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Saturday, November 7, 2026

Les jeunes et les médias : accros au scroll, mais pas dupes

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Quand on leur demande ce qu’ils font lorsqu’ils ont 20 minutes à tuer, nos participants ne se font pas prier. Tom, étudiant en sciences politiques à l’ULB, résume bien le réflexe dominant : "Lorsque je n’ai rien à faire, souvent, je sors mon téléphone". Romain, lui, va plus loin : "Quand j’ai 20 minutes à tuer, je vais sur TikTok automatiquement". Pour Sally, tout est question de contexte : "dans le train, sans réseau, c’est Spotify. Mais à la maison, TikTok s’impose". Et Zoélie, 17 ans, joue la transparence : "Souvent, ça dure plus que 20 minutes. Du coup, je me mets en retard sur mes autres tâches". Sébastien Grau, chargé de mission au Conseil supérieur de l’éducation aux médias, observe que le smartphone est devenu " le prolongement de la main ", un constat qui résume à lui seul la place centrale du mobile dans le quotidien de ces jeunes.

S’informer : Instagram d’abord, vérification ensuite

Face à un événement important, les participants décrivent un processus en deux temps : la découverte de l’information sur les réseaux sociaux, puis la vérification sur des sources jugées fiables. Tom explique qu’il dispose d’un abonnement au journal Le Soir via son université : "j’irai consulter un article parce que je sais que ça va être fiable. Mais c’est vrai que souvent, j’apprends le truc important sur Instagram". Romain, lui, tape directement sa recherche dans un moteur de recherche et consulte les médias qui remontent dans l’actualité.

Le Soir et Le Monde reviennent comme références de confiance. Le critère ? La notoriété du titre : "souvent, quand je connais le nom, c’est que je les estime fiables". Quant à X (anciennement Twitter), il appartient clairement au passé pour ce groupe. Un autre jeune confirme avoir désinstallé l’application après le rachat par Elon Musk : "C’est devenu beaucoup trop violent. Et je ne trouvais plus l’info que je voulais sur Twitter". Pour les plus jeunes, la plateforme n’a tout simplement jamais existé : "Je n’ai jamais utilisé Twitter et je n’en ai jamais eu besoin".

La jeunesse réfléchit et la jeunesse ne se laisse pas avoir

Sébastien Grau, chargé de mission au Conseil supérieur de l’éducation aux médias.

Quels contenus ? YouTube, séries et sport au menu

Invités à choisir leurs trois types de contenus préférés, les participants révèlent des profils bien distincts. Romain mise sur le sport : passionné depuis toujours, il suit quasiment toutes les compétitions. Sally, elle, est une adepte des séries : "j’en termine une, j’en commence une autre". Elle prolonge cette passion en suivant l’actualité des festivals de cinéma et des acteurs sur les réseaux. Tom, lui, consomme beaucoup d’information : "j’aime bien être au courant et pour mes études, ça m’aide aussi".

Pour se divertir, YouTube s’impose comme la plateforme de référence. Plusieurs participants préfèrent une vidéo longue à un scroll aléatoire sur TikTok, précisément parce qu’ils choisissent ce qu’ils regardent. "Je ne vais pas sur TikTok, parce qu’on n’a pas le choix de ce qu’on regarde", explique l’un d’eux. Sur YouTube, c’est la personnalité du créateur qui fait la différence : les abonnements, les notifications, les miniatures : autant de signaux qui orientent le choix.

La télévision : un média familial, plus vraiment personnel

La télévision linéaire n’est plus un choix individuel pour ces jeunes. Plusieurs participants avouent ne jamais l’allumer de leur propre initiative. Romain est catégorique : "je ne regarde pas du tout la télé. À part pour avoir les applications de ma tablette sur la télé, genre Netflix". La radio connaît le même sort : elle s’écoute en voiture avec les parents, rarement par choix délibéré.

