Le dialogue définitivement rompu entre police et manifestants ? "On doit réapprendre à ne pas être d’accord et à pouvoir discuter"

Après la manifestation du vendredi 9 octobre, certaines images montrant des policiers intervenants contre des manifestants ont suscité beaucoup de réactions, notamment sur les réseaux sociaux. La situation semble toujours plus tendue entre manifestants et forces de l’ordre.
Aline Lefevre, qui a dirigé un service d’intervention à Bruxelles, ne nie pas la possibilité de débordements, mais invite à la prudence face aux images : "Ce qui est clair, ce qui a augmenté en quinze ans, c’est l’augmentation de la visibilité de l’utilisation de la contrainte par le service de police. […] Ce n’est pas une mauvaise chose, ça participe aussi au rendre compte sociétal de l’intervention policière. Par contre, tous les parents aujourd’hui doivent éduquer leurs enfants à se méfier de l’image et à dire, 'ne crois pas trop vite ce que tu vas voir des images'. […] Il faut avoir le recul de se dire, ce n’est qu’un angle, ce n’est qu’un extrait qui s’inscrit dans quelque chose de plus global".
Un avis partagé par Patrick Baus : les violences policières ne peuvent pas être généralisées. "C’est vraiment un fait d’un tout petit groupe qui déborde, mais il faut aussi […] ne pas se figer sur une image à un moment donné. Il faut prendre toute la séquence de l’intervention. Et c’est pour ça que les bodycams, par exemple, sont un outil très important", ajoute le délégué syndical CGSP Police.
Réprimer les casseurs sans être violent envers les manifestants
Pour ce qui est de l’intervention en elle-même, ses modalités sont définies en amont, en fonction des risques identifiés et en concertation avec les autorités administratives et judiciaires, renseigne la cheffe de corps : "C’est ce qu’on appelle les limites de tolérance. […] Sur base de l’analyse de risque, quelles sont les informations qui vont être intrinsèques à l’événement, mais aussi contextuelles, sur base de ce qui s’est passé à Liège, à Bruxelles, ces derniers jours". Une fois sur le terrain, les policiers s’adaptent à la situation.
Aline Lefevre est cependant claire sur le fait que la police vise uniquement les personnes responsables de troubles, notamment les casseurs. Mais leur identification dans le cortège reste néanmoins compliquée pour les forces de l'ordre reconnaît-elle : "Si vous avez un noyau dur de 50 personnes dans un groupe de 500, l’action policière doit se focaliser sur ces 50 personnes-là. Mais […] évidemment ces 50 membres du noyau dur vont être au sein du groupe de 500, en sortir pour commettre leur exaction et y retourner le plus vite possible".
© Belgaimage
La rupture de dialogue entre la police et la société civile
Patrick Baus relève aussi une rupture dans le dialogue entre les citoyens et la police. Certains imputent ce manquement à la réforme de la police de 2001. Le délégué syndical y voit plutôt une évolution sociétale à l'encontre du travail des forces de l'ordre : "Quand on fait des reproches à la police, ils sont souvent infondés, il y a de plus en plus souvent des plaintes contre des policiers, il y a une recrudescence des plaintes, mais il y a beaucoup parmi ces plaintes, des plaintes qui sont infondées parce que le citoyen ne respecte plus comme avant l’autorité du policier".
Aline Lefevre se souvient aussi de sa première manifestation à Bruxelles, en 2010. Elle y avait entendu le slogan "Tout le monde déteste la police", une formule qui l’avait alors marquée : "J’ai trouvé ça d’une violence inouïe, moi qui n’avais jamais entendu ça, et je trouvais ça pas juste", raconte-t-elle. Sa solution à l'époque ? Parler directement aux manifestants... avant d'en être dissuadée par son adjoint, estimant que cette démarche risquait de provoquer un incident. Elle continue néanmoins de voir le dialogue comme indispensable : "On doit réapprendre à ne pas être d’accord et à pouvoir discuter sans en venir à une quelconque forme de violence physique ou verbale".
Les policiers violents ne restent pas impunis
Pour rappel enfin, en cas de débordement avéré, les policiers peuvent être poursuivis. Les enquêtes sont effectuées par des organismes indépendants comme les services d'inspection générale de la police locale et la police fédérale, et le comité P qui dépend directement du Parlement.
"Il n’y a aucune impunité autour des violences policières. Des membres des services de police sont parfois amenés jusqu’à la démission et à la prison ou des peines alternatives à celles-ci quand ils sont reconnus coupables de tels faits, c’est évident", maintient la cheffe de corps de la zone de police Namur Capitale.
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette discussion dans le podcast de Matin Première.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.