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Tuesday, October 27, 2026

Mark Carney ouvert à abolir la Loi sur les Indiens, qu’il qualifie de « raciste »

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Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a ouvert la porte à une réforme, voire à l'abolition, de la Loi sur les Indiens, au terme d'une rencontre avec les Premières Nations, lundi à Ottawa.

Je m’engage à soutenir un processus qui permettra au Canada de dépasser la Loi sur les Indiens, et je demande à mes ministres de travailler en partenariat avec les Premières Nations pour définir ensemble cette nouvelle trajectoire, a-t-il ajouté.

Dans la période de questions un peu plus tard, M. Carney est allé encore plus loin. C'est une loi raciste, a-t-il dit, qualifiant la Loi sur les Indiens d'anachronisme de notre passé. Ça commence avec le nom même de cette loi. C'est difficile de le dire, et, pourtant, c'est encore la loi du pays, a-t-il précisé.

Je veux être clair : je suis vraiment ouvert [à l'abolir]. Je n'utilise pas de mots alambiqués pour en parler.

L’idée de revoir en profondeur, voire d’abolir, la Loi sur les Indiens s’est invitée dans les discussions alors qu'il était question des disparités que veut régler le projet de loi S-2, a expliqué en mêlée de presse Cindy Woodhouse Nepinak. Ça nous a un peu pris de court, a-t-elle avoué candidement en mêlée de presse.

S-2 est un projet de loi contenant divers changements à la Loi sur les Indiens, particulièrement en ce qui a trait à la transmission du statut d’Indien. Si après deux générations où un parent n’a pas le statut, il n’est plus possible de le transmettre à ses enfants, ce qu'on appelle la règle d’exclusion de la deuxième génération.

Militants, Premières Nations, élus et sénateurs s’inquiètent de voir le projet de loi stagner aux Communes, car le statut d'Indien définit envers qui la Couronne a des obligations.

Wab Kinew souriant assis à une table.

Wab Kinew a amené le sujet de l'abolition de la Loi sur les Indiens lors de la rencontre avec les chefs des Premières Nations.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

M. Carney reprenait ainsi la proposition de son homologue du Manitoba, Wab Kinew, qui avait fait cette suggestion un peu plus tôt lundi, arguant que le Canada ne devrait plus avoir de système d’identification fondé sur la race.

Ottawa devrait présenter bientôt son propre plan pour corriger la règle d'exclusion de la deuxième génération, selon le premier ministre.

C'est un processus

Jean Chrétien debout devant une assemblée de représentants des Premières Nations.

Jean Chrétien lors d'une rencontre entre le cabinet du premier ministre Trudeau et environ 200 représentants autochtones de partout au pays. La réunion a eu lieu le 4 juin 1970, sur la Colline du Parlement, à Ottawa, et portait sur le Livre blanc.

Photo : La Presse canadienne / R. Mac

En voulant laisser plus de place aux Premières Nations dans le processus, M. Carney prend une fois de plus ses distances d’un gouvernement Trudeau, celui de Pierre, cette fois. En 1969, son ministre des Affaires indiennes, Jean Chrétien, avait proposé d’abolir la Loi dans son désormais célèbre Livre blanc.

La proposition législative avait été élaborée sans l’apport des Premières Nations et proposait de les intégrer dans la société canadienne, effaçant par le fait même leurs droits.

Ce sera aux Premières Nations de décider. L’APN n’est pas détentrice de droits, mais on peut être utile pour rassembler les détenteurs de droits, a indiqué Mme Woodhouse Nepinak, laissant présager que ce sujet occupera une place importante lors de l’assemblée des chefs de l’APN en décembre.

Des hommes avec des coiffes traditionnelles lors d'une assemblée dans une grande salle.

Des chefs des nations signataires des traités 6,7 et 8 et de la Confédération Blackfoot lors de l'ouverture de la rencontre avec les premiers ministres.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Son commentaire adressait également un mécontentement de certains militants et de chefs concernant le rôle que devrait jouer l'APN. Des communautés lui reprochent en effet de ne pas avoir la légitimité de les représenter pour prendre des décisions et des engagements avec le fédéral. Ottawa devrait plutôt négocier directement avec les communautés et leurs leaders élus, font-ils valoir

Toute conversation sur la Loi sur les Indiens devrait avoir lieu directement avec les Premières Nations dans un processus ancré dans le consentement, libre, préalable et éclairé, ont déclaré conjointement les chefs des traités 6,7 et 8 ainsi que ceux représentant la Confédération Blackfoot, dans l'ouest du pays.

