Comme WhatsApp, ChatGPT met enfin vos conversations sous clé

Questions de santé, confidences, cadeaux à préparer : ChatGPT sait désormais faire disparaître vos conversations les plus sensibles derrière un code à quatre chiffres. Le verrou a pourtant ses angles morts, et l’un d’eux peut tout effacer.
OpenAI déploie depuis le 20 octobre les « conversations verrouillées » dans ChatGPT, du compte gratuit aux offres Enterprise et Edu. Le dispositif rappelle le verrouillage des discussions que WhatsApp propose depuis le 15 mai 2023 : un code à quatre chiffres, ou Face ID et Touch ID sur mobile, et le fil disparaît des écrans. La fonction, repérée dès le mois d’août dans le code de l’application Android, arrive progressivement sur le web, les téléphones et les applications de bureau.
Un dossier sous code, invisible dans l’historique
Une fois verrouillée, la conversation rejoint un espace dédié et s’efface de l’historique, des fils épinglés et des résultats de recherche. L’ouvrir réclame le code, ou la biométrie du téléphone, et un geste suffit ensuite pour rendre le fil à la circulation générale. Le dossier « Conversations verrouillées » reste visible dans l’interface. WhatsApp propose depuis fin 2023 un code secret qui masque jusqu’à l’existence du dossier, un cran de discrétion encore hors de portée de ChatGPT. Le déploiement s’étalant sur plusieurs semaines, l’option peut d’ailleurs encore manquer à l’appel sur certains comptes.
Les conversations temporaires, les archives, les discussions de groupe ou celles liées à une tâche programmée restent hors du périmètre. Sur ordinateur, il faut passer par la dernière mise à jour des applications macOS et Windows, avec un déploiement graduel toujours en cours selon OpenAI. La mémoire suit le même cloisonnement. Les fils verrouillés peuvent puiser dans les souvenirs généraux de l’assistant, l’inverse n’arrive jamais : ce qui se raconte derrière le code alimente une mémoire à part, qui ne colore pas vos conversations ordinaires. Deux carnets, dont un seul traîne sur la table du salon.
Pas de chiffrement, et un code qui peut tout emporter
OpenAI présente le dispositif comme un écran de confidentialité, pensé pour le téléphone qui passe de main en main ou les regards appuyés dans le métro. La durée de conservation des conversations ne bouge pas, le réglage qui autorise l’entraînement des modèles sur vos échanges non plus, et le chiffrement de bout en bout reste absent. Le verrou ne protège pas davantage d’une réquisition judiciaire. Dans les entreprises et les universités, les fils verrouillés restent consignés dans les journaux de conformité accessibles à l’employeur.
Réinitialiser le code supprime définitivement les conversations verrouillées, leur mémoire et les fichiers qu’elles protégeaient. La page d’aide d’OpenAI prévient sans détour : « Cette action est irréversible, et le support ne peut pas récupérer les contenus supprimés ». Les administrateurs d’un espace professionnel ne peuvent ni réinitialiser le code d’un salarié ni désactiver la fonction. Oublier le sien, en revanche, ne détruit rien tant que la réinitialisation n’est pas lancée.
D’après le Baromètre du numérique de l’Arcep publié en février, 48 % des Français de 12 ans et plus utilisent l’IA générative, quinze points gagnés en un an. Et 63 % de ces utilisateurs passent d’abord par ChatGPT. Les questions médicales, financières ou sentimentales qui finissaient hier dans un moteur de recherche s’accumulent désormais dans des fils de discussion qui gardent tout, d’où l’intérêt d’un rideau à tirer.
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