Iestyn Davies et Bernard Labadie, référentiels
Les Violons du Roy ouvraient leur saison 2026-2027 en accueillant le contre-ténor britannique Iestyn Davies pour une soirée consacrée à Händel dirigée par Bernard Labadie. On ne pouvait rêver meilleure entrée en matière, dans laquelle la maîtrise absolue était au service de la plus fine et sensible expression.
Les spots publicitaires télévisés pour le concert réunissant Iestyn Davies et Bernard Labadie n’y ont pas trop fait : l’assistance à la Maison symphonique restait en deçà de ce que pouvait légitimement espérer un ensemble d’élite qui réussissait à présenter aux mélomanes un chanteur que l’on peu raisonnablement qualifier de meilleur contre-ténor du monde.
Les Violons du Roy, qui avaient proposé ce concert vendredi à Québec, avaient de plus évité, à Montréal, la concurrence directe, samedi, avec l’opéra Turandot et, dimanche, les problèmes d’accès à la Place des Arts. Rien n’y a fait.
Les présents ont évidemment eu raison, puisque Iestyn Davis a été fidèle à sa réputation, déployant une voix très égale et un timbre rond et chaud porté par un souffle long. Le seul moment un peu décevant a été l’air d’entrée « Presti omai l’Egizia terra » de Giulio Cesare, un peu tendre pour un air de victoire. Mais il s’agissait d’un parfait exercice pour travailler la tonicité et mettre tous les mécanismes en place. Le chanteur a immédiatement prouvé ce que cette maîtrise pouvait donner dans le « Dove sei, amato bene ? » de Rodelinda, un des deux moments les plus sublimes du concert avec le « Cara sposa » de Rinaldo.
Art vocal
En assistant, samedi, à l’opéra Turandot, nous nous demandions pendant les deux premiers actes pourquoi il y avait de plus en plus de chanteurs sur le marché et de moins en moins de gens qui savent chanter. « Savoir chanter », pas au sens d’aligner des notes ou de bonimenter des syllabes, mais de soutenir des lignes, en galbant des phrases tout en dosant des nuances intelligibles et en maîtrisant des couleurs. C’est cela l’art vocal, l’art des grands chanteurs et le prix de la présence de Iestyn Davies, dispensant une leçon idéale dans « The Raptur’d Soul » de Theodora.
Ce qui fait de Iestyn Davies un chanteur exceptionnel c’est d’ajouter à tout cela la qualité des attaques, l’écoute des instruments dans lesquels il se fond (« Dove sei, amato bene ? »). Évidement, le chanteur est aussi à l’aise dans les vocalises, dont un éblouissant « Vivi tiranno » de Rodelinda en fin de concert.
Bernard Labadie et Les Violons du Roy sont aux petits oignons pour cette voix et démontrent une palette tout aussi large dans les passages orchestraux. On pense notamment aux textures instrumentales des diverses entrées d’Alcina ou la cohésion et précision des accents dans la Matelotte de Rodrigo, une suite instrumentale où Pascale Giguère se distingue dans la Passacaille.
On aimerait que l’orchestre puisse avoir un jour le temps d’optimiser son positionnement sur scène à Montréal. Peut-être qu’un placement des hautbois sur le côté les aurait mis davantage en relief. Les Violons du Roy gagneraient aussi à utiliser le nouveau positionnement de canopée de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM)et non pas l’ancien, plus haut, ce qui entraîne une légère dispersion sonore.
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