CNN TürkElazığ’da öldürülen çiftin cinayetinde yeni gelişmePunch2027: Ekiti SDP senatorial candidate pledges better representationInquirerStudent wounded in stabbing at a Laoag schoolThe Jerusalem PostSide by Side: Helping people with disabilities connect sociallyBollywood HungamaShabana Azmi backs CJP’s Mumbai protest; says, “We don’t have to tolerate anything wrong”ZDF heuteEntdecken Sie das ZDF-NachrichtenstudioUOLApucarana e região têm 20 candidatos nas disputas para deputadoSky TG24Reggio Emilia, aggredì tre persone al distributore di benzina: muore suicida in carcereNU.nlIdentiteit van copiloot Flydubai bekend, viel piloot aan met bijlDaily MailBrooklyn Beckham and ab-flashing Nicola Peltz pack on the PDA during a night out in Paris after snubbing his mum Victoria's show as the designer gushes she feels 'so blessed' to have the rest of her family supporting herRai NewsFrancia, gli studenti non si fermano. A Marsiglia tentativo di ustione a una donna, arrestato 15enneFutura SciencesAnne-Sophie Pic cuisine pour Sophie Adenot dans l’espace : mais pourquoi le goût y change-t-il autant ?
The Daily Newsstand · Free, Always
Saturday, October 3, 2026

À la recherche du Québec : Le monstre de la rue de la Frontière

Translate

LA MALBAIE-POHÉNÉGAMOOK - Nous y voici. La dernière étape de notre voyage est arrivée. Et notre destination finale est un lieu où vit un monstre. Mais qu’est-ce qu’un monstre? Une projection de nos peurs? L’incarnation de nos angoisses? Un véritable être maléfique et cruel? Un personnage dont on se sert pour faire peur aux enfants? Une ombre malheureuse qui menace la paix? Ou une créature magique qui nous permet de rêver?

Le monstre est ce qu’on en fait. Sans doute. Surtout en campagne électorale.

Nous avons quitté La Malbaie de bon matin pour arriver tôt au traversier de Saint-Siméon. Après avoir stationné la voiture dans la file d’attente, nous avons gagné le restaurant vitré surplombant le fleuve pour y prendre notre déjeuner.

Comme à peu près partout depuis que nous sommes partis, une musique américaine assommante a accompagné notre repas. Un fait anecdotique, peut-être. Mais le constat triste tout de même que, dans ce décor si iconique du Québec, la trame sonore pourrait être la même que celle que nous aurions pu entendre dans un diner de l’Idaho ou du Dakota du Sud.

Le monstre culturel est bien vivant et vit dans l’indifférence des salles de restaurant.

Guy Leblanc, un ancien douanier, nous montre la frontière qu'il a passé sa vie à surveiller.

Guy Leblanc, un ancien douanier, nous montre la frontière qu'il a passé sa vie à surveiller.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La traversée entre Saint-Siméon et Rivière-du-Loup offre un moment enivrant sur le fleuve Saint-Laurent. L’immensité, qui excite tant les touristes français, nombreux sur le bateau, vous monte au nez, de sel et de couleurs d’eau.

Une fois débarqués au Bas-Saint-Laurent, nous avons pris à gauche vers les terres en direction du Témiscouata, une région de lacs, de forêts et de petites municipalités situées à la frontière du Nouveau-Brunswick et du Maine.

Nous sommes arrivés à l’Auberge de la Frontière, à Pohénégamook, installée entre la rue de la Frontière et le lac Pohénégamook, où habite précisément ce monstre légendaire, pour rencontrer quelqu’un qui l’a vu de ses yeux vu, le monstre.

Les premiers témoignages de son existence remontent à la fin du 19e siècle, au début de la colonisation de Saint-Éleuthère. Ils racontent qu’une créature étrange habite le lac, et on la décrit comme ayant une allure préhistorique et hideuse.

Guy Leblanc brandit une photo d’un esturgeon géant.

Guy Leblanc brandit une photo d’un esturgeon géant, qui reste, selon lui, l’hypothèse la plus crédible de son aventure.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quand tu ne sais pas c’est quoi, ton cerveau trouve ça très long. Ça a peut-être duré 30 secondes, mais ce furent les plus longues 30 secondes de ma vie, affirme Guy Leblanc en souriant. Il a vu le monstre en 1990, un soir, sur son ponton. Son récit est crédible. Sans farces. Il s'agirait, sans doute, explique-t-il, d’un esturgeon géant. Mais qui sait?

Il ajoute avec malice : Tu sais comment il s’appelle, toi, le monstre?

On a baptisé le monstre Ponik, mais apparemment, il aurait changé de nom récemment.

Y s'appelle-tu Donald, peut-être?

Nous rions tous les deux à cette blague de circonstance. L’ancien maire de Pohénégamook a le sens de l’humour. Guy Leblanc a passé sa vie sur la rue de la Frontière, au poste de douane de la petite ville, comme agent des services frontaliers. Pendant toute ma carrière, j’ai eu des relations très cordiales avec mes confrères américains. Comme nous n’étions que deux agents du côté canadien, ils nous invitaient même à leur fête de Noël, raconte monsieur Leblanc, qui a pris sa retraite il y a à peine trois ans.

