La dégringolade caquiste rebat les cartes de la campagne
Le naufrage de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans trois nouveaux sondages vient rebattre les cartes de la dernière ligne droite de la campagne, les chiffres ouvrant le jeu au Parti québécois (PQ) et aux conservateurs à une semaine du jour J.
Après avoir tenu le coup pendant une bonne partie de la campagne, les troupes de Christine Fréchette se retrouvent désormais en terrain périlleux. Après s’être retrouvée au cœur d’une controverse sur une possible ingérence américaine, la CAQ voit trois nouveaux sondages confirmer son effondrement dans les intentions de vote — au point où le parti pourrait ne faire élire aucun député lundi prochain.
Cette dégringolade donne désormais un nouvel élan au PQ dans sa quête de former un gouvernement majoritaire. Son chef, Paul St-Pierre Plamondon, n’a pas caché son intention de passer à l’attaque dans les circonscriptions chaudement disputées au cours des prochains jours.
« On va être très actifs dans des comtés [où] on pense qu’on a une bonne chance de gagner, mais [où] c’est peut-être serré », a indiqué lundi le chef péquiste, qui mettait le cap sur Mégantic, en Estrie, là où son parti livre une chaude lutte aux conservateurs.
Ce passage, au 33e jour de la campagne, n’était pas le fruit du hasard. L’Estrie, où le PQ a historiquement été plus faible, pourrait lui rapporter plusieurs sièges, dans des circonscriptions comme Richmond, Granby et même Brome-Missisquoi, où l’autobus bleu du chef a effectué des sauts de puce dimanche et lundi.
Le chef conservateur Éric Duhaime n’entend toutefois pas lui laisser le champ libre. Son parti, qui profite lui aussi de l’effondrement de la CAQ, recueille désormais entre 17 % et 18 % des intentions de vote.
Cette nouvelle dynamique l’amène à envisager des gains à l’extérieur de la grande région de Québec, sur laquelle il a largement misé depuis le début de la campagne. « C’est sûr qu’il commence à y avoir des circonscriptions à l’extérieur de Québec qui, pour nous, deviennent prenables », s’est réjoui M. Duhaime lundi matin dans Arthabaska-L’Érable, qu’il a qualifiée de « circonscription péquiste la plus menacée ».
« Il reste des indécis, il va falloir parler à ces gens-là. […] Notre stratégie fonctionne », a-t-il ajouté.
Selon les projections de Qc125, le PQ est compétitif dans 13 des 15 circonscriptions pivots de la province. Dans six d’entre elles, il se retrouve au coude-à-coude avec les troupes d’Éric Duhaime.
La CAQ rattrapée par sa propre fuite
Qu’est-ce qui explique la dégringolade de la CAQ ? Tout indique que l’affaire de la présumée ingérence américaine dans la campagne québécoise pourrait lui être retombée dessus, alors que les nouveaux sondages ont en partie été réalisés pendant que la controverse était au cœur de l’actualité.
Christine Fréchette a par ailleurs confirmé lundi qu’un membre de son équipe était à l’origine de la fuite médiatique. La cheffe caquiste a qualifié cette manœuvre de « mal avisée » et a assuré que « ça ne se reproduira plus ». La personne en question est toujours en poste et demeure impliquée dans la campagne caquiste.
Malgré la débandade de son parti, Mme Fréchette s’est dite optimiste d’obtenir « la confiance des Québécois » la semaine prochaine. « On garde le rythme », a-t-elle déclaré lundi, avant que sa caravane ne mette le cap vers Rouyn-Noranda.
Changement de ton chez QS
La chute des chiffres de la CAQ profite également au Parti libéral du Québec (PLQ), qui grimpe à 26 % dans les intentions de vote, selon le dernier sondage Léger. La formation de Charles Milliard serait donc en voie de reprendre le rôle d’opposition officielle au Salon bleu.
Le chef libéral refuse toutefois de revoir ses ambitions à la baisse, et continue de croire que son parti peut créer la surprise. « C’est l’occasion pour les Québécois de réaliser qu’il y a un seul véhicule de changement qui ne prône pas la séparation du Québec », a-t-il martelé lundi.
Malgré un écart d’environ 30 sièges avec le PQ dans les projections, M. Milliard assure qu’il est toujours prêt à « enfiler les habits de premier ministre » lundi prochain.
Un optimisme que ne semble plus partager la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal. Après avoir longtemps insisté sur l’ambition de son parti de former le gouvernement, elle a adopté lundi un ton davantage tourné vers le rôle d’opposition que pourrait jouer QS dans la prochaine Assemblée nationale.
« Ce qui est le plus important, c’est d’envoyer le maximum de députés de Québec solidaire à l’Assemblée nationale. Nous allons être les chiens de garde pour nos services publics », a-t-elle indiqué en mêlée de presse à Verdun.
Mme Ghazal a par ailleurs refusé de se prononcer sur son avenir à la tête de QS si la formation fait élire moins de 11 députés, soit le nombre qu’elle comptait à la dissolution du Parlement. « Avec des “si”, on peut aller loin. Moi, ce “si” n’existe pas dans mon idée », a-t-elle lâché.
Fin du vote par anticipation
Lundi marquait à la fois le début de la dernière semaine de campagne et la deuxième et dernière journée du vote par anticipation. Le taux de participation devrait donner aux partis des indications pour leurs derniers arrêts, alors que les chefs devront décider où défendre leurs acquis et où tenter de gagner du terrain.
Le chef libéral Charles Milliard passera la journée de mardi à Montréal, où le PLQ peut compter sur de solides appuis. La caravane péquiste, elle, doit s’arrêter en Outaouais. La formation souverainiste ne s’y est toujours pas arrêtée depuis le début de la campagne.
Lundi, PSPP a de nouveau appelé les électeurs à lui donner les clés d’un gouvernement majoritaire afin de lui permettre de mener à bien son programme. « Tant qu’à avoir un mandat de quatre ans avec autant de défis et de problèmes sociaux à régler, ça serait le fun d’avoir les outils pour le faire. »
Avec François Carabin, Marie-Michèle Sioui, Isabelle Porter et Sébastien Tanguay
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