Le gaz de schiste, «un non-sens» pour le Québec, selon un conseiller du gouvernement
Le président du comité d’experts qui conseille le gouvernement du Québec sur les changements climatiques, Alain Webster, dénonce l’idée de relancer la filière du gaz de schiste. En entrevue au Devoir, il réitère que les investissements dans les énergies renouvelables représentent la voie à suivre pour l’avenir de l’économie québécoise et pour les citoyens déjà frappés par les répercussions du réchauffement planétaire.
Plus de 15 ans après la saga provoquée par les forages menés dans des régions habitées sans consultation publique et sans évaluation environnementale, l’idée de relancer la recherche d’énergie fossile à exploiter est de retour dans le cadre de la campagne électorale québécoise.
Le Parti conservateur du Québec souhaite mettre en avant un plan qui conduirait à l’exploitation de gaz par fracturation dans la vallée du Saint-Laurent, ce qui est illégal à l’heure actuelle en raison de la législation en vigueur. La Coalition avenir Québec est pour sa part ouverte à l’idée de relancer l’exploration et le Parti libéral estime qu’il ne faut pas fermer définitivement la porte à l’industrie, malgré la controverse qu’elle a déjà provoquée, la poursuite intentée contre le gouvernement et les puits forés et qui fuient toujours.
Pour le président du Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC), Alain Webster, miser sur le développement des énergies fossiles en 2026 « est un non-sens » pour le Québec. « Il faut se rappeler que nous avons fait le choix au Québec de développer les énergies renouvelables depuis des décennies. Et l’ONU vient de nous rappeler qu’il faut accélérer ce mouvement. Nous ne sommes donc pas dans une logique d’exploitation d’énergies fossiles, ou encore de construction de pipeline et de gazoduc. Il faut plutôt investir dans l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. »
Dans un rapport publié au début du mois, l’ONU prévenait en effet que les dérèglements du climat s’amplifient au point que l’objectif le plus ambitieux inscrit dans l’Accord de Paris, soit limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle (soit avant l’utilisation massive des énergies fossiles) sera bientôt dépassé. Les experts rappelaient du même souffle le besoin de sortir des combustibles fossiles pour éviter le pire, souligne Alain Webster.
Cette transition est d’ailleurs déjà bien en marche et elle s’accélère dans le monde, rappelle celui qui dirige le comité chargé de conseiller le gouvernement sur les politiques climatiques. « On voit ce qui se passe en Europe et en Asie. Les investissements dans les énergies renouvelables sont beaucoup plus importants que ceux dans les énergies fossiles. Les transformations techniques et économiques qui en découlent deviennent une vague de fond et, si on veut participer à cette nouvelle économie, il faut travailler sur la décarbonation. Ce sera ça la réalité dans les prochaines années. Pour rester prospère, il faut se joindre au mouvement. »
Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie citées dans un « avis » produit par le CCCC au sujet de la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec, la croissance de la production d’énergies renouvelables dans le monde a atteint 120 % au cours de la dernière décennie, et même 140 % aux États-Unis. En Chine, cette croissance a dépassé les 240 %. Pendant ce temps, la croissance a été d’à peine 15 % au Canada.
Le Québec irait donc à l’encontre d’un mouvement planétaire qui ne cesse de prendre de l’ampleur en se lançant dans une éventuelle exploitation du gaz de schiste en Montérégie et dans le Centre-du-Québec, si le potentiel se confirmait après de nouveaux forages exploratoires.
« Le message politique qu’on entend en ce moment, ce n’est pas qu’il faut en faire plus en matière de transition. Nous sommes pris dans des enjeux de très court terme, mais le message des scientifiques est clair : ce sont les décisions d’aujourd’hui qui vont décider du climat dans les prochaines années. Et on ne parle pas de transition pour des questions environnementales. Il s’agit de créer un monde meilleur pour les prochaines années », explique celui qui enseigne l’économie de l’environnement depuis plus de 30 ans.
À ceux qui semblent laisser entendre que « la crise climatique n’existe pas », Alain Webster rappelle que les conséquences de l’inaction seront tout simplement désastreuses. « Quelle est la vision que nous avons du monde en 2040, voire en 2050 ? Si la vision que nous avons est celle d’un monde encore très dépendant des énergies fossiles, nous allons vers un réchauffement de 3°C, voire 4°C. Nous allons donc vivre dans un monde qui sera profondément perturbé et nous allons être confrontés à une série d’impacts majeurs. »
Ensemble, soutenons la réflexion
Média rigoureux et lucide, Le Devoir ne se contente pas de relater les faits.
Nos journalistes vous offrent les clés pour mieux comprendre l'actualité
d'ici et d'ailleurs. En soutenant notre mission, vous assurez la pérennité
d'un journalisme indépendant, exigeant et engagé.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.