La plus grande introduction en Bourse d’Afrique : la raffinerie Dangote, dont le kérosène alimente déjà l’Europe

L’opération, prolongée de deux semaines, vise à lever entre 1,5 et 2 milliards de dollars pour doubler la capacité de l’installation, près de Lagos. Son promoteur la qualifie d'"IPO du peuple". Une ambition qui dépasse les frontières du Nigeria et qui concerne aussi l’Europe.
Une introduction en Bourse accessible à tous, dès quatre dollars
Une IPO, ou introduction en Bourse, désigne le moment où une entreprise vend ses actions au public pour la première fois. Ici, l’objectif affiché d’Aliko Dangote est d’associer le plus grand nombre d’Africains à l’aventure. Le ticket d’entrée est volontairement bas : dix actions minimum, pour moins de quatre dollars au total. Selon la BBC, Dangote souhaitait explicitement que les chauffeurs, les cuisiniers ou les agents d’entretien puissent eux aussi devenir actionnaires. Un pari audacieux dans un pays où moins de 5% des adultes investissent en Bourse.
Plutôt que de recourir uniquement à la dette, le milliardaire fait appel à l’épargne populaire africaine pour financer une industrie africaine. Et le résultat est au rendez-vous : l’offre est, selon ses propres termes, "sursouscrite" trois à quatre fois, ce qui signifie que les demandes d’achat dépassent largement le nombre d’actions disponibles. Dangote vise 10 millions de petits porteurs à travers le continent.
Malgré la sursouscription, l’opération a été prolongée de deux semaines. La raison invoquée par Dangote est symbolique autant que pratique : il souhaite que "nos frères et sœurs africains" participent, pas seulement les Nigérians. L’idée directrice est celle d’une raffinerie africaine, financée par l’épargne africaine, pour approvisionner l’Afrique. Mais un obstacle structurel complique la démarche : le continent ne dispose pas de Bourse commune. Chaque pays applique ses propres règles, et les marchés financiers africains figurent parmi les plus fragmentés au monde. La prolongation permet notamment de résoudre ces difficultés techniques.
Un impact qui dépasse l’Afrique : le kérosène nigérian dans les avions européens
L’influence de la raffinerie de Lagos se fait désormais sentir bien au-delà du continent africain. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le kérosène produit à Lagos afflue sur le marché européen. En juin, une première historique a été enregistrée : les réservoirs des avions des compagnies européennes contenaient davantage de carburant nigérian qu’américain, alors que les États-Unis étaient jusqu’ici leur principal fournisseur. Une donnée qui illustre le poids croissant de cette infrastructure dans les équilibres énergétiques mondiaux.
Des ambitions qui suscitent aussi des critiques
L’opération n’est pas sans soulever des questions. Seulement 3% du capital sont mis en vente : Aliko Dangote conserve le contrôle de son groupe. La valorisation de la raffinerie, proche de 50 milliards de dollars, est jugée élevée par certains analystes. Des accusations de pratiques monopolistiques reviennent régulièrement, notamment dans les secteurs du ciment et du pétrole. Un câble diplomatique américain de 2005, révélé par WikiLeaks, le décrivait déjà comme un "héros populaire économique" pour les uns, un "prédateur" pour les autres.
Face à ces critiques, Dangote avance un argument : "L’objectif principal de cette offre est de démocratiser la création de richesse". Les premiers échanges en Bourse à Lagos sont attendus d’ici quelques semaines. Et selon les informations recueillies, Aliko Dangote envisage une cotation à la Bourse de New York à l’horizon 2029.
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