«Whalefall»: claustrophobes et incrédules s’abstenir
Au large de la côte californienne, Jay Gardiner (dont les initiales sont celles de Jonas et de Geppetto, cela ne peut être un hasard) est avalé par un cachalot alors qu’il sonde les fonds marins dans le but de retrouver la dépouille de son père. Pour se sortir des entrailles du monstre, il n’a qu’une heure d’oxygène et le souvenir des leçons que lui a transmises (à la très dure) son paternel.
Basé sur le roman éponyme de l’auteur Daniel Kraus, lequel a coécrit le scénario avec le réalisateur Brian Duffield (No One Will Save You/Traquée), Whalefall (Au fond de la baleine en V.F.) exige tout d’abord du spectateur qu’il mette tout soupçon d’incrédulité au placard. Il faut y croire. Et de prime abord, ce n’est pas évident.
Bien vivant et à peu près indemne, Jay va faire des pieds, des mains et des palmes pour émerger de cet enfer gluant fait de chairs, de sucs gastriques, d’autres créatures phagocytées (mortes, pas fortes ou encore bien portantes) et de bien peu d’espace. Après les sceptiques, ce sont aux claustrophobes de s’abstenir.
On ne peut qu’imaginer le calvaire vécu par Austin Abrams (Resident Evil, Weapons/Heure de disparition), qui incarne Jay et est présent dans chaque scène. Il est solide du début à la fin dans ce drame survivaliste qui parle de deuil et de culpabilité, mais qui est plus dans la lignée de Jaws (Les dents de la mer) de Steven Spielberg et de 127 Hours (127 heures) de Danny Boyle que dans le sillage de Pinocchio (ou de la Bible). Même si, du conte de Collodi, il retient la relation tourmentée entre un homme et son fils.
L’homme, le père, c’est Mitt Gardiner. Peau tatouée et tannée par le soleil et par le vent, il est dur, exigeant. Il écoute peu ou pas (après tout, il a raison). Sa vie, c’est l’océan, le large, les cétacés.
Mon père, ce héros ?
Pour l’incarner, Josh Brolin donne tout. Mais sur une seule note. Et ce n’est pas sa faute : ainsi le veut le scénario. Apparaissant par l’intermédiaire de retours en arrière, Mitt se trouve ainsi tour à tour face à Jay bébé, enfant, adolescent, jeune adulte. Mais si le fils change, le père reste le même, avec ses obsessions et sa rigidité. Du coup, les échanges entre les deux acteurs sont répétitifs et tirent fort, très fort, trop fort, sur la corde du larmoiement.
Heureusement, l’originalité et l’intérêt du long métrage se trouvent ailleurs : sous l’eau et dans le ventre du cachalot.
D’abord, la photographie d’Aaron Morton et la conception sonore de Chris Terhune et James Miller sont ahurissantes : le cœur du cétacé (en fait, celui de Josh Brolin, enregistré au préalable) pulse et rythme ce monde intérieur mou et visqueux traversé de borborygmes et de respirations. Dommage que la musique de Joseph Trapanese s’impose parfois trop sur le silence abyssal.
Ensuite, le jeu très physique d’Austin Abrams — masque de plongée sur les yeux, embout dans la bouche, bouteille d’oxygène sur le dos, combinaison partout ailleurs — parvient à transmettre la terreur de son personnage, aidé en cela par le travail du directeur artistique, Ramsey Avery, qui a créé un décor plus vrai que nature (enfin, pour qui n’a jamais visité les entrailles d’un cachalot).
À cette trame somme toute prévisible se greffent quelques moments qui en mettent plein la vue (dont un sauvetage… mastodontesque) et un message environnemental un peu trop plaqué. Quant à la finale, si elle ne coupe pas le souffle, le spectateur, lui, pourra (enfin) respirer.
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