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Wednesday, September 30, 2026

Pirouettes de fin de campagne et vote stratégique

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Quelques évidences, en ce sprint de fin de campagne : d’abord, la fausse alerte à l’ingérence étrangère dans la campagne électorale, lancée par la Coalition avenir Québec (CAQ), a porté un coup dur à la crédibilité de Christine Fréchette. Et les sondages, ah ! les sondages… On les déteste, mais ils font partie du paysage. Les sondages incitent des électeurs à voter « stratégique », pour empêcher l’un ou l’autre parti d’avoir la balance du pouvoir, par exemple.

Les membres de notre Club des électeurs sont unanimes : la tentative « désespérée » de la CAQ de laisser croire à une influence étrangère dans le processus électoral s’est retournée contre le parti. « Une pure invention de la CAQ pour désespérément ramener à l’avant-scène l’épouvantail Trump. Il n’y a aucune preuve de tentative d’ingérence états-unienne, mais plutôt la preuve d’un énième cafouillage caquiste », affirme Louis-Philippe Durbet.

L’étudiant à l’École du Barreau observe d’un œil amusé les pirouettes de fin de campagne des chefs. Dans la dernière ligne droite de toute campagne électorale, les partis se livrent plus que jamais à une bataille des perceptions. L’heure n’est plus à égrener les engagements électoraux, mais à se présenter comme le choix le plus inspirant.

Un détail n’a pas échappé à nos panélistes : à Tout le monde en parle, dimanche soir, Paul St-Pierre Plamondon a refusé de révéler s’il est pour ou contre le port du voile en public. Le chef péquiste a préféré entretenir le flou sur cette question, peut-être pour éviter de s’aliéner une partie des électeurs.

Cette ambiguïté a ramené la perception d’instrumentalisation de l’enjeu identitaire par le chef péquiste. On parle bien d’une perception. Lylliane Le Quellec, notre panéliste retraitée qui élève des moutons et joue du violoncelle dans ses temps libres, traîne cette perception depuis le début de la campagne électorale.

« Je pense que nous sommes à un moment décisif de l’histoire de la civilisation moderne : l’effritement de la démocratie au profit de l’autocratie, de la crise climatique, de la croissance fulgurante des technologies, etc. Dans ce contexte, nos débats identitaires au Québec — et en particulier la position du PQ — me semblent terriblement superficiels et nombrilistes, comme si nous nous enfermions dans des petites querelles qui nous empêchent de voir les bouleversements beaucoup plus profonds qui se jouent à l’échelle du monde », dit-elle.

Lylliane va voter de façon stratégique pour contrer le PQ dans sa circonscription d’Huntingdon, en Montérégie. Elle appuiera celui qu’elle considère comme le « moins pire » candidat, le libéral Connor Stacey.

Marjolaine Cloutier, elle, a voté par anticipation — de façon stratégique, elle aussi — pour le Parti québécois, dans l’espoir de barrer la route au Parti conservateur.

Mahjoub El Hamakani comprend cet appui au parti de PSPP, même en tant que péquiste déçu : « Il y a un côté positif à une majorité du PQ. S’il est minoritaire et qu’Éric Duhaime détient la balance du pouvoir, il faudra s’attendre à des lois assez extrémistes. On serait loin du social. »

Jocelyn Brousseau

44 ans, père d’une fille, Gatineau

Travailleur humanitaire qui revient au Québec après 17 ans à l’étranger

« Pour moi, les sondages sont un outil soft de dépossession du droit de vote. C’est une distraction majeure de l’information fondamentale : le programme des partis, leurs idées et le caractère de leurs candidats. Interdire les sondages, à tout le moins pendant les élections, éliminerait l’illusion du vote stratégique individuel, et la démocratie québécoise s’en porterait beaucoup mieux. »

Diaka Camara

42 ans, mère de trois enfants, Montréal

Gestionnaire en technologies de l’information

« Ruba Ghazal et Charles Milliard sont les deux chefs qui ont le plus éveillé ma curiosité. À tel point que je me suis presque surprise à regretter que nous n’ayons pas deux bulletins de vote : un pour notre député et un pour notre premier ministre. Je vais profiter de cette dernière semaine pour regarder plus attentivement les candidats dans Rosemont. »

Marjolaine Cloutier

60 ans, mère d’une adulte, Trois-Rivières

Conseillère stratégique dans le milieu communautaire

« La montée d’Éric Duhaime m’inquiète. J’aurais souhaité une grosse balance du pouvoir à Québec solidaire, mais malgré les bonnes intentions, leur campagne sans faille et leurs propositions qui incarnent vraiment le changement, ça ne semble pas se concrétiser en votes. »

Alicia Despins

32 ans, en famille recomposée, Val-d’Or

Doctorante et chargée de cours en administration publique

« Le passage de Ruba Ghazal à Tout le monde en parle a cimenté pour moi la comparaison entre sa campagne et celle de Jack Layton [qui avait formé l’opposition officielle à Ottawa en 2011, avant de mourir d’un cancer]. Il n’y aura probablement pas de vague solidaire le 5 octobre, mais il faut plus de Ruba en politique québécoise. »

Louis-Philippe Durbet

22 ans, Sherbrooke

Étudiant à l’École du Barreau

« Les caquistes doivent se mordre les doigts d’avoir renié leur engagement de réformer le mode de scrutin : si François Legault avait tenu sa promesse, le parti s’en tirerait mieux aujourd’hui et ne risquerait pas de disparaître de la carte tout en récoltant 18 % des voix. »

Mahjoub El Hamakani

74 ans, père et grand-père, Montréal

Gestionnaire retraité de la SAQ

« Ce matin, j’ai entendu PSPP dire qu’il veut abolir Santé Québec. Il veut créer “son” agence en santé. Il me semble que lorsqu’un gouvernement change, il ne devrait pas automatiquement repartir de zéro. Tramway de Québec, REM de l’Est, projets informatiques : avant d’abandonner ou de redessiner un projet, il faut se demander combien a déjà été dépensé, ce qui fonctionne, ce qui doit être corrigé et combien coûtera le changement de cap. »

Lylliane Le Quellec

64 ans, Sherrington (Montérégie)

Ingénieure en informatique à la retraite

« Je me préoccupe de l’effritement de l’état de droit. Malgré mon cynisme, je vais voter et je n’annule pas mon vote. Je pense même que notre job d’électeur n’est pas finie après le scrutin : il faut garder le courage de nos opinions et rester engagé. »

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