crus bourguignons de légende.
Un auteur déjà couronné par les grandes institutions littéraires
Ce Prix Renaudot vient s'ajouter à un palmarès déjà remarquable. En 2021, François-Henri Désérable avait reçu le Grand Prix du roman de l'Académie française pour "Mon maître et mon vainqueur" (Gallimard), un récit subtil et truffé de références lettrées autour d'un amour qui se termine mal. L'Académie française lui avait déjà remis le prix Amic en 2013 pour "Tu montreras ma tête au peuple", des portraits de personnages de la Révolution française dans leurs derniers instants avant d'être guillotinés.
Natif d'Amiens, ancien hockeyeur professionnel reconverti en écrivain, François-Henri Désérable avait déjà attiré l'attention de tous les grands jurys littéraires dès 2017, avec "Un certain M. Piekielny" (Gallimard), se retrouvant alors dans toutes les sélections des prix d'automne, du Goncourt au Femina en passant par le Renaudot et le Médicis.
Avec "Le palais", il signe sans doute son roman le plus ambitieux, une plongée sensorielle et sociale dans le monde des grands vins, portée par une écriture qui refuse les clichés pour mieux saisir ce qui, dans la dégustation, "se refuse aux mots".
Le prix Renaudot essai a été remis ex æquo à Jean-Paul Enthoven pour "Dictionnaire amoureux du bonheur" et Christophe Ono-dit-Biot pour "L’odyssée de l’Odyssée".
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.