Pourtant, le journal télévisé conserve une place particulière. Tom dit le regarder régulièrement avec ses parents et lui accorder une confiance totale : "le journal télévisé, c’est celui auquel je fais le plus confiance. Parce que je sais qu’il y a des recherches derrière, il y a des journalistes de terrain". Sébastien Grau y voit une évolution significative : la télévision est devenue "le média fédérateur à la maison", celui qu’on consomme avec d’autres, non plus seul. Et la source d’information la plus citée reste, finalement, la famille et les proches - " les personnes en qui j’ai le plus confiance".

La RTBF répond-elle à leurs envies ?

Interrogés sur les contenus proposés par la RTBF - Story Privée, Mise à jour, Izi News, On n’est pas des iencli, Dernière Game -, les participants avouent une connaissance partielle et souvent lointaine. Certains se souviennent avoir croisé ces formats dans leur fil TikTok, sans toujours savoir à quelle émission ils appartenaient. "Ça fait très longtemps que je ne les ai plus vus. Mais je me rappelle les avoir vus très souvent dans mon feed TikTok", confie l’un d’eux. Un autre avoue ne connaître aucun des contenus présentés, tout en estimant que Mise à jour serait le format le plus adapté à ses besoins : "Si on ne les voit pas, c’est peut-être soit un problème d’algorithme ou peut-être de communication".

Story Privée tire néanmoins son épingle du jeu dans les mémoires. Zoélie se souvient du concept : "des jeunes étaient invités et on y posait des questions dont on ne parle pas tout le temps, devant tout le monde. Ça, c’était chouette". Ce format qui sort de l’ordinaire mise sur la proximité et semble davantage correspondre aux attentes du groupe que des formats plus classiques. Guillaume Guilbert, responsable éditorial de Tarmac, pointe un paradoxe révélateur : "Vous connaissez un compte, mais vous ne connaissez pas des émissions".

Sortir de la logique d’émission pour aller vers les jeunes

La logique de programme linéaire ne correspond plus aux modes de consommation de cette génération, qui se laisse guider par les suggestions et les algorithmes plutôt que par des rendez-vous fixes. Guillaume Guilbert l’assume clairement : "on essaie tant bien que mal avec ce genre de contenu d’essayer de les toucher. C’est parfois réussi, c’est parfois raté". La priorité, selon lui, est d’abord d’être présent là où sont les jeunes : sur TikTok, sur Instagram, en adoptant les codes de ces plateformes pour que l’algorithme mette les contenus en avant.

Greg Carette, rédacteur en chef RTBF iXPé, illustre cette démarche avec la création il y a cinq ans d’un média entièrement dédié au jeu vidéo. Son constat : "il y a plus ou moins la moitié de la population qui est touchée par le jeu vidéo, ou en tout cas par la culture geek. C’est assez normal qu’un service public en tienne compte". Il défend l’idée que des niches comme le gaming ou la culture urbaine, longtemps sous-estimées, "sont aujourd’hui sur le devant de la scène" et méritent une couverture à part entière dans les grands médias généralistes.

Des visages plutôt que des logos

Au-delà de la présence sur les plateformes, c’est la question de l’incarnation qui revient avec force. Guillaume Guilbert plaide pour une communication centrée sur les personnalités plutôt que sur les noms d’émissions : "si c’est quelqu’un dont on connaît la tête et dont on aime bien la personnalité, on va continuer à regarder". Il prend l’exemple d’Izi News : "je pense que si on vous présentait celui qui présente Izi News, vous diriez : ah, mais oui, je l’ai déjà vu, lui".

Un modèle de confiance est aussi spontanément cité : Hugo Décrypte. "Il est accessible et les vidéos sont attractives". Un exemple qui illustre bien ce que recherche cette génération : un visage identifiable, un ton naturel, une accessibilité assumée. Tom souligne également l’importance d’une présence physique, au-delà du numérique : "Il faut être présent sur les réseaux mais aussi là où sont les jeunes, donc sur les campus, dans les endroits où ils sortent, pour aller à leur rencontre". Guillaume Guilbert acquiesce : les campus universitaires restent un terrain à investir davantage.

>> Retrouvez la dernière édition de " Table Média " ci-dessus. Nos précédentes émissions restent disponibles sur RTBF Auvio.

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