Un héritage de la colonisation

Adoptée en 1876, la Loi sur les Indiens est une loi fédérale qui régit à ce jour plusieurs aspects de la vie des Premières Nations au Canada, notamment le statut d’Indien, la gestion des réserves et la gouvernance des communautés.

Issue d’une politique coloniale d’assimilation, elle a donné au gouvernement fédéral un important pouvoir sur les peuples autochtones.

Certaines dispositions de la loi ont notamment limité les pratiques culturelles et spirituelles, tandis que d’autres ont privé des femmes autochtones de leur statut pour avoir épousé un homme non autochtone. Il aura fallu attendre l'année 1985 pour qu’un amendement de la loi vienne corriger certaines discriminations liées au statut.

Malgré plusieurs modifications au fil des décennies, la loi demeure controversée en raison de son caractère discriminatoire et des restrictions qu’elle impose à l’autonomie des Premières Nations.

Plus tard, dans les années 1990, le gouvernement fédéral a de nouveau soulevé l’abolition de la loi et lancé des discussions avec des Premières Nations du Manitoba. Là encore, les démarches n’ont pas abouti.

Le premier ministre, lui, a salué la capacité à s’asseoir ensemble qui a mené à cette rencontre « historique » entre le gouvernement fédéral, des premiers ministres provinciaux et des dirigeants des Premières Nations. Cela donne l’espoir que nous pourrons enfin passer outre [cette loi], a-t-il ajouté.

Mark Carney a d'ailleurs envoyé une flèche aux premiers ministres absents de la rencontre, notamment au nouveau chef du gouvernement du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, qui a choisi de ne pas y assister. Dans mon expérience, si on veut gouverner, il faut assister. Il faut être là, il faut participer. Il faut écouter, a dit M. Carney.

Fonds souverain et sécurité

Sans surprise, l'économie a occupé une place de choix dans les discussions lundi. Un peu comme avec la Loi sur les Indiens, le premier ministre Carney a indiqué qu'il explorerait des avenues pour générer de la richesse à long terme, y compris un fonds souverain pour les Premières Nations.

Ce fond pourrait s'arrimer à celui dont Ottawa souhaitait déjà se doter ou être sa propre entité. Dans tous les cas, l'idée avancée lundi serait que les grands projets si cher au gouvernement Carney servent à alimenter un éventuel fonds souverain.

Croquis d'un projet de terminal de liquéfaction de gaz naturel.

Le projet de gaz naturel liquéfiée Ksi Lisims, en Colombie-Britannique est l'un des grands projets mené par une Première Nations, la nation Nisga'a dans ce cas-ci.

Photo : Ksi Lisims LNG

Ces fameux grands projets constituent un autre irritant de taille depuis l'arrivée au pouvoir de Mark Carney au printemps 2025. Après l'adoption rapide du projet de loi C-5, c'est aujourd'hui le dépôt du projet de C-39, texte qui vise entre autres à limiter à un an le processus d'approbation de ces projets, qui était sur bien des lèvres.

Sans s'engager sur une meilluere consultation des peuples autochtones dans le processus législatif, il a cependant souligné qu'il était ouvert aux suggestions pour des amendements. C-39 ne met pas d'échéance sur nos obligations envers l'article 35, a-t-il ajouté, en référence au passage de la Constitution qui reconnaît et affirme explicitement les droits ancestraux et issus de traités des Premières Nations, des Inuit et des Métis.

Bien des chefs espéraient que la réunion aboutissent à des résultats concrets. Outre les ouvertures concernant la Loi sur les Indiens et un fond souverain, qui rélèvent de l'ambition du gouvernement, Mark Carney a annoncé certaines dépenses qui donnent un aperçu des contenus du budget de la semaine prochaine.

D'une part, il a annoncé des investissements de 360 millions de dollars sur quatre ans pour les corps policiers autochtones. Ces derniers ne sont toutefois pas considérés comme des services essentiels au même titre que les autres services de police, ce qui veut dire que chacun doit périodiquement négocier des ententes tripartites avec le fédéral et la province où il se trouve.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau s'était engagé à reconnaître les services de polices autochtones comme essentiels, une promesse qui ne s'est cependant jamais matérialisée et à laquelle M. Carney n'a pas fait allusion non plus.

Ottawa veut également améliorer la capacité des communautés à affronter les urgences comme les feux de forêt et les inondations. Pour ce faire, le premier ministre a annoncé un financement de 2,5 milliards de dollars sur cinq ans, ce qui comprend des dépenses de 450 millions de dollars déjà engagées.

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