Midterms 2026 : le président au pouvoir perd-il systématiquement les élections de mi-mandat ?

L’enjeu est de taille pour Donald Trump. Le président américain et son parti républicain possèdent la majorité des sièges aussi bien à la Chambre des représentants qu’au Sénat, les deux chambres législatives américaines qui ensemble forment le Congrès. Ce pouvoir législatif lui est quasiment indispensable pour faire voter les lois, c’est-à-dire pour gouverner.
"Ces législateurs du Congrès sont extrêmement puissants. Ils contrôlent le pouvoir législatif de notre gouvernement fédéral", résume l’U.S. Vote Foundation, une organisation non-partisane et non lucrative spécialisée dans l’aide aux électeurs et les technologies civiques fondée en 2005. "Le Congrès peut adopter des lois avec lesquelles le président est d’accord, ou décider d’adopter des lois avec lesquelles il n’est pas d’accord, éclaire-t-il encore. De cette manière, le Congrès joue un rôle déterminant dans le contrôle du programme du président."
Mais ces deux chambres pourraient lui échapper s’il venait à perdre les élections de mi-mandat du 3 novembre prochain. En effet, l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants sont remis en jeu tout comme 35 des 100 sièges du Sénat dans ce que les Américains appellent les "midterms."
Actuellement, à la Chambre des représentants, les Républicains ont une majorité 218 sièges contre 212 pour les Démocrates, alors que 5 sièges sont vacants. Pour obtenir la majorité, les Démocrates doivent donc gagner 7 sièges de plus qu’aujourd’hui. Au Sénat, la majorité républicaine est de 53 sièges contre 45 démocrates et deux indépendants proches des démocrates. Ceux-ci peuvent donc renverser la majorité en remportant quatre sièges de plus qu’actuellement.
Retenons donc ceci : 7 sièges à la Chambre et 4 sièges au Sénat suffisent à faire basculer les majorités. Et aux Etats-Unis, un peu comme lors de l’élection présidentielle, certains lieux d’élections sont joués d’avance car historiquement républicain ou démocrate, alors que d’autres peuvent basculer d’un côté à l’autre, ce qu’on appelle les états pivots ("swing states") lors de l’élection présidentielle.
En ce qui concerne ces élections de mi-mandat, les données sont assez similaires. Ainsi, sur les 435 mini-élections constituant la Chambre des représentants, seules 46 seraient réellement en ballottage selon un décompte réalisé par Ballotpedia, une encyclopédie en ligne non-partisane consacrée à la politique américaine. Sur ces 46 districts, 25 sont actuellement contrôlés par les Démocrates et 21 par les Républicains.
Au Sénat, 12 sièges seront particulièrement disputés, estime Ballotpedia : trois sont démocrates pour l’instant et neuf sont républicains.
Et bien souvent, le parti du président sort affaibli des élections de mi-mandat.
Un coup d’œil dans le rétroviseur des dernières élections de mi-mandat livre un constat implacable : dans 25 des 28 derniers scrutins, le président en exercice, qu’il soit républicain ou démocrate, a perdu des sièges à la Chambre des représentants, là où l’ensemble des mandats sont remis en jeu. C’était le cas de Joe Biden en 2022 (-9 sièges), de Donald Trump (-38 sièges) et même lors des deux mandats de Barack Obama (-13 sièges en 2014 et -64 sièges en 2010).
En réalité, ce sont plutôt les contre-exemples qu’il faut épingler :
- Le Républicain Georges W. Bush gagne 8 sièges à la Chambre basse (et deux au Sénat) en 2002 grâce à un soutien patriote juste après les attaques du 11 septembre ;
- Le Démocrate Bill Clinton remporte 5 sièges en 1998 après une procédure d’impeachment ratée des Républicains suite à l’affaire Monica Lewinsky ;
- Le Démocrate Franklin Delano Roosevelt remporte 9 sièges à la Chambre et autant au Sénat lors de la plus grande victoire de mi-mandat d’un président en exercice en 1934.
"En fait, c’est surtout vrai pour l’histoire récente où on voit vraiment cette dynamique de "divided government" où l’on constate un désalignement entre le Congrès et la présidence, mais c’était beaucoup moins le cas dans l’histoire plus ancienne du pays", éclaire Emilie Van Haute, politologue à l’ULB qui a donné cours sur le système politique des Etats-Unis.
Placées à mi-parcours du mandat présidentiel, ces élections peuvent être considérées comme un vote personnel pour ou contre le président en place. Et si la popularité du président n’est pas le seul facteur déterminant, elle joue un rôle. "Plus sa cote de popularité est élevée, moins son parti subit de pertes. À l’approche du jour du scrutin, cette corrélation se renforce", résume l’U.S. Vote Foundation.
"C’est un peu comme lorsqu’une élection européenne est placée à mi-parcours d’une élection nationale", comme lors d’une présidentielle en France, "elle prend une forme de référendum pour ou contre la majorité en place", analyse Emilie Van Haute. N’est-ce d’ailleurs pas dans ce schéma qu’Emmanuel Macron a perdu les élections européennes de 2024, placée entre les présidentielles de 2022 et 2027, et menant à la dissolution de l’Assemblée ?
Dans un contexte aussi polarisé, le passage d’un électeur d’un camp à l’autre est de plus en plus rare.
Mais pour en revenir aux Etats-Unis, ces défaites présidentielles à mi-mandat ne veulent pas forcément dire que les électeurs du président changent de parti. "Dans un contexte aussi polarisé, le passage d’un électeur d’un camp à l’autre est de plus en plus rare. Et même si un électeur républicain n’est pas content de Trump ou du candidat ou de la candidate qui se présente dans sa circonscription, il ne va pas pour autant voter démocrate", explique Emilie Van Haute.
