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Friday, October 16, 2026

«Instinct» : Angèle ne s’excusera pas

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Elle avait à peine 20 ans lorsque ses reprises piano-voix sont miraculeusement remontées à la surface des millions de clips lancés dans l’océan des réseaux sociaux en 2015. À 30 ans — bientôt 31 — aujourd’hui, la star consacrée à travers la francophonie vise, sans trop vouloir l’admettre, le public anglo-saxon avec Instinct, un troisième album bilingue, dansant, indéniablement plus audacieux dans ses formes rythmiques, mais familier dans ses refrains pour les fans de la première heure. Entrevue.

Un détail nous frappe dès la première écoute du nouvel album d’Angèle : le brouhaha. Depuis la brève intro jusqu’à la dernière chanson, la précieuse NYC Blues, Instinct est habité par le trouble, l’imprécision, le bruit des rues de Bruxelles et de New York, où elle a partagé son temps ces dernières années.

« Je pense que ce qu’on entend de New York sur cet album, ce sont les moments plus intimes », détaille Angèle, jointe à Bruxelles par visioconférence. « Parce que c’est une ville où, malgré le chaos ambiant, intense, il y a quelque chose de très inspirant », si inspirant qu’elle lui dédie NYC Blues, diaphane ballade « qui amène à l’auditeur une autre lecture de cette période de ma vie », l’une des chansons les plus timides de cet album en montagnes russes entre les bombes dancefloor et les chansons pop classiques comme Angèle sait les faire.

« Oui, j’ai fréquenté le nightlife new-yorkais, mais les chansons que j’ai faites là-bas sont les plus intimes, notamment On verra », la plus belle du lot, la plus représentative de l’esprit de cet album. Cette progression d’accords au piano, cette mélodie au refrain, du Angèle pur jus, dans la veine de Tout oublier ou de Balance ton quoi (sans le rythme). La nouveauté ici, c’est la finale : passé le pont à la troisième minute, lorsque reviennent les cordes, un bruit d’arbre qui s’abat vient égratigner la ballade et suggérer « comment ça sonne à l’intérieur de soi lorsqu’on est mal ».

Superbe chanson qui conserve la prise de voix de la maquette originale enregistrée avec un micro de fortune. « On entend même une ambulance qui passe derrière, fait remarquer Angèle. Je me prenais la tête en me disant que je devrais la refaire. Finalement, je l’ai gardée telle quelle parce qu’elle a toute l’émotion d’une première prise, du premier jet. Ça me fait plaisir que tu l’aimes aussi parce que c’est une de mes préférées. »

Quant aux thèmes d’Instinct, « je pense que j’ai déjà chanté tout ça avant, si ce n’est d’une manière différente, commente-t-elle. Je parle d’amour et de sexualité de manière plus assumée qu’avant — de manière plus adulte aussi — et d’une manière plus libre », comme sur Love Triangle, What You Want et F4ck 4ever. « Je mélange aussi l’anglais et le français de manière décomplexée. Ce sont les nouveaux apports de l’album : une sensualité assumée, mature, libre et ce mélange des langues que j’exerce sans m’en excuser. »

Partir à la rencontre

Angèle a donc suivi son instinct. « C’est en tout cas un album assumé, résume la Belge. Et poussé, ai-je envie de dire : j’ai cherché à tout développer, à tout approfondir, l’écriture des textes, la composition musicale, la production », assurée par son complice des débuts, le coréalisateur parisien Tristan Salvati, épaulé par trois prestigieux invités à la composition : les figures de la French touch Justice sur l’extrait What You Want, le compositeur français SebastiAn aux commandes de l’angulaire et électro Love Triangle, collaboration avec la collègue américaine Caroline Polachek (qui chante en français !), et le duo belge Soulwax, aussi connu sous le nom 2manydjs, qui martèle le tempo, limite techno, de Trop.

Le flash à l’origine de ce souffle dansant est survenu lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de 2024, lorsqu’Angèle a interprété Nightcall avec Kavinsky et Phoenix, nous confie Nicolas Renard, co-manager d’Angèle : « Souligner le riche héritage de la musique électronique belge n’était pas si conscient au début, l’inspiration étant plutôt la French touch. Angèle est dingue de ça — et de Soulwax, qui est un peu l’annexe belge de la French touch. »

Cinq ans se sont écoulés depuis le succès de Nonante-cinq, deuxième album d’Angèle, « mais dans les faits, la pause a plutôt duré trois ans, parce que la tournée fut longue », précise-t-elle. Trois ans pour mûrir, se réinventer, du moins musicalement, et revenir présenter Instinct, avec lequel la star belge met fermement le pied sur le plancher de danse et ose ouvertement courtiser le public anglophone.

« Ce n’est pas tant que j’en rêve, c’est que j’ai envie d’aller à la rencontre d’un public qui n’est pas francophone, quel qu’il soit, nuance Angèle. Et déjà, pour parler du Québec, c’est toujours un endroit qui me plaît parce qu’il a ce côté différent, même si on parle la même langue. C’est une autre culture, de l’autre côté de l’océan, et, pour moi qui viens de Belgique, c’est complètement dingue d’aller rencontrer le public québécois », ce qu’elle fera le 17 avril au Centre Bell. « Après Bruxelles et Paris, c’est la grande ville qui vient rapidement dans ma tournée. Jouer à Montréal me permet de prendre un recul sur ce qui se passe et de faire vivre ma musique à travers un autre public qui a ses réalités propres. »

« Alors, j’ai moins l’envie de conquérir un nouveau public que d’aller à sa rencontre », dit Angèle qui, en 2023, au bout de la tournée Nonante-cinq, fut invitée à chanter au prestigieux festival Coachella, en Californie.

« Ça, ça lui a donné envie » d’aller se faire entendre chez les anglos, confirme son M. Renard, qui rêve qu’elle soit de l’affiche du prochain festival Glastonbury, au Royaume-Uni. « Notre objectif, déjà, c’est une vraie tournée internationale, des villes où elle n’a jamais donné de concerts, Berlin, Cologne, Milan. Sur le premier album [Brol, 2018], elle n’avait pas du tout travaillé le marché international, pas plus sur le deuxième. Je ne suis pas sûr qu’elle te dirait qu’elle a cette ambition. Par contre, c’est naturel pour elle d’avoir envie de chanter pour un public anglophone — d’abord pour s’amuser, ensuite pour faire voyager sa musique. »

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