"Je m’appelle Alain, je suis un homme et j’ai eu un cancer du sein"

Un an plus tôt, sa sœur, son aînée, a reçu un diagnostic de cancer du sein. Les voilà compagnons de crabe, compagnons de poitrine… Chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie : Alain fait désormais partie de cette minorité masculine qui suscite l’étonnement, cette petite centaine de cas par an, contre plus de 11.700 cancers du sein, actuellement, chez les femmes.
Ah bon, ça existe ?
Il décrit une différence de curiosité entre les genres : "Quand je l’annonçais autour de moi, le regard d’une femme était souvent très compatissant et elle avait beaucoup d’empathie. Dans le regard d’un homme, des amis ou même des collègues, souvent, derrière l’empathie, il y a très vite de la curiosité. C’est agaçant parce qu’en réalité, on a vraiment envie d’avoir la même empathie que l’on voit chez les femmes. Je dirais même que parfois, sur une personne, il y a un rictus en disant 'Ah bon ? Ça existe ? C’est étonnant'. Et donc, il y a des moments de grande solitude."
Puisque c’est rare, et que le sein est spontanément associé à la femme, les hommes ne reconnaissent pas toujours les signes précoces du cancer du sein. La Fondation contre le Cancer relève un manque d’information spécifique, et le fait que la plupart des parcours de soins sont cette fois pensés pour les femmes, "ce qui peut renforcer un sentiment d’exclusion des hommes".
Un tabou social entoure la maladie, considérée erronément comme une maladie "de femme". Alors qu’en réalité, octobre est rose pour tout le monde.
De son histoire, Alain Vander Poelen a fait un livre, "Double rebond". Il y raconte son trajet de reconstruction, non seulement du corps, mais aussi du mental. Et cette différence lorsqu’on est un homme atteint du cancer du sein.
"Beaucoup de femmes ont écrit là-dessus, sont présentes dans des interviews, il y a Think Pink, dans lesquelles elles ont beaucoup la parole, mais pas les hommes. Et je trouvais que là, même si la maladie est rare, ça vaut d’autant plus la peine de le partager, de l’expliquer."
Il y a 2 ans, Alain a rencontré la scénariste du téléfilm franco-belge "Au sein des autres", qui sera diffusé ce 12 octobre sur la Une et Auvio. Elle a souhaité le rencontrer pour avoir un regard masculin sur son script. Aujourd’hui, Alain se réjouit de la diffusion du long-métrage, parce que, dit-il, "ça va ouvrir les yeux de pas mal de personnes, ouvrir les consciences, et aussi, sans doute, ouvrir les cœurs, parce que moi aussi, en tant que personne, j’avais envie de montrer les émotions à travers lesquelles je passais."
"Au sein des autres" confronte l’histoire d’une femme et d’un homme qui ont tous les deux un cancer du sein. Sans doute, Alain y retrouvera, un peu du sien, un peu de son histoire. Mais chaque histoire est unique.
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