En réalité, le danger pour le camp présidentiel se situe plutôt dans la participation de son électorat de la dernière présidentielle. "Les midterms se transforment souvent en "plébiscite" pour le président sortant, où les mécontents se tournent plus facilement vers l’isoloir que les partisans du locataire du bureau ovale", analyse la Chambre américaine du commerce en France dans une note publique. Pour le résumer, la clé était dans la participation totale : élevée, elle signifie que le camp présidentiel s'est déplacé peut alors le rapprocher de son score deux ans plus tôt. Basse, elle signifie alors que son électorat ne s'est pas mobilisé.
Dans un contexte ultra polarisé avec des anti-Trump et des pro-Trump, ces deux camps sont mobilisés.
"C’était très visible par le passé, resitue Emilie Van Haute, mais un peu moins maintenant, tempère-t-elle. Aujourd’hui, on constate aussi une mobilisation "pro" et qu’il ne faut pas négliger. Dans un contexte ultra polarisé avec des anti-Trump et des pro-Trump, ces deux camps sont mobilisés." Raison pour laquelle Trump fait campagne dans les circonscriptions en danger en disant : "votez comme si vous votiez pour moi".
En 2022, rappelle la Chambre américaine du commerce en France, "le différentiel de participation par rapport à l’élection présidentielle de 2020 s’établissait à -20 points". Ainsi, alors que 66,8% des Américains avaient voté lors de l’élection de Joe Biden en 2020, seuls 46,8% d’entre eux s’étaient déplacés pour les midterms. "Un écart assez stable depuis 2000, qui n’est jamais passé sous la barre des -17 points", précise la note publique.
Cette défaite "presque systématique", mais dont il existe des contre-exemples, faisait dire, avant les élections de mi-mandat de 2022 au professeur de Sciences politiques Michael Genovese de l’université Loyola Marymount, que le "pouvoir présidentiel ne dure que deux ans sur les quatre que compte le mandat du président", c’est-à-dire lors des deux premières années de mandat lorsqu’il compte le plus de soutien dans les deux chambres qui constituent le Congrès.
"Après les élections de mi-mandat, le président se retrouve souvent paralysé par l’une des deux Chambres, voire les deux, tombées aux mains de l’opposition politique, une opposition généralement peu disposée à coopérer avec lui. Les résultats des quatre dernières élections de mi-mandat le confirment", écrit-il.
Il reste des domaines comme la politique internationale où la présidence garde des marges de manœuvre.
Cette donnée est bien connue des présidents, assure-t-il. "Les mandats présidentiels de George W. Bush, Barack Obama et Donald J. Trump (lors de son premier mandat, NDLR) montrent que, durant leurs deux premières années au pouvoir, tous ont relativement bien réussi à faire adopter leurs principales propositions législatives. Mais au cours des deux dernières années de leur mandat, ils n’ont pratiquement rien obtenu du Parlement", explique-t-il.
"C’est assez vrai, confirme Emilie Van Haute (ULB). Ils essaient généralement de lancer un maximum de réformes les deux premières années", constate-t-elle. "Néanmoins, il reste des domaines comme la politique internationale où la présidence garde des marges de manœuvre."
Alors que pères fondateurs des États-Unis avaient prévu cette alternance d’élections (présidentielle tous les quatre ans, la Chambre des représentants tous les quatre ans aussi, mais décalée de deux ans par rapport à la présidentielle, et 1/3 du Sénat tous les deux ans) pour encourager "négociations et des compromis, puis, en fin de compte, sur l’adoption de lois", ce modèle ne fonctionne plus estime-t-il, si ce n’est lorsque le président dispose d’une majorité de son parti dans l’une ou les deux chambres du Congrès.
Il n’est pas rare de voir des démocrates voter avec les républicains et inversement
"Effectivement, le système politique américain n’a pas été prévu comme ça et n’a pas fonctionné comme cela pendant longtemps, atteste Emilie Van Haute. En pratique, il y avait plutôt des alignements entre présidence et Congrès pour faire passer telle ou telle loi", parfois sous la forme d’une négociation d’ailleurs.
"Il faut comprendre que le Congrès aux Etats-Unis ne fonctionne pas comme un Parlement national en Europe, avec une logique de majorité-opposition. Il y a une discipline partisane beaucoup moins forte. Et donc pour chaque loi, il y a des majorités différentes qui se construisent, et il n’est pas rare de voir des démocrates voter avec les républicains et inversement. Donc c’est là que se situe normalement la marge de manœuvre de la présidence puisqu’il peut alors proposer des choses aux membres du Congrès pour avoir leur soutien. Mais ces dernières années, avec la forte polarisation de la politique et de la société américaine, cela devient de moins en moins le cas."
Au cours des deux dernières années de mandat explique le professeur en Sciences politiques, "plutôt que d’être bloqués par l’opposition politique, les présidents développent des méthodes de gouvernance extra-constitutionnelles". Le président a alors recours à des "outils administratifs". Michael Genovese cite les "décrets présidentiels, proclamations, déclarations de signature, réglementation administrative, etc.", qui "permettent au président de tenter d’exercer des pouvoirs unilatéraux en contournant le Congrès et en gouvernant seul".
"Les présidents démocrates comme républicains recourent à cette pratique", indique-t-il encore ajoutant que "si l’on est le président, cela se justifie d’un point de vue politique" mais que "cela constitue une atteinte à la Constitution et sape les normes démocratiques." Pour Emilie Van Haute, la façon de gouverner sur les deux dernières années de mandat, avec un Congrès opposé "dépend aussi fortement des acteurs en présence, de la façon dont ils conçoivent leur rôle et l’interprètent", dit-elle.
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