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Tuesday, September 15, 2026

"Et si on faisait un bébé ?" : l’envie est là, mais le corps est-il prêt à concevoir ? L'OMS met en garde contre l'infertilité causée par le tabac

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"Dans le monde, une personne sur six en âge de procréer sera confrontée à l’infertilité au cours de sa vie". C’est ce qu’indique l’Organisation mondiale de la Santé dans sa récente publication "Tobacco and infertility", une synthèse de diverses études scientifiques menées entre 2000 et 2026.

Par infertilité, l’OMS désigne l’impossibilité de parvenir à une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers sans contraception. Parmi les causes, elle se concentre donc sur le tabac.

Le lien entre le tabagisme et ses effets néfastes sur la santé a été documenté pour la première fois en 1964 par une étude américaine. L’étude y parlait déjà cancer, maladies respiratoires et cardiovasculaires. Elle effleurait aussi l’infertilité en pointant le poids plus faible du bébé, les naissances prématurées. Les recherches ont depuis confirmé la toxicité du tabac pendant la grossesse et identifié les divers risques qui y sont liés. "La littérature, depuis de nombreuses années, a régulièrement informé sur le niveau de fertilité qui est impacté par le tabac. Mais le grand public ne l’a peut-être pas mesuré à sa juste proportion", souligne le tabacologue Martial Bodo de l’Institut Bordet HUB.

En Belgique, même si le tabagisme a régressé, on le considère comme "un enjeu majeur de santé publique". Notre pays compte, selon Sciensano, 17,6% de fumeurs dont près de 13% fument quotidiennement (Enquête de santé sur la consommation de tabac en 2023 et 2024). À l’instar des chiffres de l’OMS, en Belgique, un couple sur six sera concerné par l’infertilité.

Les femmes qui fument ont, selon l’OMS, 40% plus de risques de ne pas être fertiles par rapport à celles qui ne fument pas. Le tabac réduit aussi les chances d’une procréation médicalement assistée.

Una est une jeune femme de 29 ans, elle souffre d’endométriose. Et elle souhaite s’extraire de ces statistiques. Elle a entamé, il y a un an, un parcours médical pour congeler ses ovocytes. Elle a dû suivre, à la lettre, une consigne : un arrêt total de la cigarette. "J’étais surprise quand j’ai demandé si je pouvais faire quelque chose pour améliorer la qualité des ovocytes. Et, en fait, c’était la première chose qu’ils m’ont dite. Je ne savais pas à quel point ça impacte déjà la qualité, le nombre d’ovocytes, et aussi la chance de tomber enceinte et tout ça".

On diminue par deux sa fertilité quand on fume, on multiplie par deux son risque de fausse couche.

Catherine Houba, directrice de la clinique de la fertilité à Erasme le dit sans détour : "On diminue par deux sa fertilité quand on fume, on multiplie par deux son risque de fausse couche". Elle rejoint l’OMS et Sciensano sur la nocivité du tabac pour les couples souhaitant un bébé : "Le tabac est un toxique qui est absorbé par l’inhalation. Les fumées toxiques passent dans le sang. Une fois qu’elles sont dans le sang, ces toxiques affectent la qualité des spermatozoïdes et des ovocytes en abîmant leur ADN, en abîmant la génétique qui va être transmise, en abîmant le métabolisme de ces cellules mais aussi en abîmant les vaisseaux sanguins qui s’occupent d’irriguer les organes. Les testicules, qui fabriquent la testostérone et les spermatozoïdes, et les ovaires, qui fabriquent les ovocytes et les hormones, se mettent à dysfonctionner. L’endomètre, l’endroit où s’installe la grossesse, est aussi moins bien vascularisé et implante moins bien les embryons". Les probabilités de fausses couches ou de grossesses extra-utérines augmentent aussi.

Le tabacologue, Martial Bodo, insiste : "Vous savez, quand on fume, la composition de cette fumée qui est de très haute toxicité voyage dans tout l’organisme et altère tous les organes, toutes les fonctions. C’est vrai qu’on met souvent l’accent sur les cancers, ou les maladies cardiaques, cardiovasculaires, circulatoires. Mais des orteils jusqu’à la racine des cheveux, le fait de fumer va altérer l’organisme".

Les femmes ne sont pas les seules concernées. Chez les hommes, le tabac influe sur la qualité du sperme (spermatozoïdes moins nombreux, moins mobiles), sur la fonction sexuelle (troubles de l’érection, de l’éjaculation). Martial Bodo évoque les propos d’un patient qui souffrait de troubles érectiles : "J’ai commencé à fumer parce qu’à l’époque, c’était une manière de devenir un peu un homme. Ça faisait partie d’un rite : 'Je suis un homme, je fume'. Mais maintenant, il est temps que j’arrête parce que je veux toujours rester un homme, mais ce n’est plus vraiment le cas".

