Un peu plus d’humain derrière les colonnes de chiffres

Quand il est arrivé en poste, Mark Carney a multiplié les gestes de rupture avec l’ère de Justin Trudeau. Le premier budget de son gouvernement l’illustrait parfaitement : au revoir les nouveaux programmes sociaux, bonjour les mesures pour favoriser l’entrepreneuriat.
Le temps a fait son œuvre et le premier ministre ne semble plus ressentir le besoin d’établir une cassure aussi nette avec son prédécesseur.
Ce deuxième budget du ministre des Finances, François-Philippe Champagne, s’accompagne ainsi d'un léger retour du balancier en faveur d’un filet social plus solide.
Mark Carney continue de faire de la productivité sa priorité en accordant à sa mégadéduction
la part du lion des nouvelles dépenses. À 36 milliards $ sur 5 ans, la mesure est mégachère
et démontre que stimuler l’économie en donnant un élan à l'entrepreneuriat demeure l’objectif numéro 1 de ce gouvernement libéral.
Toutefois, il y a des crises que l’on ne peut ignorer, à défaut de quoi on paraît politiquement complètement déconnecté.
La crise de l’itinérance en est une.
Le Canada compte désormais 65 000 itinérants, selon le décompte du gouvernement fédéral. Les maires d'un bout à l'autre du pays crient d’impuissance, et les provinces comme le Québec font de la lutte contre l’itinérance leur mission première.
Dans son budget 2026, Mark Carney met donc la main à la pâte et allonge 11,2 milliards $ sur 4 ans pour financer de nouveaux logements qui pourront intégrer des services de soins de santé ou de toxicomanie. Il renouvelle par ailleurs l’aide mensuelle directe aux loyers pour ceux dont les revenus ne sont pas suffisants pour se loger. Mark Carney avance également une solution qui peut paraître surprenante pour un ex-banquier en visant de tripler la mise en chantier de logements hors marché
.
Inégalités sociales
L’abordabilité représente un autre type de crise, et à ce titre, Mark Carney choisit sciemment d’aider ceux qui en souffrent le plus.
Alors que les écarts de revenu sont en croissance au pays ces dernières années, il choisit de donner plus d’oxygène aux familles moins nanties : celles dont les revenus sont assez modestes pour toucher l’allocation pour l’épicerie, l'ancien crédit à la TPS. Ainsi, aux sommes qu’ils reçoivent déjà, ces ménages pourront toucher un chèque additionnel au début de l’an prochain, allant de 339 $ pour une personne seule à 679 $ pour un couple avec deux enfants.
Comme la mesure est ponctuelle, le danger pour les ménages est de compter sur cette bonification dans le futur. Mais entre-temps, elle a au moins le mérite de leur accorder un peu d’air.
Les fractures sociales divisent les sociétés : on le constate dans les soulèvements populaires qu'on voit notamment en Europe. La dernière chose dont Mark Carney a besoin, en plus de l’incertitude causée par l’administration Trump, ce sont des fissures supplémentaires dans le tissu social. Le budget 2026 laisse entendre qu’il en est bien conscient.
Le climat, encore ignoré
Si Mark Carney se rapproche un tout petit peu plus de Justin Trudeau avec ces mesures sociales, il en reste toujours aussi éloigné quand il est question de lutte contre les changements climatiques.
Les nouvelles mesures environnementales sont limitées : on investit par exemple 587 millions $ en 5 ans pour augmenter le nombre de bornes de recharge pour véhicules zéro-émission et 2 milliards $ sur 8 ans en remises pour l’achat de thermopompes.
Ottawa engage par ailleurs 4 milliards $ sur 10 ans pour l'agrandissement de l’infrastructure d’électricité, mais il le fait pour des considérations économiques – répondre à la demande – et non pour réduire les émissions.
Ces sommes paraissent par ailleurs bien dérisoires lorsqu'on les compare aux dizaines de milliards de dollars qui seront éventuellement puisés à même le Trésor public pour financer le nouveau pipeline vers l’ouest Pacific Link.
Enfoui au cœur du document de 600 pages se trouve un paragraphe dans lequel le gouvernement Carney réitère son intention
de mettre à jour le modèle fédéral de tarification du carbone dans le secteur industriel. Cette tarification industrielle que Mark Carney avait promis de rendre plus robuste, pour compenser l’élimination de la taxe carbone pour les particuliers, se fait ainsi toujours attendre.
Si les crises de l’itinérance et de la pauvreté ont capté l’attention de Mark Carney, ce n’est pas encore le cas pour la crise climatique.
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