À Rimouski, un débat à saveur électorale sur la «crise de la pêche» au Québec
Lundi midi, des candidats de quatre partis aux élections québécoises dans la circonscription de Rimouski ont débattu sur le thème des pêches et des produits de la mer, attablés au restaurant Chez St-Pierre, de Colombe St-Pierre.
Et tout le monde s’est entendu sur la nécessité de voir le Québec manger les poissons et les crustacés d’ici, plutôt que des produits qu’on importe de l’autre bout du monde.
Mais comment concrétiser ces bonnes intentions ? « Si on veut tendre vers plus d’autonomie alimentaire, c’est sûr que cette idée-là a besoin d’une poussée politique », a affirmé Mme St-Pierre, la porte-parole du collectif Mange ton Saint-Laurent, qui organisait le débat.
Il existe au Québec une « crise de la pêche », a plusieurs fois exprimé Yohann St-Pierre, le candidat du Parti québécois (PQ) dans ce coin du Bas-Saint-Laurent. Pour y remédier, il faut notamment diversifier les espèces pêchées, a-t-il soutenu.
Trop concentrer nos efforts sur une ou deux espèces est non seulement néfaste pour l’environnement, a dit le médecin, « mais aussi, ça nous met beaucoup plus à risque aussi d’un choc économique ».
Le homard et le crabe des neiges représentent plus de 90 % de la valeur des débarquements québécois. L’immense majorité de ces crustacés est exportée, surtout vers les États-Unis.
Davantage de pêche locale dans les assiettes du secteur public
Quant aux écosystèmes du Saint-Laurent, ils vacillent, malmenés par les changements climatiques et des siècles d’exploitation intensive. L’exemple de la crevette, dont les populations se sont effondrées, montre la fragilité des populations animales.
Viriginie Chevalier-Archambault, la candidate de Québec solidaire dans Rimouski, a proposé de davantage recourir aux achats institutionnels pour soutenir les pêcheurs québécois.
Grâce aux grossistes alimentaires publics promis par son parti, il sera plus facile pour les écoles, les hôpitaux et les garderies d’y avoir accès à un prix abordable, selon elle.
« Je travaille dans un CPE, et môsus, on ne l’a pas, le budget » pour servir des produits de la mer locaux aux enfants toutes les semaines, a-t-elle dit.
M. St-Pierre a aussi déclaré que le PQ favoriserait le recours au poisson québécois dans les institutions publiques, sans donner de cible précise. On pourrait servir des croquettes de sébaste — qui abonde dans le Saint-Laurent —, a-t-il évoqué.
Enjeu de compétences en deux cuissons
Pour sa part, la candidate de la Coalition avenir Québec, Julia Brillant-Ruest, a rappelé que le fédéral avait repris unilatéralement ses pouvoirs en matière d’administration des pêches commerciales en eau marine en 1983. « Pourquoi ne pas aller rechercher ça ? » a-t-elle demandé.
La reprise en main de cette compétence par le Québec permettrait de stimuler la consommation locale, selon elle. Et cela, « sans pour autant se séparer » du Canada.
Les représentants du PQ et de QS ont aussi fait du pouce sur l’enjeu de l’éclatement des compétences gouvernementales ayant trait au poisson — mais dans leur cas, pour faire valoir le projet d’un Québec souverain.
Ce partage de compétences, qui scinde l’exploitation marine (au fédéral) de la transformation et de la consommation (au provincial), est carrément « l’éléphant de mer dans la pièce », a affirmé Yohann St-Pierre.
Et cette gestion bicéphale complique beaucoup l’élaboration d’une politique de l’alimentation marine unifiée, a reconnu François L’Italien, coanimateur du débat et directeur adjoint de l’Institut de recherche en économie contemporaine.
Le Parti libéral et le Parti conservateur n’avaient pas délégué de candidat à l’événement.
Gilles Gagné, le candidat du parti Climat Québec, prenait part au débat convivial, organisé autour de plats de la mer. Il a appelé à mettre un terme au régime « d’extraction » qui appauvrit le fleuve depuis belle lurette.
M. Gagné a aussi proposé au prochain gouvernement d’élaborer des lois et des règlements qui favorisent l’éclosion d’une filière gourmande pour les produits de la mer, portée par ses artisans, comme il en existe pour le fromage, la bière et le cidre.
Transformer sur place les produits locaux
Les candidats ont également insisté sur la nécessité de soutenir la deuxième et troisième transformation des produits de la mer.
Et ils ont parlé d’améliorer les réseaux logistiques de distribution, pour que les gens de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord puissent manger des produits de la mer pêchés localement qui ne passent pas par un entrepôt de Boucherville.
« À un moment donné, il faut arrêter de surfer sur le fait que ça va se passer tout seul », a cependant averti la cheffe Colombe St-Pierre, qui a fermé cette année ses deux restaurants, notamment parce qu’il est très difficile pour un établissement axé sur les produits locaux d’être rentable.
Le collectif Mange ton Saint-Laurent propose de rendre les institutions publiques « exemplaires » en matière d’achat local.
Il suggère aussi de financer une fonds pour la diversification et la relève dans les pêches grâce à une cotisation de 2 à 3 cents la livre sur les débarquements et sur la transformation de homard, de crabe et de flétan.
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