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Saturday, September 12, 2026

Combien vaut une promesse électorale?

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En campagne électorale comme dans un bilan financier, les gros chiffres attirent naturellement l’attention. Les promesses les plus susceptibles de plaire aux électeurs sont aussi celles qui ont une incidence directe sur leur portefeuille. C’est du moins ce que les sondages démontrent, une information que les stratèges politiques ont fort bien comprise.

Mille dollars déposés dans un régime d’épargne-études (REEE), une taxe éliminée sur certains achats ou un crédit d’impôt intéressant ne devraient toutefois pas être comparés en se limitant aux montants annoncés. Un premier acheteur pourrait, par exemple, découvrir qu’un parti lui promet jusqu’à 7000 $, un autre jusqu’à 10 000 $ et un troisième jusqu’à 45 000 $. Mais baser son vote sur cette seule différence reviendrait presque à trancher entre deux offres d’emploi en optant pour celle qui offre une prime à l’embauche de 5000 $, sans prendre la peine de comparer les échelles salariales, les avantages sociaux et les perspectives de carrière. Une telle approche ne serait certainement pas approuvée par la planificatrice financière en moi !

Pour y voir plus clair, voici quelques réflexes simples à mettre en action pour mieux analyser les promesses avec lesquelles les partis tenteront de vous séduire jusqu’au 5 octobre.

Comprendre ce qu’on vous offre réellement

Tous les dollars annoncés dans une mesure ne se retrouveront pas automatiquement dans vos poches. Une déduction fiscale de 5000 $ réduit votre revenu imposable, ce qui signifie que l’économie réelle dépendra notamment de votre taux d’imposition. Un crédit d’impôt non remboursable réduit pour sa part l’impôt exigible au moment de la déclaration de revenus, alors qu’un crédit remboursable peut être versé même si vous n’avez pas d’impôts à payer.

Les subventions et les réductions de tarifs requièrent d’effectuer une dépense ou d’utiliser un service pour en profiter. Afin de naviguer dans cette tempête de chiffres, il importe de prendre un peu de recul pour comparer les mesures d’une façon adéquate, afin de déterminer plus précisément quelles seront les sommes supplémentaires qui se retrouveraient réellement dans votre compte bancaire.

Le fameux pouvoir d’achat

Si une mesure annoncée prévoit le versement d’un montant annuel de soutien de l’État de 1000 $, il faut prendre acte du fait que celui-ci ne représentera finalement que 83 $ par mois. S’il s’agit d’une somme appréciable pour plusieurs contribuables, celle-ci n’est probablement pas suffisante pour transformer substantiellement le niveau de vie d’un ménage.

La période temporelle peut aussi influencer la valeur d’une mesure. C’est le cas, par exemple, de la proposition de verser 1000 $ dans le REEE de chaque enfant né au Québec à compter de l’automne 2027. Ce type d’aide n’améliorera pas le pouvoir d’achat des parents aujourd’hui. Ce capital investi pendant 18 ans, selon un taux de rendement hypothétique de 5 %, pourrait toutefois valoir environ 2400 $ au moment où cet enfant fera ses études. Une somme destinée à la consommation immédiate et une autre destinée à l’épargne ne représentent pas exactement la même valeur pour tous les électeurs.

Voir plus loin que le montant annoncé

« Jusqu’à ». « Pouvant atteindre ». Plusieurs mesures annoncées en cours de campagne frappent l’imaginaire à cause de leurs montants importants. Toutefois, ces quelques mots placés devant le chiffre peuvent influencer la perception.

Les promesses entourant l’accès à la propriété en offrent une illustration particulièrement éloquente. La Coalition avenir Québec (CAQ) propose un crédit d’impôt remboursable pouvant atteindre 7000 $. Le Parti libéral du Québec (PLQ) mise sur un remboursement partiel de TVQ pouvant atteindre 10 000 $. Le Parti québécois (PQ) avance un remboursement de TVQ pouvant atteindre 45 000 $. Québec solidaire (QS) propose pour sa part un prêt pouvant atteindre 50 000 $ pour constituer la mise de fonds d’un premier acheteur.

À première vue, 45 000 $ ou 50 000 $ semblent plus généreux que 10 000 $ ou 7000 $. Mais les mesures ne s’appliquent ni aux mêmes propriétés ni nécessairement aux mêmes acheteurs. Selon sa situation personnelle et le type de propriété convoitée, un acheteur pourrait être plus avantagé par la promesse affichant le plus petit montant.

Les mesures passent après le plan financier

Lorsqu’une vente est annoncée, même le meilleur rabais peut vous appauvrir s’il provoque une dépense inutile ou non planifiée. La fiscalité doit être intégrée dans l’analyse d’une stratégie financière, mais elle ne doit pas nécessairement en être le principal fondement.

De la même manière, les promesses électorales ne devraient pas vous faire dévier de votre plan financier. Le Parti québécois propose, par exemple, d’abolir la TVQ sur les biens usagés. Pour une personne qui prévoyait déjà de remplacer sa voiture par un véhicule d’occasion, l’économie peut être substantielle. Mais l’abolition de cette taxe ne justifie pas de remplacer sa voiture plus rapidement si le budget ne le permet pas.

Même raisonnement pour l’habitation. Un remboursement fiscal de plusieurs milliers de dollars ne devrait pas vous inciter à acheter une construction neuve si une propriété existante moins chère répond mieux à vos besoins et respecte davantage votre capacité financière réelle.

Les promesses électorales qui touchent les finances personnelles méritent notre attention. Mais avant de laisser quelques milliers de dollars influencer notre jugement politique, encore faut-il savoir ce qu’ils représentent réellement. Et même une fois ce calcul effectué, la question se pose : devraient-ils déterminer notre vote ?

En planification financière, une décision est rarement prise en fonction de son seul avantage immédiat, mais plutôt en en considérant les effets à long terme, tout comme les objectifs qu’elle pourrait nous aider à atteindre.

Pourquoi notre bulletin de vote échapperait-il à cette logique ?

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