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Thursday, October 1, 2026

Agressivité au volant : sommes-nous devenus trop impatients ?

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L’agressivité sur la route est loin d’être un phénomène marginal. Selon une enquête de l’institut Vias menée auprès de 1000 conducteurs belges, 34,7% des personnes interrogées en 2022 déclaraient avoir fait preuve d’agressivité sur la route au cours de l’année écoulée.

Cette agressivité prend différentes formes, des insultes aux coups de klaxon, mais elle peut également se traduire par des comportements plus problématiques. Dans cette même enquête, 26,6% des conducteurs déclarant avoir eu un comportement agressif rapportaient avoir été impliqués dans un accident au cours des trois années précédentes, contre 9,4% parmi les conducteurs ne rapportant pas de comportement agressif. Même si ces chiffres ne permettent pas d’affirmer que l’agressivité est à l’origine de tous ces accidents.


Quand être pressé change notre comportement


Une étude publiée en 2026 dans la revue scientifique Accident Analysis & Prevention apporte un éclairage intéressant. Si celle-ci a été réalisée sur un autre continent, les mécanismes comportementaux observés permettent d’apporter un regard supplémentaire et d’enrichir notre article. Les chercheurs se sont penchés sur les données recueillies auprès de 985 conducteurs à Harbin, en Chine, en étudiant leurs comportements pendant les trajets domicile travail.

La colère des conducteurs a notamment été évaluée après qu’ils aient revu les images de leurs propres déplacements. Des experts ont, quant à eux, analysé les comportements à risque observés à bord des véhicules.
Le résultat est intéressant: le lien entre la colère et les comportements à risque était plus marqué pendant les trajets du matin aux heures de pointe. Pour les chercheurs, la pression temporelle joue donc un rôle important. Être ralenti lorsque l’on n’a aucune contrainte horaire n’est pas nécessairement vécu de la même manière que regarder l’heure défiler alors que l’on doit être au travail quelques minutes plus tard.
L’étude révèle également un autre phénomène : lorsque des enfants étaient présents dans le véhicule, les niveaux de colère et de comportements à risque étaient plus faibles. Les auteurs avancent l’idée que la responsabilité ressentie envers les enfants pourrait modifier la réaction du conducteur.
Ces résultats montrent surtout que ce n’est pas uniquement la circulation qui influence notre comportement. Le contexte dans lequel nous conduisons compte aussi, l’heure, la pression que nous ressentons et les personnes qui nous accompagnent peuvent modifier notre façon de réagir.


Reste alors une question assez étonnante : pourquoi supportons-nous parfois si mal de perdre trois ou quatre minutes derrière un conducteur plus lent ou dans un embouteillage alors que, rapportées à l’ensemble d’une journée, ces quelques minutes représentent finalement peu de choses ?

Nous avons posé la question à Anne-Laure Terrisse, psychologue clinicienne, psychotraumatologue et coach de vie depuis 2010, exerçant notamment au centre médical WWASO, à Louvain-la-Neuve.


"Nous évoluons dans une société où de nombreux services sont proposés et les réponses se sont accélérées et où nous sommes de moins en moins habitués à attendre. Nous avons progressivement intégré l’idée que les choses doivent être rapides, accessibles et prévisibles. Elles doivent en résumé se dérouler rapidement et comme nous l’avons imaginé.
Au-delà de cette habitude, c’est aussi notre rapport à la frustration qui est en jeu. Lorsque la réalité ne correspond pas à ce que nous avions prévu, nous devons faire face à un imprévu, à une perte de contrôle et parfois à un sentiment d’impuissance. Ce sont autant de situations susceptibles de générer une intensité émotionnelle difficile à réguler.


L’impatience n’est donc pas uniquement liée au temps que nous perdons, mais aussi à notre capacité à tolérer la frustration et à gérer les émotions qu’elle suscite. Plus nous sommes capables de prendre du recul face à ces émotions, plus nous sommes susceptibles de traverser ces situations sans qu’elles deviennent une source importante de tension.