Le petit poste de douane est désormais fermé. Il servait surtout à dédouaner le bois d’œuvre. Mais avec la déconfiture de l’industrie forestière, le bureau de Pohénégamook devenait moins utile. Si les douanes sont fermées, les voisins du poste désuet ne vivent pas moins littéralement sur la ligne qui divise le Canada et les États-Unis.

Guillaume Leblanc devant sa table de cuisine qui est exactement sur la ligne de la frontière.

Guillaume Leblanc devant sa table de cuisine qui est exactement sur la ligne de la frontière.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Je sors la margarine du frigo aux États-Unis et je me fais une toast au Canada, explique le fils de Guy, Guillaume, dans la petite maison qu’il habite sur cette rue tranquille. Et ce n’est ni une métaphore ni de l’enflure. Quand le CN a fait construire le chemin de fer qui longe la rue de la Frontière, ils ont fait reculer les maisons des habitants. Si bien que la moitié de la cuisine de Guillaume s’est retrouvée aux États-Unis.

On a toujours fait beaucoup de blagues avec ça, raconte Guy, toujours souriant, grippette, même. On disait que les toilettes étaient toujours du côté des États-Unis.

Guillaume rit moins de sa maison binationale depuis l’affaire de la bibliothèque de Stanstead en Estrie. La bibliothèque Haskell est construite à cheval sur la frontière canado-américaine. Les habitants du Vermont comme ceux du Québec pouvaient y lire ou y emprunter des livres librement depuis 1904! Or, l’an dernier, les autorités américaines ont mis fin à cette tolérance, invoquant des raisons de sécurité.

Sur la maison de Guillaume, il y a une plaque qui indique là où passe exactement la ligne de démarcation entre les deux pays. La maison appartenait à son grand-père et aurait besoin d’être rafraîchie. Mais j’attends que Trump ne soit plus au pouvoir pour faire des travaux. Je ne vais pas investir dans la maison s'il y a toujours un risque à Washington qu’on décide de nous enlever ce droit acquis. Tout est imprévisible. Il prend des décisions irascibles depuis le début de son mandat. C’est spécial.

On peut comprendre son angoisse. Cette menace qui a plané sur toute la campagne électorale québécoise plane littéralement sur sa cuisine.

Rencontre entre Guillaume Leblanc et Richard Boulet sur sa moto.

Rencontre entre Guillaume Leblanc et Richard Boulet sur sa moto.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Alors que nous bavardons sur la rue de la Frontière, deux motocyclistes américains s’arrêtent à notre hauteur. Ils cherchent le point le plus au nord des États-Unis, à l’exception de l’Alaska, et il se trouve juste au bout de la rue, dans un parc où la moitié du gazon est canadienne et l’autre américaine.

L’un d'eux est bibliothécaire dans le Maine et a suivi avec attention l’affaire de Stanstead. Il est né aux États-Unis, mais ses parents étaient des Beaucerons partis travailler aux États-Unis. Dans un français très correct, Richard Boulet nous dit que lui aussi craint un monstre qui pourrait se manifester particulièrement aux élections de mi-mandat en novembre prochain.

Ça m’inquiète beaucoup. J’aimerais que les démocrates prennent le contrôle du Congrès, mais j’ai peur.

Peur de quoi? L’Américain se contente de répondre : Je le déteste, Trump, avant de remettre son casque de moto. Il y a des monstres moins gentils que d’autres.

La nuit et le brouillard tombent sur l’église de Pohénégamook.

La nuit et le brouillard tombent sur l’église de Pohénégamook.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ivanoh Demers et moi avons quitté Pohénégamook, qui était, ce matin-là, enveloppé de brouillard. En près de 40 jours à la recherche du Québec, nous avons trouvé beaucoup d’ombres menaçantes sur le chemin. Des villages dévitalisés, des gens qui n’ont plus d’endroits où vivre dignement, du Témiscamingue à Montréal, en passant par Baie-Saint-Paul.

Il y a quatre ans, nous avions aussi parcouru la province. Nous avions vu des gens dans la rue, mais là, ça n’a rien à voir. Nous avons vu sur la route beaucoup de beauté, mais aussi beaucoup de laideur, comme s’il était accessoire chez nous de faire attention aux paysages. Nous avons rencontré des hommes hantés par le désespoir, des cultivateurs à bout de souffle et des fils d’immigrants enthousiastes et philosophes.

Mis à part quelques rares exceptions, nous n’avons rencontré aucun enthousiasme pour nos élections.

Les monstres sont ce qu’on en fait. Sans doute. Surtout en campagne électorale.

PS : Une telle aventure n’aurait pas été possible sans le travail de notre équipe. Un salut particulier à Amélie Fortin, qui nous a fourni un appui inestimable à la recherche, et Bernard Leduc, chef de pupitre, qui a l’art de bonifier les textes comme pas un. On se reparle mardi matin, où je vous raconterai le rassemblement de la CAQ à Trois-Rivières, le soir des élections.

À lire aussi :

View the original on Radio-Canada →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.