Référendum en Alberta : les évêques sortent de leur réserve

À moins de deux semaines du référendum du 19 octobre en Alberta, les cinq évêques catholiques de la province ont publié une déclaration commune dans laquelle ils exhortent les fidèles à réfléchir aux conséquences de leur vote sur les personnes vulnérables. Les trois évêques anglicans ont tenu des propos similaires.
Dans leur lettre ouverte du 1er octobre, les autorités catholiques demandent aux diocésains de prendre en compte les répercussions potentielles des propositions soumises au vote sur les enfants, les personnes en situation de pauvreté, les malades et les personnes isolées.
La valeur d’une personne ne dépend pas de sa nationalité, de ses revenus, de ses capacités ou de sa contribution à la société.
Le 19 octobre, les Albertains iront aux urnes pour se prononcer sur 10 questions référendaires, parmi lesquelles des questions constitutionnelles et des sujets touchant à l’immigration.

La question de l'immigration est également au cœur du référendum du 19 octobre en Alberta. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Simon Mayer
À travers les questions qui ne sont pas d’ordre constitutionnel, le gouvernement provincial demande aux électeurs de lui accorder un mandat clair qui lui permettrait d’exercer un contrôle accru sur l’immigration et d’instaurer, pour les immigrants temporaires, des conditions d‘accès aux services sociaux tels que la santé et l’éducation.
La première ministre Danielle Smith exhorte la population à voter oui
à ces questions, faisant valoir que lorsqu’on ne contient pas l’immigration dans certaines limites, elle fait peser un fardeau écrasant sur les services publics.
Selon la province, plus de 400 000 immigrants temporaires se sont installés en Alberta au cours des trois dernières années.
Au nom de la dignité humaine et de la responsabilité
Bien que les évêques catholiques reconnaissent que ces préoccupations soulevées par Danielle Smith sont légitimes, ils apportent une précision : Elles doivent [toutefois] être traitées de manière à respecter la dignité humaine et à éviter que n’importe quel groupe de la population ne devienne l’objet de ressentiment ou de reproches.
Les cinq représentants catholiques ont ajouté dans leur déclaration commune : Les décisions concernant les soins de santé, l'éducation et les ressources publiques devraient favoriser un accès équitable et une gestion responsable, en tenant dûment compte des générations futures.
Les trois évêques anglicans de la province ont également publié une déclaration publique sur le référendum qui vont dans le sens des préoccupations de leurs homologues catholiques.
Jésus indique clairement que notre prochain ne se limite pas à ceux que nous considérons comme faisant véritablement partie de notre communauté
, ont-ils écrit dans une lettre qu’ils ont adressée le 29 septembre aux fidèles de leur communauté.
Nous avons la responsabilité de soutenir et de protéger la vie, la dignité et la valeur de chaque personne que nous rencontrons, quelle que soit son identité ou le statut que nous lui attribuons.
Les représentants anglicans précisent qu’ils ne s’immiscent généralement pas dans les questions politiques, mais que les questions posées par le référendum reviennent, en fin de compte, à choisir un type de société pour la population albertaine.
Ni la déclaration des évêques catholiques ni celle des autorités anglicanes ne donne cependant des consignes de vote à leurs membres.
La province réitère ses préoccupations
Invité à réagir à ces déclarations d’autorités religieuses, le bureau de la première ministre Danielle Smith, par la voix de son attaché de presse Sam Blackett, a écrit dans un communiqué que le gouvernement attendait avec impatience de connaître la volonté qu’exprimeront les électeurs le 19 octobre.
Les questions relatives à l'immigration portent simplement sur les niveaux actuels d'immigration au Canada, qui sont insoutenables et exercent une pression réelle sur des services publics essentiels.
Sam Blackett a ajouté que ces questions reflétaient également les commentaires recueillis auprès des Albertains lors d’une série de réunions publiques organisées l’été dernier.

Les rencontres publiques organisées par le groupe de travail Alberta Next ont été l'occasion pour certains Albertains de fustiger l'immigration. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Dans ces rencontres organisées à travers la province par le groupe de travail Alberta Next, mis sur pied à cet effet, la question de l’immigration a fait l’objet de vifs débats au sein de la population.
Certains Albertains avaient même, sous les vivats du public, exprimé l’idée que la province puisse se doter de pouvoirs en immigration qui lui permettraient de se lancer dans des expulsions massives d’immigrants, à l’image de ce fait l’administration Trump aux États-Unis.
Bruce McAllister, responsable au sein du bureau de Danielle Smith, a invoqué récemment les valeurs religieuses pour dénoncer ce qu’il qualifie de croissance démographique ingérable au Canada.
Pourquoi importer des ressortissants de pays dont les systèmes ont échoué alors que notre héritage et nos principes judéo-chrétiens ont si bien fonctionné ici?
, a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
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