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Wednesday, September 30, 2026

«The Sound of Milk» : Camille chante la naissance, l’enfance et l’adolescence

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Camille l’unique, l’inclassable, l’indescriptible. On qualifie ainsi la chanteuse-autrice-compositrice depuis le commencement, vous vous rappelez ? Le fil, cet album avec le bourdon, c’était en 2005. Trois disques plus tard, on est en 2017, suivent les bandes sonores, elle sait faire ça aussi, et comme nulle autre : en 2025, un César, puis un Oscar pour le film Emilia Pérez. Elle est bien plus, tellement plus, c’est la liste abrégée qu’on vous sert là. Mais surtout, le plus important, durant ces années pourtant pleines, Camille Dalmais est devenue maman. Un garçon, une fille. Émois, bouleversements, joies et conséquences immenses, bien évidemment. Façon toutes les mamans, et façon Camille.

Pardi ! Comme cette mère est néanmoins encore et toujours elle, la Camille unique du départ, ces deux créations humaines allaient être chantées. Au fur et à mesure. Un projet est né, comme un enfant de musique. En trois volumes, qui sont décrits ainsi dans le texte de présentation : « Volume 1, Naissance, un journal intime sonore ; Volume 2, Enfance, une comédie musicale de poche ; Volume 3, Adolescence, un album pop. » Un triptyque du temps qui passe et des enfants qui grandissent et la Terre qui est en passe de destruction si l’on ne fait rien, ce qui est intolérable quand on a ces deux êtres humains si beaux qui avancent inexorablement vers l’âge adulte.

Les sons des bébés

La section de la naissance est saisissante. Ça vagit, ça réagit. Le bébé et la mère mènent le jeu l’un l’autre, et se répondent. Avait-on à ce point entendu comment la communication se faisait d’emblée, que c’était à ce point réciproque ? Camille, dans l’écran Zoom, témoigne, en tant que mère et en tant que chanteuse : « Là, c’est peut-être faire un peu plus entendre ce que je ressens en tant que mère, ce qu’on ressent quand on donne la vie, que l’enfant te réapprend tout. Te réapprend qu’en fait, tu es traversé par la vie. On n’est pas maître de nos vies. On ne peut que s’en émerveiller, ou transmettre ce qu’on ressent. Qui chante ce moment-là, est-ce l’enfant, est-ce que c’est moi ? Que chante le premier ? Qui apprend à l’autre à chanter ? Est-ce que c’est le chant du monde qui chante à travers nous ? C’est le lait qui chante à travers nous. C’est un flux qui nous traverse. C’est ce qui est beau, et ça grandit tous les jours. Voilà. Ça ne s’arrête jamais. »

Les jeux des enfants

La section de l’enfance contient des apprentissages, des histoires, des jeux de sons et de mots, on s’amuse à apprendre. Ce n’était pas prévu par Camille quand elle enregistrait ses bébés. C’est arrivé comme ça, comme la vie, en chansons. « Quand on est jeune maman, on ne peut pas imaginer ce que c’est que les enfants qui grandissent, mais j’avais comme l’intuition qu’il y aurait un après », confie Camille. « Je voulais faire un manifeste sur le son du lait, “the sound of milk”, ça m’est venu en anglais certainement pour la sonorité, peut-être comme une réminiscence du film The Sound of Music [La mélodie du bonheur], la comédie musicale. Je voulais faire un manifeste d’une femme qui est sa propre Mary Poppins, je ne suis pas une actrice à qui on a donné des chansons à chanter. Et le son est libre, il est libéré des diktats du studio, il est libéré de tout. »

Les contrastes de l’adolescence

On passe vraiment à autre chose quand démarre l’Adolescence. Camille redécouvre une musique pop adorable, qui rappelle les années 1970 et 1980. Il y a des phonèmes, notamment dans Le voyage, premier titre de la section, qui sonnent comme Si maman si, de France Gall, comme si les chansons étaient liées entre mères. Il y a une familiarité de fraîcheur de chant, une jeunesse de ton. C’est l’intention, comprend-on. « C’est de garder ce fil tendu de la tendresse, de l’émerveillement, pour raconter l’adolescence, que, souvent, on associe à la révolte, à la jungle, mais il y a un délice, il y a un passage, il y a un voyage, il y a un nouveau monde, il y a de nouveaux adultes, des personnes qui arrivent, les bouleversements », explique Camille.

Camille est ravie qu’on entende cette sorte de chanson populaire jusque dans sa voix. « C’est vrai que la pop de France Gall, de Michel Berger, je l’ai redécouverte, et je trouve ça très contemporain. Il y a de la joie, et je me retrouve là-dedans. Notamment une chanson qui s’appelle Résiste : tu résistes par la joie. Aujourd’hui, tu résistes par la simplicité, tu continues à t’émerveiller de choses très simples. Ce n’est pas sur des écrans. Ce n’est pas de l’emprise. » La chanson GTB (Génération tête baissée) dénonce l’omniprésence des écrans et appelle à la résistance : « Où est ton poing levé […] Relève la tête ». La plus belle ligne est totalement maternelle : « Comment savoir si t’as de beaux yeux tu sais. »

Ces mélodies enchanteresses de l’Adolescence, plus légères que l’air, portent des textes très contrastants. Si Bonjour est un hymne à l’ouverture vers l’autre, À nos enfants est la chanson de tous les dangers : « Vous / Faites ce que vous voulez / Bombardez Bafouillez / Salissez Blanchissez / Arrachez Extorquez / Tout ce que vous voulez / À nous / À nous / Mais pas à nos enfants / À nos enfants / À nos enfants / À nos enfants / Pas à eux / Pas à eux. » Le « À » sonne encore France Gall, mais la peur protectrice prend le dessus. Il y a aussi des textes plus qu’émouvants, universellement pertinents : qui aura un œil sec en écoutant Monsieur Garçon ? « J’aimerais tellement te garder dans mon giron / Au fond, mais je sais bien que ma mission / C’est d’te donner l’élan, l’envie, pour la traversée de la vie. »

Ce triptyque va nous accompagner, cela ne fait aucun doute. On en a besoin, dans nos propres familles. Camille est vraiment d’accord. « J’ai dit à mes enfants : “Vous voyez, ces disques, c’est pour partager. C’est vivant.” »

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