L’imprévu et le sentiment d’impuissance peuvent amplifier les émotions que nous éprouvons face à une situation d’attente.


Est-ce réellement l’attente qui nous énerve ou plutôt le sentiment de ne plus maîtriser notre temps et notre déplacement ?

"La perte de maîtrise joue effectivement un rôle important. L’imprévu et le sentiment d’impuissance peuvent amplifier les émotions que nous éprouvons face à une situation d’attente. Mais il existe aussi une autre dimension : notre difficulté à accueillir ce qui se passe en nous lorsque nous ne sommes plus occupés à agir.
Dans nos journées bien remplies, nous maîtrisons souvent notre emploi du temps, nos activités et, dans une certaine mesure, ce à quoi nous choisissons de consacrer notre attention. Lorsque nous sommes contraints de ralentir, nous perdons momentanément cette maîtrise et nous pouvons nous retrouver confrontés à nos pensées, à nos préoccupations, à nos frustrations ou à des besoins que nous avons mis de côté.
L’agitation extérieure peut alors faire écho à une agitation intérieure. Ce n’est pas nécessairement l’attente elle-même qui est insupportable, mais parfois ce que nous sommes amenés à ressentir lorsque nous n’avons plus la possibilité de nous distraire ou de nous mettre en mouvement dans la direction que nous avions prévue".


Et notre société de l’immédiateté nous a-t-elle réellement rendus moins patient ou est-ce une idée reçue ? Avec les smartphones, les réponses instantanées, les livraisons rapides, les GPS qui affichent une heure d’arrivée à la minute près… Avons-nous psychologiquement désappris à attendre ?

"Ce n’est pas toujours l’attente que nous supportons mal, mais ce qu’elle nous oblige parfois à ressentir. Notre environnement a profondément modifié notre rapport au temps et à l’attente. Les technologies nous permettent aujourd’hui d’obtenir rapidement des réponses, des services et des solutions. Nous nous sommes habitués à cette disponibilité immédiate, ce qui peut rendre les situations où nous devons patienter en présence d’émotions inconfortables plus difficiles à accepter.
Il faut toutefois distinguer la capacité à attendre de la capacité à réguler les émotions qui accompagnent l’attente. Ce n’est pas simplement que nous avons perdu patience : nous avons aussi moins d’occasions de nous entraîner à tolérer la frustration, l’incertitude et l’inconfort liés à l’imprévu. L’immédiateté nous offre parfois la possibilité de détourner notre attention de ces expériences intérieures que l’on cherche à éviter, sans nécessairement nous apprendre à les accueillir ou à les réguler.
Réapprendre à attendre, c’est donc aussi réapprendre à tolérer un certain inconfort émotionnel, à accepter de ne pas tout maîtriser et à laisser aux émotions le temps de s’apaiser, sans chercher systématiquement à les faire disparaître"
.

Et si nous avions finalement plus de contrôle que nous ne le pensons ?


Un embouteillage restera un embouteillage, un train peut arriver en retard et la voiture devant nous ne démarrera pas toujours assez vite à notre goût. Nous ne maîtrisons pas ces situations, mais nous pouvons davantage maîtriser la manière dont nous y réagissons.
C’est peut-être là que se trouve le paradoxe : nous nous énervons parce que nous avons le sentiment de perdre le contrôle, alors que le contrôle que nous pouvons réellement exercer est celui de notre propre réaction. Nous ne choisissons pas toujours l’émotion qui apparaît, mais nous pouvons choisir de l’alimenter ou, au contraire, de prendre du recul et de la laisser retomber.
Finalement, les quelques minutes perdues ne changeront probablement pas notre journée. La manière dont nous décidons de les vivre, elle, peut changer notre trajet.

Retrouvez le rendez-vous "RTBF Mobilité" tous les jeudis à 17h dans "C’est pas fini" sur RTBF Vivacité

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