Entrevue | Quatre éléments à retenir des résultats du référendum albertain

Si les Albertains ont voté en faveur de rester une province au sein du Canada, sa population devait cependant se prononcer sur neuf autres questions, qui avaient notamment comme thème le contrôle de l’immigration et la modification de la Constitution canadienne. Le politologue André Lamoureux dissèque les résultats.
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La province aura-t-elle un contrôle renforcé sur son immigration ?
5 en 5. Des centaines de milliers d’Albertains ont répondu « oui » aux questions qui proposaient à la province d’avoir plus de pouvoir sur contrôle sur l’immigration et favoriser la population albertaine. La première question attire principalement l’attention. Au moment d’écrire ces lignes, alors que près de 90 % des urnes ont été dépouillés, un peu plus de 955 000 personnes sont dites d’accord pour que l’Alberta réduise « son nombre d’immigrants accueillis », que les Albertains aient la priorité sur les nouvelles possibilités d’emploi et qu’une migration économique soit privilégiée.
« C’est la preuve qu’une insatisfaction par rapport à l’État fédéral est assez significative. C’est assez impressionnant », juge M. Lamoureux.
La première ministre albertaine, Danielle Smith, a souvent répété qu’elle désire que sa province s’inspire du statut particulier que possède le Québec sur les questions d’immigration, en vertu de l’Accord Canada-Québec. Au cours des cinq dernières années, l’Alberta a accueilli 600 000 nouveaux arrivants. Mme Smith avait affirmé en février dernier qu’elle souhaitait accueillir 50 000 immigrants par année, un niveau d’arrivées qu’elle jugeait « normal ».
Pourquoi le rejet du retrait des programmes fédéraux étonne-t-il ?
Une seule question verrait le « non » l’emporter, par une fine marge. 623 000 personnes ont, pour l’instant, voté contre l’idée que l’Alberta puisse se retirer de programmes fédéraux qui « empiètent sur les compétences provinciales », tels que les soins de santé, l’éducation et les services sociaux, contre 608 000.
« Si on se réfère aux autres chiffres que l’on voit depuis le début de la journée, où c’est majoritaire, ce résultat négatif là est un peu contradictoire », explique M. Lamoureux, qui croit que la population albertaine n’a simplement pas voulu se prononcer sur cette question.
Danielle Smith peut-elle forcer une réouverture de la Constitution ?
Trois autres désirs de modifier la Constitution canadienne semblent toutefois avoir la faveur de la majorité. Les Albertains se sont cette fois-ci dit en faveur d’une meilleure protection contre l’ingérence fédérale dans les compétences provinciales et l’abolition du Sénat.
« Je trouve ça intéressant, puisque l’on voit que la province demande beaucoup de pouvoirs à l’État fédéral », indique André Lamoureux.
Et maintenant, quelle est la suite pour Danielle Smith et le reste du pays ?
« Ces résultats donnent désormais un levier important à Mme Smith lorsqu’elle ira réclamer des concessions au fédéral. Elle pourrait le faire en disant qu’elle a l’appui de sa population, ce qui n’est pas à négliger », estime le politologue. Pour lui, c’est un message fort qui vient d’être envoyé à l’ensemble du pays. « Ça donne l’impression que les conservateurs albertains demandent de refonder le pacte fédératif canadien en un pacte confédératif », ajoute-t-il. Une insatisfaction et un désir de s’approprier les pouvoirs qui pourraient avoir des répercussions au Québec, n’exclut pas M. Lamoureux.
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