Comment retrouver une sexualité épanouie après un cancer

Après un cancer du sein, comment se réapproprier son corps et retrouver une image positive de soi, notamment après une mastectomie ou une reconstruction mammaire ?
Le cancer du sein est une épreuve tant au niveau physique que psychologique, émotionnel ou relationnel. Bien des femmes sont bouleversées ; nombreuses sont celles qui ne se trouvent plus séduisantes ou désirables. On peut comprendre de tels ressentis car notre société impose aux femmes de lourds diktats esthétiques : leur corps n’est jamais assez beau. Sans compter que notre culture associe les seins à l’attractivité. Pourtant la séduction ne se résume pas à cette partie de l’anatomie féminine qui, de surcroît, peut être reconstruite grâce à la chirurgie. Pour dépasser de telles émotions, on questionne ces normes de séduction et on prend distance par rapport à elles. Mais surtout on apprivoise progressivement ce nouveau corps qui reste sensible. Pourquoi ne pas essayer de prendre soin de lui ? Pourquoi ne pas apprendre ou réapprendre les plaisirs d’une douche et d’une crème, les bienfaits d’un massage ou d’une sieste au soleil ? On redécouvre son corps en se concentrant sur les sensations et les plaisirs sensuels (et pas seulement sexuels) qu’il peut offrir. Petit à petit, on tente de se regarder avec bienveillance. Bien évidemment, tout cela prend du temps et s’apprend lentement. Cela fonctionne d’autant mieux qu’on est soutenue par son compagnon ou sa compagne.
Quel impact les traitements – chirurgie, chimiothérapie, etc. – peuvent-ils avoir sur le désir et la sexualité ?
Les impacts sont nombreux : il n’y a pas que le désir à être atteint par ce cancer qui est – rappelons-le – le premier cancer féminin. Tout le fonctionnement sexuel des femmes subit les effets de cette maladie, du désir à l’excitation en passant par la lubrification et l’orgasme. Les études montrent qu’entre 40 et 60 % des femmes ayant eu un cancer ont des problèmes sexuels, contre 20-40 % des femmes sans cancer. Et celles qui ont reçu une radiothérapie, une chimiothérapie ou une hormonothérapie ont une probabilité quatre à six fois plus élevée de souffrir d’un trouble sexuel. Comment s’en étonner ? Les effets secondaires des différents traitements sont nombreux. La chirurgie change le corps mais peut modifier les sensations au niveau des seins. La chimio fatigue et peut engendrer des nausées, vomissements, diarrhées, perte de cheveux, perte d’appétit… L’hormonothérapie entraîne des changements vaginaux et menstruels, cause des bouffées de chaleur, des nausées, des changements de poids et d’humeur, de la fatigue… Comment désirer ou orgasmer quand le corps est ainsi assailli ?
Comment retrouver une intimité avec son ou sa partenaire lorsque le corps a changé et que la peur, la fatigue ou le manque de confiance se sont installés ?
On commence par parler de ce que l’on vit. Chacun évoque ses ressentis, ses inquiétudes, ses craintes… Le ou la partenaire est aussi touché par cette maladie et peut avoir peur de toucher le corps de l’autre, de lui faire mal ou de dire ses désirs. Il est important de parler pour éviter qu’une distance ne s’installe qui pourrait nourrir le mal-être de chacun et chacune et augmenterait le sentiment de ne pas être désirable. On parle et puis on se reconnecte progressivement sans pression, ni obligation. On peut commencer par s’embrasser, se toucher, se caresser, en ayant précisé ses limites et craintes. Mais il est important que le couple aborde ensemble cette dimension intime de la relation. Ce n’est pas à la femme qui a déjà subi le cancer à assumer seule la reprise – ou non – de l’intimité. C’est à deux que l’on reconstruit le couple après cette épreuve et que l’on réinvente une autre manière d’être ensemble. Si c’est difficile, on peut consulter un thérapeute de couple.
La reprise de la sexualité peut-elle être douloureuse après un cancer du sein et quelles solutions existent pour retrouver du confort et du plaisir ?
La sexualité pénétrative peut être douloureuse car certains traitements diminuent la lubrification et provoquent une sécheresse vaginale. On ne laisse pas ces sensations s’installer car elles risquent de s’intensifier car on les anticipe. On a peur d’avoir mal et on ne parvient plus à se détendre et à ressentir les plaisirs, on se crispe et on se contracte et la douleur augmente. On parle de tels soucis avec sa ou son gynécologue ou oncologue. Elle ou il pourra proposer des lubrifiants. Mais de toute façon, il est important de rappeler que faire l’amour ne se réduit pas à la pénétration. C’est une connexion entre deux personnes et deux corps et ces corps ne se limitent pas aux zones génitales. Traverser une telle épreuve est l’occasion de réinventer une façon sensuelle et agréable de se connecter à l’autre, de remettre en avant ce qu’on appelle les « préliminaires », de faire monter progressivement et longuement les excitations. On peut se regarder, s’embrasser, s’effleurer lentement sans obligation pénétrative. On peut aussi jouir en se masturbant ou en adoptant le sexe oral. Il y a mille et une façons de se donner des plaisirs !
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.