Un mort et cinq blessés à Trappes : le profil troublant de Kévin T., qui aurait progressivement basculé dans le racisme

Ouvrier dans le secteur automobile, sous traitement pour schizophrénie, Kévin T., auteur présumé de l’attaque de Trappes qui a fait un mort et cinq blessés, a évolué auprès de personnes marquées à gauche avant de devenir « marginal » et de « bifurquer » vers des idées d’extrême droite.
Ce vendredi 23 octobre, Kévin T., 39 ans, n’a parcouru que quelques kilomètres autour de chez lui, dans les Yvelines, pour commettre un attentat qualifié de « raciste » et de « terroriste » par les autorités, ouvrant le feu en rafales à Trappes et La Verrière, avant d’être arrêté à Coignières.
Un mouchoir de poche d’une vingtaine de kilomètres dans cette banlieue parisienne où semble s’ancrer sa vie : né à Saint-Cyr-l’Ecole, il était domicilié plus à l’ouest, à Plaisir, mais a aussi habité à Guyancourt.
Là, il a vécu dans une résidence étudiante, fréquentant des personnes plutôt de gauche, dont des militants, avec lesquelles il cultivait un potager, a indiqué une source proche du dossier à l’AFP.
Parmi elles, des « gens arabes et noirs, ce qui n’était pas une contradiction mince », relève cette source, puisqu’il est suspecté de n’avoir visé que des personnes noires ou d’origine maghrébine.
Le petit cercle militant autour duquel il gravitait l’a « embarqué » vers des actions propalestiniennes.
Le cliché qui circule depuis ce week-end, montrant un homme présenté comme Kévin T. posant avec des militants de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), est authentique, a indiqué l’organisation à l’AFP.
Kévin T. a bien participé à cet événement public en 2018, mais n’était ni adhérent, ni donateur de l’association.
Militant associatif et figure politique locale écologiste, Olivier Pareja se rappelle l’avoir « croisé quelques fois », notamment au sein de l’association « Résistance à l’agression publicitaire », mais pense qu’il participait avant tout « pour rencontrer des gens ».
Cela, précise-t-il à l’AFP, avant qu’il ne devienne « infréquentable, pour ses idées d’extrême droite, raciste, etc ».
« Il aurait bifurqué depuis dix ans déjà (…) A la fin des années 2010, il a commencé à avoir des propos explicitement et violemment racistes, en mettant tout sur le dos des Arabes et des Noirs », précise la source proche du dossier.
Ces fréquentations « l’ont vu dériver petit à petit, être un peu la brebis galeuse du groupe parce que raciste et il a clairement affirmé sa volonté de voter Marine Le Pen en 2022 », poursuit la même source. Malgré leurs efforts, elles « ne sont jamais parvenues à le convaincre de faire machine arrière ».
Il était « apparemment (un) grand consommateur de chaînes d’info en continu et des théories racistes classiques », affirme la première source. Un exemplaire du livre d’Adolf Hitler, « Mein Kampf », a été découvert chez lui, tout comme une Bible et un Coran, a indiqué à l’AFP une autre source proche du dossier.
« Mû par la haine et le racisme »
Diagnostiqué schizophrène et sous traitement, selon une source proche de l’enquête, Kévin T. était célibataire et vivait seul, d’après la première source citée.
« Ce n’était pas quelqu’un d’extrêmement sociable, notamment depuis qu’il habitait à Plaisir », relève-t-elle.
Au pied de sa barre d’immeuble beige et bleu et dans la galerie commerciale en contrebas, aucune de la vingtaine de personnes interrogées par l’AFP n’a semblé le connaître.
Côté travail, « il remplaçait des pneus de camions dans une entreprise » de la région, « un boulot d’ouvrier pénible et mal payé », rapporte la première source.
Il était « marginal », dit une troisième source proche du dossier sollicitée par l’AFP.
Son casier judiciaire fait apparaître quatre anciennes condamnations, selon le parquet national antiterroriste (Pnat).
Il était connu des services de police pour « consommation de drogues », selon la première source citée. Ses analyses sanguines ont révélé la présence de cannabis et cocaïne au moment de l’attaque, d’après le Pnat.
En revanche, il était inconnu des services de renseignement, a rappelé lundi le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, en évoquant le cas des profils « isolés, nourris d’idéologie raciste qui soudainement passent à l’action », « ce qui est le plus difficile à détecter ».
Sa garde à vue a été suspendue à l’issue d’un examen psychiatrique réalisé samedi soir. Son profil psychiatrique « ne change rien » au mobile « raciste » de l’attaque qu’il a menée, a estimé le ministre.
Kévin T., « était mû par la haine, le racisme, et il a tué pour ça », a-t-il ajouté.
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