Quand ils arrêtent tous les deux, ils multiplient par quatre leur chance de concevoir.

L’OMS va plus loin : "L’exposition aux substances toxiques peut se produire directement par la consommation de produits du tabac (exposition de première main) ou indirectement par l’inhalation involontaire de fumée secondaire ou d’aérosol".

Si leur partenaire fume, les futures mères sont fumeuses passives et là aussi la grossesse peut être compromise. Faire un bébé est une affaire de couple, même quand il s’agit d’arrêter de fumer explique le docteur Houba : "C’est la première chose qu’on recommande aux gens qui essayent de concevoir et qui n’arrivent pas à avoir une grossesse, c’est d’arrêter tous les deux de fumer. Et quand ils arrêtent tous les deux, ils multiplient par quatre leur chance de concevoir".

Au-delà de l’infertilité, les enfants à naître, exposés in utero au tabagisme, en subissent aussi les conséquences sur leur santé et même leur fertilité à venir.

Tout n’est pas perdu. Arrêter de fumer permet d’annuler la majorité des effets négatifs sur la fertilité. "Chez les hommes, quand on arrête de fumer, il faut trois mois pour voir une amélioration de la fertilité. Et chez les femmes, c’est immédiat", précise encore la gynécologue qui ajoute tout de même un bémol : "Par contre, si le tabac a abîmé les vaisseaux sanguins et diminué la réserve ovarienne d’une femme, ça elle ne récupérera pas. Et on sait par exemple qu’une femme qui a fumé un paquet par jour pendant 20 ans, elle va être ménopausée deux ans plus tôt que ce qui était prévu, et du coup elle va arrêter d’être fertile deux ans plus tôt aussi".

Il est préférable que la patiente soit sous patch avec de la nicotine thérapeutique.

Même si la motivation existe, arrêter de fumer n’est pas toujours simple. Les patchs antitabac peuvent dans ce cas aider au sevrage, explique Catherine Houba : "La nicotine n’est pas toxique pour la fertilité, elle a des effets négatifs, mais en tout cas pas sur le long terme."

"Aujourd’hui, il y a un consensus médical", explique Martial Bodo, tabacologue. "Il est préférable que la patiente soit sous patch avec de la nicotine thérapeutique. C’est un moindre mal que la nicotine fumée qui contient, en plus, une multitude d’autres produits de toxicité. S’il faut du soutien et si on veut donner de la chance à ce que le confort soit au rendez-vous pour que la qualité et l’efficacité suivent, ça vaut peut-être la peine. Alors évidemment, ce sont des dosages qui sont beaucoup plus, je vais dire, millimétrés".

Les cigarettes électroniques, le tabac sans fumée, les sachets de nicotine seraient, eux aussi, néfastes mais leur toxicité dans le processus de procréation est moins documentée. "À ce jour, la plupart des études portant sur le risque d’infertilité se sont concentrées sur le tabagisme. Il existe relativement peu de recherches portant sur le lien entre l’infertilité et l’utilisation des cigarettes électroniques", explique l’OMS dans son rapport. Mais, des données commencent à être collectées : "Dans une étude menée aux États-Unis auprès de plus de 4500 femmes, le fait d’avoir déjà utilisé des cigarettes électroniques était associé à une baisse de 20% de la fécondité par rapport aux femmes n’en ayant jamais utilisé".

L’usage des e-cigarettes est plus fréquent chez les 15-24 ans, analyse la Fondation contre le cancer. Selon des chiffres de l’OMS parus en mai dernier, si 40 millions d’ados de 13 à 15 ans fument, 15 millions vapotent. Martial Bodo explique l’emprise des vapoteuses sur la jeune génération : "J’avais une patiente de 18 ans qui me disait : la dernière chose que je fais avant de m’endormir, je tire encore une dernière bouffée sur ma puff que je dépose sur mon oreiller à côté de moi. Quand je me réveille, j’ai à peine les yeux entre ouverts. Et dans un automatisme, avec ma main droite, je prends ma puff et avec ma main gauche, mon smartphone". C’est avec effarement dit-il qu’il a d’ailleurs découvert qu’il existait des vapoteuses intégrées dans la coque de GSM.

Parmi ses patients, certains n’ont que onze ans.

Certains adolescents commencent à vapoter sans avoir jamais consommé de tabac. Mais, souligne un rapport de septembre 2023 de la Fondation contre le cancer : "Il semble que le vapotage soit un tremplin majeur vers le tabagisme chez les jeunes qui sont au début de leur 'parcours d’utilisateur'". Pour ces jeunes, le désir d’être parents partira peut-être tout simplement en fumée à l’âge adulte.

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