À quand remonte la colonisation des Amériques par le détroit de Béring ?

Les Amériques ont été peuplées par le détroit de Béring. Mais quand et comment ? Une nouvelle étude montre que les échanges avec l’Asie ont continué pendant longtemps après le premier passage du détroit. Bienvenue dans la Béringie.
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Deux continents unifiés
Le campement Shég’Xdaltth’í’ était dans l’est de l’Alaska actuel, près de Fairbanks. Mais ses habitants, qui vivaient il y a près de 14 000 ans, avaient visiblement des liens étroits avec leurs cousins de Sibérie.
« Nous avons trouvé des ossements de lynx et de loup présents en Sibérie », explique Kelly Graf, de l’Université du Kansas, qui est l’auteure principale de l’étude publiée à la mi-octobre dans Science Advances. « Et surtout, il y a sur le site des outils de pierre taillés des deux côtés, qui étaient fixés à un manche. Ailleurs en Alaska à cette époque et dans les millénaires suivants, les outils étaient taillés seulement d’un côté. Mais en Sibérie, on voit ces outils taillés des deux côtés. »
IMAGE FOURNIES PAR L’UNIVERSITÉ DU KANSAS
Des racloirs retrouvés au site de Shég’ Xdaltth’í’
Ces trois éléments font de ce site le premier montrant que des liens existaient entre les populations sibériennes et leurs cousins qui ont migré vers l’Alaska, selon Mme Graf. À l’époque, le détroit de Béring n’existait pas, parce que l’ère glaciaire avait fait baisser le niveau des océans. La « Béringie » était une région exempte de glace.
Deux spécialistes de la Béringie, Scott Elias, de l’Université du Colorado, et Martin Jakobsson, de l’Université de Stockholm, ont confirmé qu’il s’agit de la première preuve de va-et-vient entre la Sibérie et l’Alaska. Le détroit de Béring a été créé il y a 11 000 ans quand le niveau du Pacifique a augmenté suffisamment pour rejoindre l’océan Arctique, a démontré M. Jakobsson en 2017.
Le loup retrouvé par l’équipe de Mme Graf à Shég’Xdaltth’í’ était peut-être déjà domestiqué. « Le chien nord-américain est en fait un loup qui a été domestiqué en Sibérie, dit-elle. Il se peut que ce soit déjà un chien domestiqué. »
Glaciers
Pourquoi la Béringie n’était-elle pas recouverte de glace il y a 14 000 ans, comme l’était le nord du Canada ? « C’est probablement parce qu’il y avait moins d’humidité, donc moins de précipitations », explique M. Jakobsson. Il y a d’ailleurs un débat sur la présence ou non de glaciers en Béringie lors de la dernière glaciation, qui a commencé il y a 100 000 ans, dit-il.
Le Canada a été presque complètement recouvert par les glaces jusqu’à il y a entre 13 000 et 10 000 ans. Elles ont subsisté dans le nord du Québec, de l’Ontario et des Prairies, ainsi que dans les Rocheuses, jusqu’à il y a 7000 ans.
Quand le Canada était de glace
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IMAGE TIRÉE DU SITE DE LA COMMISSION GÉOLOGIQUE DU CANADA
Il y a 18 000 ans, le Canada était presque totalement recouvert par les glaces et la Sibérie et l’Alaska étaient reliées pour former la Béringie, libre de glaces.
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IMAGE TIRÉE DU SITE DE LA COMMISSION GÉOLOGIQUE DU CANADA
Il y a 13 000 ans, une ouverture a commencé à se créer au niveau de l’Alberta dans les glaciers recouvrant le Canada.
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IMAGE TIRÉE DU SITE DE LA COMMISSION GÉOLOGIQUE DU CANADA
Il y a 11 500 ans, une ouverture existait au niveau de l’Alberta dans les glaciers recouvrant le Canada.
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Plusieurs passages
En plus de ces contacts au sein de la Béringie, il y a eu plusieurs migrations de la Sibérie vers les Amériques, selon Mme Graf. « On en dénombre jusqu’à quatre, selon diverses hypothèses. Il semble y avoir eu plus de ressources, des sources de nourriture notamment, dans l’ouest de l’Alaska. Donc on pense que certaines migrations se sont arrêtées là. Ensuite, il y a éventuellement une autre migration vers le sud, probablement lentement en passant par la côte de la Colombie-Britannique, qui a été libre de glaces plus rapidement. »
Ce n’est toutefois pas la première fois qu’un site de l’est de la Béringie est identifié. Depuis 50 ans, une caverne du Yukon, Bluefish, fait l’objet d’un débat de datation. Des ossements d’animaux apparemment altérés par des humains ont été datés à 24 000 ans.
Mme Graf et M. Elias sont tous deux persuadés que cette date de 24 000 ans est plausible.
IMAGE TIRÉE DU SITE DU SERVICE NATIONAL DES PARCS DES ÉTATS-UNIS
Des traces de pieds humains fossilisées mises au jour en 2021 au Nouveau-Mexique datent d’entre 21 000 et 23 000 ans.
Des traces de pieds humains fossilisées ont par ailleurs été datées entre 21 000 et 23 000 ans au Nouveau-Mexique, en 2021. Cela signifierait qu’une migration hâtive à travers la Béringie aurait immédiatement continué sur la côte de la Colombie-Britannique.
Une autre possibilité pour le passage de l’humain vers le sud de l’Amérique du Nord est l’ouverture qui s’est créée dans les glaces qui recouvraient le Canada il y a 11 000 à 12 000 ans. Elle permettait de passer l’été par ce qui est actuellement l’Alberta.
Populations fantômes
La prochaine étape importante dans la compréhension de la Béringie est l’analyse d’ossements humains retrouvés dans l’est de la Sibérie. « Et éventuellement, on trouvera des ossements humains en Alaska, dit Mme Graf. Pour le moment, on ne peut comparer la génétique des populations autochtones américaines qu’avec des ossements d’un enfant de 3-4 ans mort il y a 24 000 ans près du lac Baïkal. »
Ces analyses génétiques ont montré que cet enfant sibérien partage entre 14 % et 38 % de la génétique autochtone américaine, selon une étude de Nature de 2014.
« Ça montre qu’il y a eu d’autres apports populationnels, peut-être de populations est-asiatiques, avance Mme Graf. Est-ce que le mélange qui a donné la génétique autochtone américaine s’est fait entièrement en Béringie, ou alors dans l’est de la Sibérie ? Il y a 30 000 ans, ou plus récemment, il y a 15 000 ans ? C’est ce qu’on voudrait savoir. »
Les contacts avec les chercheurs russes ont été interrompus dans la dernière décennie, ce qui a empêché les analyses génétiques sur les sites de l’est de la Sibérie où ont été trouvés des ossements humains d’il y a plus de 10 000 ans, précise-t-elle.
En savoir plus
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- 1 à 10 millions
- Population humaine sur la planète il y a 12 000 ans
source : Bureau du recensement des États-Unis
- 5 à 20 millions
- Population humaine sur la planète il y a 7000 ans
source : Bureau du recensement des États-Unis
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- Au moins 27 millions
- Population humaine sur la planète il y a 4000 ans
source : Bureau du recensement des États-Unis
- Entre 170 et 400 millions
- Population humaine sur la planète il y a 2000 ans
source : Bureau du recensement des États-Unis
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