Renouveler la démocratie, voilà le projet de société dont le Québec a besoin
En cette mi-campagne électorale, alors que les partis s’efforcent de dénicher les idées susceptibles de convaincre l’électorat indécis et que les citoyens s’interrogent sur leur choix, voici un projet de société rassembleur : protéger et renouveler la démocratie.
La démocratie, ce n’est pas juste le régime qui nous permet d’élire les personnes qui nous représentent. C’est ce qui nous permet de leur demander des comptes entre les élections, d’influer sur les priorités et les décisions, d’avoir confiance dans le fait que les règles sont les mêmes pour tout le monde et que nos droits et libertés sont respectés.
Les Québécois tiennent à leur démocratie et aux valeurs qui la sous-tendent. Or, l’autoritarisme à l’œuvre au sud de la frontière et le déclin de la confiance envers nos institutions nous rappellent que nous ne pouvons pas la tenir pour acquise. Plus inquiétant encore, les jeunes avec qui nous échangeons dans le cadre de nos activités peinent parfois à saisir l’essence de la démocratie : au mieux, c’est un système complexe difficile à changer ; au pire, c’est un concept trop abstrait et déconnecté de leur quotidien pour que les jeunes aient besoin de s’en soucier.
Dans le contexte, renouveler la démocratie québécoise devient une nécessité absolue. La bonne nouvelle, c’est que nous avons au Québec toutes les ressources et les expertises nécessaires pour rendre la participation citoyenne à la vie publique plus agile, efficace et significative, mais aussi pour que le climat politique prédominant se caractérise par l’écoute, la collaboration et le dialogue davantage que par l’affrontement partisan.
Renouveler la démocratie est un projet fédérateur capable de rassembler la population, de la gauche à la droite et des centres urbains aux régions. Pour passer de l’idée à l’action, nous appelons les candidats à s’engager sur une proposition simple : doter le Québec d’une stratégie nationale de protection de la démocratie.
Cette stratégie pourrait s’articuler autour de trois piliers. Premièrement, l’intégrité et l’accès à l’information, pour protéger la vérité factuelle par l’encadrement des technologies disruptives et une éducation accrue à l’information et aux médias.
Deuxièmement, la transparence gouvernementale et la participation publique. Il y a lieu de moderniser la manière dont nos institutions interagissent avec les citoyens et d’établir des normes transversales en matière de participation publique, de façon à rendre les consultations gouvernementales plus efficaces et pertinentes. Car, contrairement aux idées reçues, le dialogue et la participation publique ne sont pas des obstacles à l’efficacité ou à la réalisation de grands projets. Au contraire, une démarche structurée garantit des projets plus durables et mieux alignés sur les besoins et les aspirations de la population.
Enfin, la vitalité citoyenne et l’éducation civique. Il est impératif d’investir dans la promotion des valeurs démocratiques pour protéger la cohésion sociale et mobiliser la jeunesse. Lorsque les jeunes prennent conscience de leur pouvoir d’influence, c’est leur dynamisme et leur volonté de changer le monde qui prennent leur envol. Le Québec devrait aussi adopter, à l’image du Programme de soutien à la mission des organismes environnementaux, un programme spécial de soutien à la mission des organismes de promotion et de protection de la vitalité démocratique.
Les bénéfices d’une telle stratégie nationale seraient multiples : renforcement de la résilience civique, amélioration du climat politique, revalorisation du rôle des personnes élues, restauration de la confiance et mobilisation accrue de la jeunesse ainsi que des nouveaux arrivants. Il s’agit là, à notre humble avis, d’un projet de société susceptible de rallier l’ensemble de la population québécoise.
* Ont aussi signé cette lettre : Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’économie sociale ; Éric Bélanger, cotitulaire de la Chaire sur la démocratie, le vivre-ensemble et les valeurs communes au Québec ; Chaïma Ben, directrice générale du Centre d’écologie urbaine ; Sarah Berkane, codirectrice générale du Projet collectif ; Laurence Bherer, cotitulaire de la Chaire Trottier – Transition énergétique, gouvernance et participation ; Vincent Chapdelaine, codirecteur général du Projet collectif ; Marc Jeannotte, directeur général de Votepour.ca ; Mireille Lalancette, cotitulaire de la Chaire sur la démocratie, le vivre-ensemble et les valeurs communes au Québec ; Jonathan Lapalme, directeur des Interstices ; Niamh Leonard, directrice générale de la Fondation Euphrosine ; Rafaël Provost, directeur général d’Ensemble pour le respect de la diversité ; Luc Rabouin, président-directeur général de la Fondation du Grand Montréal ; Samantha Reusch, directrice générale de L’apathie c’est plate ; Louis Simard, professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa ; Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Oxfam-Québec.
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