La crise climatique risque de creuser les inégalités au Québec, prévient un nouveau regroupement
En pleine crise du coût de la vie, les changements climatiques continueront d’accélérer les inégalités sociales au sein de la société québécoise et de nuire aux ménages les plus vulnérables, prévient l’Alliance justice et climat. Le nouveau regroupement entend proposer des actions concrètes au nouveau gouvernement et aux villes pour lutter contre les conséquences environnementales qui toucheront directement la santé, la qualité de vie et la condition socioéconomique de nombreux Québécois.
« L’adaptation aux changements climatiques, c’est un défi collectif, donc on devrait avoir une réponse collective. On devrait miser sur des mesures qui bénéficient à tout le monde, et avoir une répartition juste des coûts et des bénéfices [pour la population] », soutient en entrevue au Devoir Florence Desrochers, représentante de Vivre en ville au sein de l’Alliance. L’organisme agit au sein du regroupement aux côtés de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement, la Coalition montréalaise des Tables de quartier, l’Observatoire québécois des inégalités et l’Ordre des urbanistes du Québec.
Le regroupement redoute d’autant plus les conséquences des changements climatiques sur les Québécois les plus vulnérables dans un contexte socioéconomique déjà précaire, marqué par l’augmentation du coût de la vie et la crise de l’habitation.
« Notre volonté numéro un, c’est vraiment de réfléchir et de participer au débat public », résume la chercheuse. L’Alliance compte ainsi ouvrir un dialogue avec le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon pour qu’il intègre la protection des populations plus vulnérables au sein de ses politiques d’adaptation climatique. Elle entend aussi proposer des bonifications aux projets de loi déposés par Québec et à son Plan pour une économie verte, et plus largement mobiliser la société civile sur la question des inégalités liées au climat.
Crise sociale à l’horizon
Au rang des Québécois qui subissent de plein fouet les répercussions des changements climatiques, la directrice générale de l’Observatoire québécois des inégalités, Nathalie Guay, cite les personnes en situation d’itinérance, qui sont « directement exposées aux événements climatiques ». « Évidemment, il y a des chaleurs extrêmes en été, mais il y a aussi nos hivers qui ont changé. On se retrouve par exemple avec des pluies en hiver, suivies par un froid intense [...] Il y a vraiment un besoin d’identifier des solutions d’adaptation pour ces personnes-là. »
Florence Desrochers évoque également l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, dont les inondations qui ont causé d’importants dommages matériels et financiers ces dernières années pour plusieurs citoyens du Québec. L’augmentation de ces phénomènes, rappelle-t-elle, se traduit par une augmentation des primes d’assurance qui précarise les particuliers.
En matière de sécurité alimentaire, la chercheuse pointe par ailleurs vers un rapport du GIEC publié en 2019 qui confirmait que les changements climatiques allaient avoir des conséquences directes sur la chaîne alimentaire à l’échelle de la planète, en plus de provoquer une hausse encore plus élevée du coût des aliments.
L’Alliance justice et climat réfère à un rapport publié en 2022 par l’Institut climatique du Canada pour alerter sur l’aggravation du climat social à venir. Dans un scénario où les émissions de gaz à effet de serre (GES) demeurent à un niveau élevé, les chercheurs prévoyaient que la perte de revenus engendrée par la crise climatique serait de 23 % pour les ménages les moins nantis d’ici la fin du XXIe siècle.
« Si nos politiques économiques, environnementales et sociales n’œuvrent pas à mitiger cette menace dès maintenant, nous devrons assumer les conséquences de plus en plus critiques d’une crise sociale qui ne cessera de prendre de l’ampleur », soutient le regroupement par voie de communiqué.
« Un élan au Québec »
L’association entend amener le gouvernement du Québec à élargir le champ d’action de sa politique climatique et de son Plan pour une économie verte, en priorisant la santé et le bien-être des personnes les plus vulnérables face aux changements climatiques et en renforçant la résilience climatique de certaines communautés.
« Il y a vraiment un élan au Québec, parce qu’il y a plusieurs planifications municipales et régionales d’adaptation aux changements climatiques qui sont en cours », explique Florence Desrochers.
« On aimerait bien que l’accès à un logement sain et abordable soit une des priorités en matière d’action climatique […] Parce qu’avoir un logement, finalement, c’est la base quand on cherche à protéger tout le monde des conséquences des changements climatiques », explique la représentante de Vivre en ville. En ce sens, elle estime que tout effort visant à rénover le parc immobilier au nom de la transition énergétique doit se faire en tenant compte des répercussions sur la qualité de vie et le loyer des ménages vulnérables.
Le regroupement souhaite également que le gouvernement investisse davantage dans les « infrastructures sociales », qui comprennent les parcs, les bibliothèques et les espaces publics accessibles à toute la population. « Quand il y a un événement ou une crise, lié aux changements climatiques ou non, qui frappe nos communautés, le déterminant numéro un, c’est les liens sociaux qui font en sorte qu’on est capables de se relever de ça, puis de faire en sorte qu’on n’échappe pas les personnes les plus vulnérables », résume Mme Desrochers.
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